lundi 25 mars 2013

La ville...


Il en va à Buenos Aires comme dans les autres villes, le naturel reprend ses droits, et je constate que par bien des côtés je suis plus citadin que campagnard.

Certes je suis resté bloqué par la fièvre et les miasmes durant quatre jours à mon arrivée, mais quelques activités classiques sont bien vite revenues, sans non plus que ce soit la grande agitation, je suis vraiment père tranquille depuis que je suis ici. Ça fait drôle d'ailleurs, de passer du rythme d'un voyage au séjour de quasi en mois dans un appart en ville. Quelques restaus, petit concert, visionnages de vidéos, écoutage de musique, bières sur le balcon à la tombée de la nuit, font que la vie à Buenos Aires n'est pas vraiment différente de celle de Marseille.

En même temps, les villes, en général, les grandes, les très grandes, finissent par m'énerver. Les gens, en permanence. Le bruit, omniprésent, et ici c'est particulièrement agressif avec les sirènes de flics, d'ambulances, de pompiers, d'alarmes, beaucoup trop puissantes, les pots d'échappement bricolés, les vieux bus et camions. Les odeurs, parfois insupportables. La vue, bien peu reposante. Le fric, partout, par son absence ou sa présence. La course, la consommation, la pauvreté plus criarde, l'uniformisation des styles de vie.
Pas facile de faire avec ses contradictions...

Le quartier où vit Maria est pourtant relativement peinard.


Mais il y a des quartiers comme dans toutes les villes du monde, sans âme,


D'autres où ça va mieux, il y a au moins quelques voiliers ...


J'ai passé un peu de temps sur une révision générale de la chichi. Bon, ce n'est pas moi qui me suis mis les mains dans le cambouis, mais Umberto. En parallèle à ses études, il a monté un atelier de mécanique moto, ça tombe bien, je ne suis pas doué en mécanique. Et comme c'est un passionné, il a totalement démonté la chichi ! Avant de repartir pour le Pérou, il me restera à changer les pneus et de nouveau le kit chaine, et la chichi sera revenue à son état de neuf...


C'est bien, ça m'a permis de voir un peu un quartier populaire de Buenos Aires, Mataderos que ça s'appelle. Barrio de la viande, abattoirs, équarisseurs, usines de graisse pour le savon, l'ambiance est un peu spéciale. Et les petits restaus sont excellents, quand on aime la bidoche bien sûr. Au même menu, on peut avoir dans l'assiette des tripes grillées, de la viande de porc, une saucisse, du boudin noir, un gros bifteck et des côtelettes. Un peu de patates sautées, un vin argentin et va pour une sieste !


Il y a bien longtemps que je n'avais pas fait une balade en R12 !
J'ai eu aussi envie d'aller voir un match de foot dans un grand stade argentin. C'est tombé sur un Boca Juniors - Argentinos. A chaque match, les stades sont souvent complets, trop d'abonnés. Il a donc fallu en passer par des places visiteurs, et je me suis retrouvé au milieu des supporters de l'Argentinos, une équipe d'un quartier de Buenos Aires.
L'horreur !
Une dizaine, une vingtaine, je ne sais pas, de très très vieux bus brinquebalants en convoi à travers la ville, escorté par une floppée de flics, toutes sirènes hurlantes, à s'en péter les tympans. De la flicaille en moto, avec fusils en tous genres, de la flicaille en voiture, en fourgons, à cheval et même en hélicoptère... Des contrôles policiers à n'en plus finir à l'entrée du stade, fouille au corps, alcootest, prise d'empreintes digitales, caméras. Et dire qu'il ne s'agit que d'un petit match. Mais qu'est-ce que je fais là ?


Il y a bien longtemps que je sais que le foot est une affaire rongée par le fric, la pub, le vedettariat à outrance, qui quelque part arrange bien tout le monde, dont les politiques. J'ai cependant une certaine complaisance pour ce sport, culture populaire et ambiance marseillaise y étant pour quelque chose. Mais là, ça a dépassé les bornes, l'état policier dans toute sa splendeur, tout ce bazar uniquement pour une partie de foot, ça fait peur, triste, très triste aperçu de nos sociétés, l'impression d'être du bétail avec des images très laides dans un coin de ma tête. Et dire qu'il y a des gosses de sept ou huit ans qui entrent au stade au milieu de ce délire, que retiennent ils de tout ça ?
C'était la première fois, ce sera la dernière. Si ça se trouve, en France, les déplacements de supporters sont tout aussi moches, simplement je ne l'avais pas encore vécu. Certains vont dire que je n'ai pas eu la comprenette rapide, il y a longtemps que le monde du foot est un fruit pourri, mais je vais donc désormais me concentrer sur la pétanque, c'est plus calme.

On en a bavé aussi un peu avec le pape, qui vient de Buenos Aires, imaginez le bazar. Mais en ne regardant pas la télé, c'est supportable. Ceci dit, mardi dernier était férié pour une partie de la ville, grands écrans dans les rues et tout le tralala. Ecoles publiques fermées, on nage en plein délire. Au secours !

Le sport national, le barbeuq, ici sur le toit
Nath me demande de temps à autres si je fais des progrès en espagnol.
Au coin de la rue où habite Maria, il y a un loueur de films et c'est en matant une vidéo que je me suis rendu compte que l'air de rien, je comprenais un tout petit petit peu plus le castillano. C'est important pour moi pour pouvoir enfin mieux communiquer avec "les filles" (private joke !).
Une difficulté est la différence entre les nombreux accents. Certes, toute l'Amérique latine parle espagnol, mais les variantes sont perturbantes pour un néophyte. En Repdom, les dominicains parlent à la vitesse d'une kalatch, au Chili c'est un peu pareil, sauf qu'en plus ils ont un drôle d'accent chantant qui peut partir dans les aigus. C'est encore en Equateur que c'était le plus facile pour moi.
L'argentin pose d'autres problèmes. Prononciation très différente déjà. Variantes aussi de vocabulaire, par exemple le "ti" et le "tu", pronom personnel de la deuxième personne du singulier, devient "vos", que j'entends proche de "boss". C'est sympa, j'ai l'impression d'être le patron tous les jours.
Et pour compliquer le tout, à Buenos Aires, on parle porteño, un peu comme à Marseille on parle marseillais ! On ne s'en rend pas vraiment compte en vivant à Marseille (tiens, je me ferais bien un petit fly, moi !), mais lorsque l'on s'éloigne un peu de la ville, on s'aperçoit qu'on utilise tout un tas d'expressions et de mots que le commun des autres français ne comprend pas, ne bramer pas pour autant parce que je pars en biberine. Et à Buenos Aires, c'est un peu pareil. Bon, de tout ce pastis et en pratiquant de longue, il finira bien par sortir quelque chose !


Balade à Tigre
Sinon, je commence à me concentrer sur la fin de cette aventure. Un petit viron tout d'abord est prévu en Uruguay pour cinq ou jours à partir de jeudi, puis ce sera le grand retour vers Lima, sans doute en passant par la Bolivie. L'itinéraire dépendra de nouveau de la météo, c'est l'automne ici. Quoi qu'il en soit, dans un mois, la France !

La bise à tous, une pensée particulière pour Kero qui semble prendre le bon chemin, et une autre pour une belle amie qui à son tour connait des emmerdes de santé. Zut !

Malgré tout, pensez à ça...





jeudi 7 mars 2013

Des méchants et de bons airs...

Vendredi 1/03

J'abandonne provisoirement l'idée de l'Uruguay, mais rejoindre Buenos Aires désormais n'est pas pour autant un cadeau en chichi, 7 à 800 bornes de routes bien peu attrayantes sur la carte, c'est géomètrique et semble bien plat. Jetez donc un oeil sur la carte en dessous...

C'est écrit pampa, mais dans ma tête, la pampa représente de grandes étendues herbeuses pleines de vaches et de gauchos. Apparemment ils sont plus au sud, ces grands espaces. Au menu du jour, rien de tout ça, ça va être la Beauce toute la journée, l'agroindustrie dans toute sa puissance.


Des champs "un peu grands", l'unité de base n'est pas l'hectare mais la centaine d'hectares. Les parcelles de 100 ou 200 hectares sont courantes, mais j'en ai mesuré certaines, au compteur de la chichi (il a bien fallu occuper la journée !) de 400, 600 et même je pense 1500 hectares (oui, oui, 4 km sur 4).
" - Chérie ! Aujourd'hui je laboure la parcelle du fond.
  - Oui, ben oublie pas que t'as invité ta mère le mois prochain !"
Et ce n'est pas pour cultiver du scorsonaire bio pour une quelconque AMAP locale. Maïs, soja et sorgo uniquement, transgéniques évidement. Il parait que la viande argentine est la meilleure du monde, j'ai comme un doute sur une bonne partie de la production en voyant ce que vont bouffer les vaches.

Tous les méchants sont bien sûr sur le secteur, cela leur permet de donner de doux noms aux plantes...



Et il faudrait plus d'un José Bové, plus d'une organisation de faucheurs volontaires pour calmer le jeu, le coin que je traverse et consacré à ce type d'industrie doit faire à peine moins que la surface de la France.

Au bout de 450 km de ce régime, j'en ai eu marre. En plus il fait chaud, très chaud même, avec du vent.

 
Les clebs ont trouvé la solution.
Tiens un bled, avec son église moderne...
 Etape à Colon donc, où il n'y a vraiment pas grand-chose, même pas un restau ouvert, c'est sandwich à la station-service, quelle vie !

Demain la grande grande ville, aglagla !

PS : Ah oui, vu en traversant un bled, "Les iles malouines sont argentines".
Ce n'est pas la première fois que je vois ça d'ailleurs. Une autre fois, c'était une phrase du genre "Nous pouvons vaincre avec la mémoire". Bon courage ! Foutu nationalisme. C'était d'abord une action de la dictature pour détourner l'attention de la situation intérieure, tactique classique. Et c'était une lutte pour des ressources naturelles, dont le pétrole, encore et toujours. Plus de trente ans après, ça fait encore l'actualité apparement.


Samedi 2

J'ai été réveillé au milieu de la nuit par un orage d'une rare violence, je n'avais jamais vu ça encore. Il faudra que je pense, si je vois en chichi des nuages noirs au retour, à m'arrêter ... AVANT. Je n'aimerais pas me trouver là-dessous en moto. Et il y avait de la casse ce matin sur la route, arbres abattus, lignes électriques en vrac...


Et il a bien fallu entrer dans Buenos Aires.
Pour me donner un peu de courage, je me suis offert un déjeuner à l'argentine, malgré tout ce que je viens de dire sur la viande.


C'est vrai que c'est de la bonne bidoche, et enfin il y a moyen de la commander un peu bleue, même si ce n'est pas vraiment dans les habitudes de tous, au moins les gens comprennent la demande. Au Pérou, c'est une envie totalement incongrue, un péruvien ne peut pas comprendre et la réponse est quasi automatique : "Impossible !". D'ailleurs tout ce qui sort un peu de l'ordinaire d'un travail plus ou moins normalisé est impossible. C'est comme pour Maria, qui le matin en bonne argentine ne boit que du mate. Elle trimballe son mélange et le problème au réveil est donc de remplir un thermos avec de l'eau chaude. La plupart des restaus ou bars péruviens refusent ou ne comprennent pas qu'on puisse vouloir seulement de l'eau chaude. Dans le meilleur des cas on nous en apporte une petite tasse... Ah, l'éducation !

Ce n'est pas tout ça, mais j'étais sur la route de Buenos Aires. Je ne fais jamais le malin quand je rentre dans une ville, et encore moins dans une très très grande ville. L'agglomération n'est pas loin des 15 millions d'habitants. Trouver son chemin parmi les nombreuses autoroutes urbaines, en ne connaissant pas un seul nom de quartier, est vraiment une aventure, et la chichi n'est pas bien grosse au milieu du traffic, où les bus sont littéralement fous et les porteños se croient vraiment dans un jeu vidéo. Mais bon j'ai fini par y arriver, au point de rendez-vous, c'était simple finalement, "tu pars de la Plaza de Mayo et c'est juste 63 blocs plus loin...", dix kilomètres quoi !

Jeudi 7

En première impression, Buenos Aires est un drôle de mélange architectural. On peut y trouver de longues et larges avenues à l'américaine, bordées de hautes tours. Des rues sont plutôt dans un style vaguement haussmanien, et de nombreux quartiers, y compris proches du centre, sont constituées de maisons et petits immeubles. Beaucoup d'arbres au bord des rues et avenues, et dans l'ensemble, pour le moment, je trouve la ville plutôt aérée, d'où son nom en fait !

Vue de l'appart de Maria
Mais tout n'est pas rose pour autant, j'ai vu des bidonvilles bien durs en entrant dans la ville, éternel problème des grandes cités porteuses d'espoir pour les populations pauvres. Et nous avons nos récupérateurs dans les poubelles, ici il y a les cartoneros...


Pour ce coup-ci, vous n'aurez pas beaucoup de photos de la ville, j'essaierai de faire mieux la prochaine fois. En fait on a pas encore trop bougé non plus, à part un petit tour dimanche dans le squatt collectif où Maria donnent des cours pour adultes et un concert lundi soir, des percussions qui percutent bien !
http://youtu.be/48iuUMCc1fw 
(je ne sais pas pourquoi cela ne s'affiche pas comme un lien, vous n'avez qu'à copier dans la barre d'adresse)

Sinon, la grande affaire est bien sûr ici la mort de Chavez, et la différence de traitement des informations est assez incroyable quand je lis les informations sur les sites européens et les sites locaux. Merde, c'est quand même Chavez !

Depuis, pour changer, j'ai réussi à me choper la grippe, cloué par une grosse fièvre. Dans la ville des bons airs, ça la fout mal ! Je trouve que je suis souvent malade cette année, la fatigue du voyage, les changements incessants de nourriture, de climats, et tout simplement, je n'ai plus l'âge que j'avais !
Aujourd'hui, ça va mieux, demain je pars à la chasse aux images...

De son côté, il semblerait que Kero aille un peu mieux, je suis content, même si la pente qu'il doit remonter est encore longue.

Surtout portez vous tous bien. Bises



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