Mardi 25
Gros gros orage, je suis pour ainsi dire bloqué dans ma chambre d'hôtel.
La journée avait pourtant bien commencé, et je suis parti tout guilleret vers le parc national du Cotopaxi, un superbe volcan couvert de neiges à quelques cinquante kilomètres d'ici.
Mais à l'arrivée au parc, cruelle déception, l'entrée est interdite aux motos, va comprendre ! Raisons de sécurité paraît-il, plus d'accidents à deux-roues. Mouais !
Je peux louer une voiture demain, ou y aller avec un guide, ou un taxi, je ne sais pas, ce sommet est tellement souvent caché par les nuages en cette saison...
Bref, changement de programme, je me dirige vers le Chaupi, autre volcan, moins impressionnant, mais lui aussi entouré d'une écoréserve. Et c'est sur la route que la pluie m'a surpris. J'ai fait demi-tour, mes fringues de moto commencent à vieillir, et je suis moins étanche qu'auparavant ! Et demain, les pistes risquent d'être en mauvais état.
| Le Chaupi, juste avant l'orage |
Et les jours précédents ?
Samedi, je n'ai rien fait, et c'est bon !
Ah si, le soir j'ai "exploré" une nouvelle microcerveceria, El templario. La rubia était un peu acidulée, la negra manquait un peu de corps, et les prix quasiment français. Bof !
Dimanche, j'en ai encore pris plein les mirettes au cours d'un viron vers la lagune de Quilotoa. C'est incroyable, tous ces paysages dans les Andes, partout il y a des trésors, et les Andes doivent s'étaler sur au moins dix mille kilomètres. C'est bien, j'ai encore de la réserve pour mes futures balades !
La lagune en question est en fait un lac volcanique, et j'ai passé la journée aux alentours des 4000. J'ai de la chance, je ne souffre pas pour le moment de l'altitude. Un léger essoufflement, les doigts qui s'engourdissent un peu à force de conduire la chichi, ça pourrait être pire si j'en crois certains.
J'ai vraiment beaucoup aimé cet endroit, géré par la communauté indigène du coin, tout est très paisible malgré les quelques touristes présents. Et ce que je trouve sympa, c'est qu'on y voit beaucoup d'équatoriens en balade.
| Cultures en pentes très raides |
Et j'ai encore dans la bouche le bon goût de quelques galettes de maïs dégustées sur le petit stand d'une indienne à Zumbahua....
| Zumbahua |
Quant à la ville elle-même, c'est un superbe piège à touristes. Tout ça pour des sources d'eau chaude et quelques cascades. Une myriade d'hôtels, des resorts, massages en tous genres, location de mini quads, location de quads, de super quads, de 4x4, de VTT, rafting, parcours "d'aventure", rappel dans les cascades, j'en passe et des pires, apparemment tout a déjà été inventé ici pour soutirer quelques dollars aux gringos de passage. Je ne me suis pas éternisé.
J'ai préféré rentrer à Latacunga, mon home sweet home du moment, pour m'offrir un petit repas de Noël dans un des bons restaus de la ville. Quinze dollars ! Ça me rappelle l'italien, tellement bon avec des viandes succulentes, qu'on s'était offert avec Nath en Repdom, en France on ne pourrait jamais se payer des trucs comme ça.
| Du toit de l'hôtel, la place centrale de Latacunga |
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| Un tout tout petit bout du volcan... |
Bon, demain, pluie ou pas pluie ? Je ne me plains pas, étant donnée la saison, je n'ai vraiment pas encore été embêté...
Mercredi 26
Puisque le Cotopaxi ne veut pas se laisser voir sous son chapeau de nuages (je l'ai juste entraperçu deux minutes depuis le toit de l'hôtel), et comme il semble qu'il ne va pas pleuvoir, j'ai remis la chichi en route, toujours vers le nord, en direction de Cayambe.
En traversant Sancolqui sur le coup de midi, une pancarte m'interpelle : "Las cascadas del Pita". Aller d'accord, un bon petit coin probablement pour grignoter un morceau, en général, dès qu'il y a une petite attraction touristique, il y a au moins une indienne qui vend des bonnes choses à manger.
| Une petite route mystérieuse |
Il faut dire qu'il y a presqu'un mois que je râle après ma tente, parce que j'ai oublié de la laisser à Lima, alors que je l'ai achetée en prévision de l'Argentine et du Chili, pays réputés chers, et où le camping est beaucoup plus dans les moeurs qu'au Pérou et en Équateur. Une bonne occasion donc de justifier son poids au fond de mon sac.
Ma guitoune installée, me voici parti à cheminer le long d'un petit sentier au fond d'un canyon bien encaissé, au milieu d'une luxuriante végétation tropicale. Des fleurs, des oiseaux de genres inconnus, des colibris (ahurissants comme bestioles tellement ils sont speeds), des arbres impressionnants, un torrent où j'ai fini par glisser, des petites cascades ...
Il m'est venu une drôle de pensée en marchant, alors que j'étais dans un passage très touffu, avec des pierres très glissantes. En fait, je suis plutôt un grand trouillard, très peu aventurier !
J'en vois quelques uns qui rigolent dans leur coin, vu le périple dans lequel je me suis lancé, mais c'est la plus stricte vérité. Il est des endroits dans la nature, quand je la connais peu, où je me sens mal à l'aise. Pendant mes longues balades à deux-roues en solo, aussi bien un peu partout en Europe que désormais ici en Amérique du sud, il m'arrive de penser que je suis un peu barje, parce que je me sens parfois envahi d'une sorte d'inquiétude diffuse, dans des coins totalement paumés ou au contraire dans des quartiers bien populeux où je suis le seul "étranger". Lorsque j'ai commencé le travail d'élagueur, j'avais le vertige, ça pouvait me prendre sur un escabeau pour changer une ampoule, et je n'ai jamais fait le malin à vingt cinq mètres dans les arbres.
Bref, comme beaucoup de gens j'imagine, j'ai des peurs plus ou moins cachées, le plus souvent infondées, comme bien des craintes. Peut-être me servent elles de signal d'alerte, non pas forcément d'un réel danger, mais plutôt d'une limite personnelle que je serais en train de dépasser. En tous les cas, j'essaye de me soigner, et ce voyage grand format avec la chichi est une thérapie assez radicale !
Au diable donc la psycho de bas étage, j'ai fini par atteindre cette cascade, qui, bien que modeste à l'échelle de ce continent, m'a fait bien plaisir, ne serait-ce que par son bruit fracassant. On est bien peu de choses devant la nature...
De retour à mon campement, grosse pluie, comme souvent on peut en rencontrer dans les régions tropicales. Quelle drôle d'idée j'ai eue de planter la tente ! Ça m'a quand même permis de vérifier son étanchéité.
| C'est long, l'attente et la tente, sous l'orage ! |
Jeudi 27
Et me voici rendu aujourd'hui à Otovalo, une sympathique ville a priori, paraît il très touristique, mais ça va je n'ai pas encore vu de gringos !
La route m'a encore réservé quelques agréables surprises.
Bon, au début, c'était mal parti. Je me suis royalement perdu pendant presque deux heures dans la grande banlieue de Quito, dans des quartiers très chicos, ambiance barbelés, clôtures électrifiées et vigiles avec fusils à pompe devant des villas à quelques millions de dollars. Quelle tristesse d'être riche ! Les prétendus favorisés ne savent plus vivre normalement, et leur ghettos se ressemblent tous, que ce soit à Quito, Lima ou Beyrouth, et aussi bien en République Dominicaine qu'à Marseille, où la colline du Roucas, en front de mer, n'est constituée que de rues privées avec gardes aux entrées. Enfin, tant pis pour eux !
Tiens, ça me rappelle une anecdote que m'avait contée Nath lorsque j'étais en Repdom. Je ne citerai pas de nom, mais une vraiment pas fauchée avait décidé un matin d'aller faire un parcours de golf à l'autre bout du pays. Que font les nantis pour ce genre de déplacement ? Ben ils prennent un hélico, bien sûr ! Et à son retour, à la descente de l'engin, la femme de s'exclamer : "Finalement, ce n'est pas si pauvre que ça, la République Dominicaine !". C'est sûr, vu de là haut. Pauvres riches !
Après avoir réussi à m'extirper de ce funeste lieu pour mémères emperlousées, j'ai changé d'hémisphère. Et oui, j'ai franchi l'équateur ! Agréable pause, qui m'a fait prendre conscience que je suis quand même parti dans un sacré bourlingage. Il y a une certaine ambiguïté sur l'emplacement exact de la ligne, avec un petit monument sur l'ancien emplacement et un plus grand sur l'actuel, cinq cent mètres plus loin. Quant au GPS de mon téléphone, il ne savait pas trop...
| L'ancien centre du monde... |
| ...et le nouveau |

Ça me fait penser que j'ai oublié de vérifier dans quel sens tournait la flotte quand on tire la chasse ou vide un lavabo dans l'hémisphère sud. J'ai encore tant d'expériences à vivre !
Juste avant d'arriver au terme de mon étape, j'ai fait une nouvelle pause au bord d'un grand lac tranquille. Changement de peuple indien, autre forme de chapeaux, plus de noir dans les tenues, les femmes portent de magnifiques chemises brodées, les hommes arborent tous une queue de cheval ou une longue tresse. Je n'aurais pas dû me couper les cheveux avant de partir, j'aurais presque pu faire couleur locale.
Et l'hôtel que je me suis dégoté en centre-ville m'est encore fort sympathique. Un chouïa plus cher que la moyenne, mais à seize dollars la nuit, je ne vais pas hurler. Dommage, il est complet après demain, je serais bien resté un moment ici...
Ce qui me fait penser à la suite de mon itinéraire. Je ne suis à même pas deux cent kilomètres de la Colombie, et ça commence vraiment à me chatouiller d'y aller, ce serait sans doute un excellent lieu pour continuer ma thérapie !
Sans plaisanter, absolument tous les gens que j'ai rencontrés et qui ont traîné leurs guêtres dans ce pays en sont revenus enthousiastes, en raison des paysages et de la gentillesse des gens.
Mais j'ai toujours un petit souci, à savoir les papiers de la chichi. Le douanier péruvien ne m'a signé un bon d'exportation provisoire que pour un mois, et je ne sais toujours pas si c'est du lard ou du cochon. Oui, je sais Nath, un petit billet par ci par là, à l'aller en Colombie comme au retour au Pérou, devrait pouvoir arranger l'affaire. Mais je n'ai pas envie de faire de gaffe non plus, qui limiterait ma liberté d'aller où bon me semble ensuite ou compliquerait la revente de la chichi.
Affaire à suivre donc !
Vendredi 28
Et me voici parti pour un autre lac volcanique, la laguna de Cuicocha. Encore un endroit bien beau, où une ballade m'a amené de fleurs en fleurs tout autour du lac.
En redescendant, j'ai obliqué vers Ibarra, la capitale régionale. Une fois de plus, la richesse économique de l'Equateur me surprend, et cette ville a une allure presqu'occidentale.
Il y a trois jours, j'ai regardé une émission sur l'économie du pays. Ok, ok, je n'ai pas forcément tout compris, étant donné mon niveau en espagnol. Il semblerait quand même que Correa soit en train de réaliser une sorte de révolution tranquille, en s'appuyant sur l'argent du pétrole. Un équatorien m'a pourtant dit l'autre jour que sa politique ressemblait à celle des pays de l'est il y a cinquante ans, mais c'était probablement un mec de droite ! Quant à moi, je trouve qu'un peu d'interventionnisme étatique dans l'économie brutale qui domine ce monde de fou ne peut pas faire de mal...
Ceci dit, quelque chose m'échappe, Suite à cette émission, je suis allé farfouiller sur le net, et j'ai noté le classement IDH suivant : 78ème Pérou, 80ème Equateur. Indépendamment du fait qu'un paysan se nourrit rarement avec l'IDH, l'impression laissée par ces deux pays est toute autre, avec une pauvreté, voire une grande misère, très visible au Pérou, et fort peu ici. Il faudra que j'enquête plus avant...
En attendant, qu'est-ce qu'il est joli, mon hôtel !
Samedi 29
C'est vrai, il y en marre des beaux paysages, il y en a trop, partout, chaque montagne ou volcan incite à aller voir le suivant, la chichi me suggère sans cesse d'aller à droite, ou à gauche, je ne sais plus à la fin !
| L'Imbabura, un des deux volcans dominant Otavalo |
Beaucoup d'entre eux vendent de l'artisanal, enfin de l'artisanal un peu industriel ! C'est quand même de la bonne camelote, c'est coloré, mais on doit pouvoir trouver à peu près les mêmes choses sur tous les marchés du pays. Heureusement, il y avait des coins moins artisanalo-touristiques, et j'ai même acheté une chemise sans blabla vantant l'Equateur...
Et j'ai pu y déguster de succulentes saucisses végétales, qui m'ont donné la pêche pour la suite des événements.
J'ai en effet encore trouvé une superbe petite route pavée, bonjour les vertèbres, qui m'a conduit de nouveau vers une lagune à 4000 m d'altitude, Mojanda de son petit nom, mais je crois bien que celle-là est la plus belle que j'ai vue jusqu'à maintenant. Sauvage serait peut-être le meilleur qualificatif.
J'ai suivi une piste vers le sommet voisin, le Cerro Negro il me semble, où même les 4x4 ne passaient plus, j'en ai vu trois en rade, vive la chichi, on a bien rigolé tous les deux !
Tant de beauté dans la nature, avec même à cette altitude toujours autant de plantes et de fleurs incroyables ! Est-ce que tout ceci aura une fin ? Oui, sans doute, quand je me réinstallerai dans les quartiers nord de Marseille...
En redescendant, il me restait un peu de temps avant la nuit, j'ai passé un moment dans un parc de reproduction de rapaces. Si ça vous intéresse, allez jeter un oeil sur le net pour dégotter la photo d'un aigle harpie, trop beau. L'envergure du condor équatorien n'est pas mal non plus. Les gens du parc faisaient voler les bestioles, à cette heure ci (environ 19 h), un superbe aigle de je ne sais plus quoi n'a toujours pas dû rentrer !
| C'est celui là qui s'est barré ! |
| Il y a mieux comme photo sur le net ! |
Sinon, j'ai changé d'hôtel, moins charmant que le précédent, mais bien tout de même. J'y reste jusqu'à lundi matin...
Dimanche 30
A propos d'hôtel, il m'en arrive de bien bonnes parfois. Lorsque je sors le soir en ville, je n'aime pas trimballer mon fric, ma CB et mes papiers, et j'essaye de leur trouver une planque dans ma chambre. Hier soir, la tête du lit me semblait idéale, avec un petit rebord derrière.
Ce que je n'avais pas vu, c'est qu'elle était fixée au mur ! Une demie-heure à mon retour pour extirper les deux pochettes que j'avais jetées derrière, au moyen d'un démonte-pneu et quelques bouts de scotch. On soigne sa parano comme on peut...
Que vous dire sinon de ma journée ? J'ai encore fait une superbe boucle en moto, 150 km de pistes, des paysages parfaits, je suis un peu redescendu en altitude du côté de Selva Allegre, je trouve que le nom sonnait bien ! Passage dans les nuages, comme d'hab à l'aller comme au retour, changement de nouveau de végétation avec le retour des caféiers, des bananiers, des bambous et régalade sur les pistes...
| Mais qu'est-ce que je fais là ? |
Pour les photos, j'aimerais bien vous mettre autre chose que des paysages, ça doit devenir lassant pour vous, alors qu'il se passe aussi tant de choses dans les rues des petits villages et des villes, mais bon, je vous ai déjà dit pourquoi je ne me sens pas de faire ces photos.
Petite aventure sur le chemin du retour, alors que j'étais perdu dans les nuages, je rejoins deux locaux en perdition, leur roue arrière crevée. Pour soulager celle-ci, j'ai embarqué le passager sur une trentaine de kilomètres au ralenti jusqu'à ce que nous trouvions enfin quelqu'un qui puisse nous dépanner d'une pompe (ils avaient le reste pour réparer). C'est bien, j'ai pris un cours express de réparation de roue crevée, et de remise en état d'une vieille pompe aussi en guise de préambule, celà finira bien par m'arriver ce genre de mésaventure.
Demain, je bouge pour une toute petite étape, à Cayambe, à quarante kilomètres d'ici. Pourquoi là-bas ? En fait il court un vague bruit sur un forum américain de motards qu'il y aurait peut-être une petite fête pour le changement d'année, sur l'équateur. Et si j'y suis tout seul, ce n'est pas grave...
Et puisque demain je ne sais pas réellement ce qui va se passer, je profite de ce message pour vous souhaiter une belle année 2013, emplie de belles choses, de projets, de bonnes énergies, d'envies, de rêves.
Avec une pensée particulière pour Jo, pour que cette année soit celle d'une jolie conclusion pour lui.
Bises à tous et bonne fiesta à ceux qui pratiquent les bringues !
Prochain message l'année prochaine !
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