Je ne suis pas parti de Chachapoyas sans m'offrir une petite soirée à la péruvienne. J'ai tout d'abord enfin trouvé l'endroit qui m'inspirait pour manger du cuy, une des spécialités nationales, autrement dit du cochon d'inde. Plutôt bon et fin, assez proche du lapin peut-être... Je me suis ensuite retrouvé avec des péruviens en goguette, c'était un peu chaud !
Hier a été une journée étonnante. J'ai pris la route assez tôt, dans l'idée de me rapprocher au maximum de la frontière, parce que je me doute que le passage d'un pays à un autre, sur une toute petite route, d'une moto péruvienne par un français risque d'occuper le gabelou de service un petit moment, et je préfère me présenter à la douane de bonne heure.
Et une fois de plus l'étape a été somptueuse, et le Pérou ne cesse de m'offrir de fabuleux paysages.
J'ai commencé par longer une rivière au fond d'un canyon assez impressionnant, qui renvoie les gorges du Verdon au stade de rigole. La vallée s'élargissant, la végétation est devenue progressivement luxuriante, je n'étais pas très loin de la forêt amazonnienne en fait. Au sortir du canyon, je me suis retrouvé dans une plaine très riche, avec des rizières, des palmiers, des bananiers.
Et brusquement, une zone très aride, très très chaude, avec le retour des cactus !
Le temps de m'habituer à cette chaleur brutale, j'étais déjà de retour dans une vallée humide, où une piste alternant les passages poussièreux et de la bonne gadoue m'a amené à San Ignacio, sous une trombe tropicale, à moins de deux heures de la frontière équatorienne.
Mais cette nouvelle étape m'a aussi réservé des surprises d'un tout autre genre.
Sur le coup de 10 heures, gros barrage de police, avec au milieu, un camion scannant les autres véhicules, y compris les gros camions. Drôle d'engin ! Recherche de drogue, d'armes et d'essence de contrebande (il est beaucoup moins cher en Equateur). Bon, les flics ont été cools, ils n'ont pas scanné la chichi...
Cinquante kilomètres plus loin, à côté d'une semi manifestement en panne, deux gus avec des fusils à pompe. Dans ces cas là, je m'arrête. L'un jouant le rôle du méchant et l'autre celui du gentil, ils me content une fable comme quoi ils participent à la sécurité de la région, qu'ici c'est très dangereux, je vais me faire braquer et tutti et quanti. C'est bon, racket, alors qu'il sont payés pour garder le camion le temps d'une improbable réparation. Le problème est qu'ils me coincent, je ne peux démarrer, j'ai fini par leur lâcher deux soles (0,60 euros) histoire d'avoir la paix. Je suis con, je suis rentré dans leur bisenaisse.
Encore plus loin, dans un endroit assez désert, trois mecs habillés comme tout le monde, barrant la route, armés avec du lourd. Je pile, bien sûr. Pas un bonjour, rien, et l'un des trois me fait signe de passer. J'ai pas aimé, parce que je n'ai rien compris, et j'aime bien savoir pourquoi des types contrôlent les gens. J'aurais peut-être dû leur demander, au lieu de rouler un peu dans une mauvaise ambiance ensuite.
Heureusement, sur la dernière piste, un gars crotté de boue, en vélo. Trop bien, un français, sourires, échanges d'infos, et autres papotages. Il fait un long délire en neuf mois entre l'Alaska et Ushuaïa, moyenne 120 kilomètres par jour ! Des barges, je vous dit, des barges !
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| ...et palme d'or du tuning. |
| Palme d'or du bon goût à San Ignacio... |
Vendredi 14 décembre
Ah que je les aime ces petites frontières, au bout d'une piste dans la cambrousse, un pont, deux barrières en bambou, quelques cabanes en tôle, un semblant d'agitation mais il ne se passe pas grand-chose finalement. Jusqu'à ce jour, mon souvenir préféré en la matière était un passage en moto entre la Serbie et la Roumanie, sur une toute petite route sans touriste, qui m'avait bien pris plus d'une demie journée. Aujourd'hui, cela a été pas mal épique non plus !
| Le côté péruvien, vu du pont no man's land... |
Je branche le gars de la SUNAT, puisque je suis garé à côté, qui immédiatement m'arrête, NON, il est impossible pour un touriste de sortir une moto achetée au Pérou !
Après un certain blanc dans la conversation quand même, il me dit qu'il y a néanmoins une solution, un peu irrégulière ! Ce dont je me doutais...
Le problème est que je ne connais pas la loi, et depuis le début de cette aventure, je n'ai que des avis contradictoires, même chez Honda, certains disaient oui, d'autres non. Le gars voulait bien sûr un petit quelque chose, mais je ne sais toujours pas si on a fait une procédure normale ou exceptionnelle. Bref, il me dit d'aller d'abord voir l'immigration.
Bon, je dois avouer que je n'ai pas prolongé mon visa à Lima, il parait que ce n'est pas possible contrairement à ce que dit le site officiel du gouvernement ! Pour sortir, je sais que je dois payer 1 dollar par jour de retard. Le douanier m'arrête de suite, NON je ne peux pas payer ici, il faut que je retourne à la ville à 50 bornes pour règler mon amende. Grrr, je ne suis qu'au début du marathon ! Mais il y a une solution, exceptionnelle bien évidement. Voilà, il faut une photocopie de ce truc et de celui-ci, et ... bref six photocopies. Et la photocopieuse ? Oui, chez la dame, troisième cabane à gauche. Je surprend cette péruvienne plutôt accorte en serviette au sortir de sa douche, petit moment de gêne des deux côtés, mais elle n'avait qu'à pas m'ouvrir sa porte de suite !
Retour à l'immigration, c'est tout bon, je peux aller chez le flic, qui lui manifestement s'en fout et appose son tampon sans autre commentaire.
SUNAT de nouveau. Bon, on va faire comme ci et comme ça, je ne comprends rien, mais roule, d'accord. Oui, mais il faut les photocopies de ..., c'est bon, j'ai compris, retour chez la dame, un chouïa plus habillée mais à peine, six photocopies des mêmes trucs, et le sunatiste peut me taper un document "spécial". Ça lui a pris dans les trois quart d'heure, ce qui a un peu atténué le racket de 20 soles, ben oui, je l'ai fait bosser aujoud'hui !
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| ...et le côté équatorien. J'ai beaucoup aimé les camions bus, avec des bancs, ça doit être cool sur la piste ! |
Enfin la douane. Ah tiens, un français en moto ! Non, pas de problème, on peut on peut, mais il me faut les photocopies de... oui, je sais, et vous aussi vous avez une équatorienne qui prend sa douche ? Ah non, il n'y a pas de photocopieuse de ce côté-ci, il faut retourner au Pérou ! Contente la petite dame, même elle commence à franchement rigoler. Retour en Equateur, le gars enregistre tout sur son ordi, et là commence la vraie, la bonne, la longue attente. Ben oui, l'ordi n'est pas connecté au réseau, donc coup de fil je ne sais où, communication de mes données, et attente que quelqu'un prenne le temps d'enregistrer tout le bataclan à l'autre bout. Deux heures j'ai attendu, il parait que celle qui traitait mon cas était débutante, elle a rappelé au moins cinq fois pour se faire préciser des trucs !
Je me suis régalé d'une petite bière, tellement il faisait chaud (climat et végétation tropicale prononcés ici), avec un jeune péruvien sur la route lui aussi et qui attendait le seul bus de la journée. J'ai réussi à lui expliquer en espagnol que nous vivions un moment rare. Plus vraiment au Pérou, pas encore tout à fait en Equateur, et peinards à déguster une bière glacée en regardant deux poules picorer.
Bon, après une autre heure à papoter avec le douanier, le flic, le voisin vendeur de bières, l'autorisation de rouler est enfin arrivée, et je suis parti dans la liesse générale des témoins de la scène, après quatre heures au total de démarches.
Voilà, j'ai repris la route pour une soixantaine de kilomètres sur une mauvaise piste, caillouteuse, bien pire que celle de Bolze dans les mauvais jours il y a vingt cinq ans, il y en a qui comprendront, mais les paysages étaient incroyablement ... comme d'hab, et je suis arrivé à Zumba, mon premier sympathique gros bourg équatorien. Belle journée !
| Premiers paysages équatoriens... |
Dimanche 16 décembre
Alors ? Premières impressions sur l'Equateur ?
Quand j'étais à la frontière, vue la tête de celle-ci, j'ai eu l'impression de rentrer dans un pays bien pauvre. A Zumba, j'ai retrouvé mon jeune péruvien, nous avons passé la soirée ensemble, jusqu'au point de finir en discothèque (un peu la même ambiance qu'en République Dominicaine, y compris pour la musique, mais en moins bien, du moins à Zumba). Et tout me paraissait plus pauvre qu'au Pérou, malgré des prix sensiblement équivalents.
Et hier, j'ai repris la route, ou plutôt la piste, une méchante piste d'ailleurs, sur près de 80 km. De la poussière, de la caillasse, des gués, dont un le moteur dans l'eau, un col, de la boue, des ponts branlants, un bel exercice de pilotage.
| Le meilleur pont du trajet en fait... |
| J'aime bien la taille des feuilles. |
| Petit lavage de bottes en passant. |
Cette piste infernale débouche sur une route toute neuve, et petit à petit, les choses ont changé. Plus de voitures individuelles, des maisons coquettes, jusqu'au point où je me suis arrêté au bord de la route pour me changer avant le terme de mon étape, Loja, car je n'avais pas envie d'être le probable seul crados de la ville !
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| Même à la chichi j'ai offert une lavadora... |
Par contre demain, je fais pouvoir rouler un peu moins déguisé, les routes ont l'air très bonnes.
Et par chez vous, tout va bien ?
Afficher Loja sur une carte plus grande




yeah !!!! trop cool de te suivre par tes écrits et tes fotos... c trop bien voilà un gars qui va au bout de ses rêves ça c'est xtra !!!!!!!!
RépondreSupprimerTu gères comme un chef comme d'hab, tu te traites de con mais ya pas lieu, il vaut mieux brosser les bestiaux dans le sens du poil, si ce qu'ils veulent c le bakchich tu fais bien de le donner, sil y a des gens salement armé c'est mieux d'éviter les questions...bah oui pas aller dans des embrouilles inutilement : )
tu te fais une drôlement jolie ballade, tu dois avoir le cul tané ma parole ! heureusement que tu n'as pas une femelle avec toi, elle demanderé de s'arreter a tout bout de champ, pause pipi, pause sieste, pause gouter, pause en tout genre !
bon ca a lair cool l'équateur, j'ai préféré ton choix de monter vers le chaud que descendre vers lArgentine. Jespere que donc maintenant t'es en règles avec ton visa. j'espère que tu es bien en forme. Et moi de mon coté, comme suis pas partie en voyage, me suis achetée le forfait ski saison, une grande première !!!! l'envie de pouvoir faire du sport, et de contempler les belles montagnes assis confortablement sur des télésièges. on a une saison de neige exceptionnelle. Parait que vendredi c'est la fin du monde, le 21/12/2012....voyons qu'est-ce qui nous attends. en attendant te fais de gros bisous, et te souhaite le meilleur de l'Amérique du Sud...et au fait ton espagnol ca vient ?! Vanouch la babouch
Bah ! Les progrès en espagnol sont lents, mais ils existent.
SupprimerProfite bien des pistes tout cet hiver. Et si tu vas du côté de Béziers, bises à tout le monde. Beau noël !
Cool je viens de lire ta réponse à mon premier message...oui j'ai toujours au moins 4 trains de retard ! Merci donc pour ta réponse. Et bon Yoga : )
RépondreSupprimerVaness
Coucou p'pa,
RépondreSupprimerEn meme temps c'est pratique ces "pourboires"! T'imagine en France si il y avait une loi qui dirait qu'on ne pourrait pas sortir un véhicule de la frontière. Et bien tu pourrais toujours essayer de negocier avec les douaniers francais mais il n'y aurait rien à faire à part demie tour!
T'oblige pas à longer toute la côte pour moi! Je crois qu'il y a peut etre un acheteur pour le bateau, va falloir etre très rapide!
Joyeux noël équatorien!
Bisous
Nath
Oui, tu as raison, ces propinas peuvent débloquer des situations qui pourraient rester sans issue, et ça ne me gêne pas d'en donner. Mais sur ce coup là, je ne sais pas trop quoi penser, car je ne sais vraiment pas si je pouvais sortir la chichi du Perou. Peut-être une réponse à la prochaine sortie, probablement la Bolivie... Joyeux Noël dominicain !
Supprimersalut Alain! feliz navidad! c'est super sympas de suivre ton périple et ca fait envie! (en plus c'est bien raconté...) nous on part au Népal bientôt, 5 semaines à la cool.. profite bien et plein de grosses bises d'Ardèche (j'espère que tu seras de retour le 27 juillet on fait les 40ans de Bolze!) amuse toi bien
RépondreSupprimerTonio
Ça fait plaisir que tu me laisses un petit mot, surtout pour dire que ce blog intéresse les lecteurs. Super, bientôt le Népal ! T'emmènes ta voile ?
SupprimerT'inquiète, pour rien au monde je ne raterais le 27/7 !
Portez vous bien tous les deux. Bises