Samedi 5
J'ai fait une vraie journée les ...
Bon, et il n'y a pas qu'ici qu'on voit ça, les gens ont une certaine tendance à prendre la plage pour une piste d'entraînement au Dakar, mais il y a d'autres plages par exemple en France où ce sont les mômes qui piaillent, ou les radios qui gueulent, ici les plus proches voisins sont facilement à cinquante mètres, ça va donc.
Et la journée s'est inévitablement terminée par un somptueux coucher de soleil sur le Pacifique, et je ne peux résister à l'envie de vous en laisser deux cartes postales.
Dimanche 6
Ceux qui me connaissent un peu sont au courant de ma passion pour les plages en général !
Une journée y est donc largement suffisante par an, même si décidément cet hôtel était un petit paradis.
(Mais je ne sais pas encore ce qui m'attend le soir !)
J'ai mis le cap au sud, avec l'idée de bouffer du kilomètre, une journée un peu idiote de motard, quoi !
Passé le coin de Montañitas, la côte devient totalement inintéressante. Végétation sèche, quelques pueblos de pêcheurs sans grand charme, des endroits aménagés pour les touristes, mais dans quelles conditions ! Bungalows sur des terrains environnés de murs très hauts, quelques immeubles, plages un peu crades, et succession de paillotes restaurants, avec rabatteurs devant chacune. Je ne vois pas trop l'intérêt du métier d'ailleurs, toutes ces gargotes proposent strictement le même menu, à une ou deux variantes près.
C'est d'ailleurs une constante de l'Equateur et du Pérou, mais j'ai vu ça en Rep Dom aussi, tout est organisé par secteurs. Au bord des routes, pendant dix kilomètres, il y aura une cinquantaine d'échoppes qui ne vendront que des mangues, plus loin que les bananes, au village suivant, tout le monde vend des empanadas, au pueblo suivant, on ne trouvera que du miel, et ainsi de suite. Pour composer un repas à peu près équilibré, il faut donc compter la journée entière pour faire les courses !
Dans les villes, c'est souvent la même chose. Rue des photocopieuses, quartier des pièces de motos et voitures, rue des réparateurs de machines à laver, avenue des banques, quand tu es du coin, ça va, quand tu es de passage, tu passes ton temps à chercher des rues.
La végétation a verdi petit à petit, j'étais dans le delta de Guayaquil.
Et il a fallu traverser cette foutue ville !
D'après ma carte, j'ai juste compris qu'il fallait en faire le tour par le nord et l'est, avant de repiquer au sud. La ville est construite autour des nombreux bras du delta, ça a un certain charme, le centre, plutôt joli bien que moderne avec quelques petits gratte-ciel, est bordé d'un malécon sur le fleuve, certains quartiers sont quasiment insulaires. La cité est vraiment immense, et les indications aux carrefours principaux ne portent que sur des noms de quartiers ou d'axes principaux. Si tu ne connais pas le plan de la ville, c'est pour ainsi dire du chinois.
Et j'ai obliqué trop tôt au sud. Je me suis retrouvé du côté du port de commerce, direction sans issue du moins routière. Trois heures j'ai mis à sortir de ce labyrinthe ! Heureusement, c'était dimanche, le centre-ville était désert. Enfin, pas tout à fait :
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| C'est dimanche, les gens sont à la plage, bof bof les eaux du rio... |
Bientôt seize heures, au sud-est de Guayaquil, il me faut prendre une décision.
Soit je continue vers Machala, sur la côte, mais d'après ce que j'en ai vu avant Guayaquil, ça ne me motive qu'à moitié, à moins de ne tracer la route que pour foncer vers le sud.
Soit je remonte dans les montagnes, à Cuenca, pour passer la frontière ensuite un peu à l'écart de la côte.
Je choisis évidemment la seconde solution. Je sais que je vais prendre cher dans les 120 kilomètres de montée, étant donnée la couverture nuageuse sur le flanc des Andes.
Et j'ai pris très cher. La pluie encore, ça allait, j'étais préparé à finir trempé. Mais en traversant le parc national El Cajas, dans les habituels 4000 m d'altitude, je n'avais pas pensé qu'il ferait si froid, et en arrivant dégoulinant de flotte dans un coin où à mon avis il ne faisait pas loin de zéro (bonjour le contraste après les trente cinq de la plaine), ça devient très vite intenable. L'onglée m'a même empêché de faire des photos de ces une fois de plus magnifiques montagnes. La particularité du parc est sa multitude de lacs d'altitude, dans un écrin de reliefs volcaniques déchiquetés. Somptueux.
Et j'ai craqué ! Dans la descente vers Cuenca, je me suis arrêté dans le premier hôtel venu. C'était une hacienda hosteria, je n'ai même pas demandé le prix de la chambre, heureusement d'ailleurs, sinon j'aurais repris la chichi !
Bon, ce n'est pas grave, même si j'y ai laissé deux ou trois jours de budget normal, j'ai sauvé ma peau !
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| Vues de ma chambre |
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| Lit plus large que long ! |
Au fait, qu'ont ils de plus que les autres ces hôtels de luxe ?
Il y a bien sûr une vingtaine de serveurs, serveuses, réceptionnistes et autres bagagistes qui font semblant de s'agiter dans tous les sens, ben oui, il n'y a pas grand monde ce dimanche soir, mais comme je demande rarement quelque chose, ça ne change finalement rien, tout ce personnel.
Evidement, à ce niveau de prix, les serviettes sont brodées au nom de l'hôtel, les draps aussi, les taies itou, le savon est siglé au nom de l´hôtel, et le shampoing, et même les bouteilles d'eau. A l'usage, je ne vois pas l'intérêt de ce tout ce tralala, de toutes les façons, quand tu sors de ta douche, tu t'essuies et basta. Sont cons les riches, ils payent pour subir la pub de l'hôtel !
Tiens, pour la peine, je ne citerai même pas le nom du lieu.
Lundi 7
Finalement, je me suis tout de même arrêté à Cuenca, pas rendu en Bolivie moi !
Mais pour me "punir" de ma dépravation petite bourgeoise, j'ai pris un hôtel à huit dollars la nuit. Et il est très bien cet endroit, j'aimerai bien le citer, mais j'ai déjà oublié son nom. J'y ai dormi tout aussi bien que dans le précédent, et en plus la moto était parquée ... dans la cuisine !
Une petite balade en ville, oui il y a toujours autant de gringos, et une bonne petite bouffe au restau.
Pour le même prix, vous avez droit à la photo de la cathédrale, qui fait aussi la célébrité de la ville, vue du restau.
Mardi 8
Lever tôt, parti tôt.
De Cuenca à Loja, je connais déjà, vous connaissez donc un peu, je ne vais pas m'étendre sur la question, et quasi un mois plus tard (déjà !), ma foi l'impression est la même, c'est toujours aussi beau.
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| Sapins, caillante, ciel gris, on dirait la Haute-Loire ! |
Une petite différence tout de même, le temps est couvert. Au fond des vallées, il fait doux, voire chaud après Loja, et sur les sommets, il caille pour de bon.
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| Zone chaude... |
De Loja à Maraca, tout devient plus aride, plus sec, et surtout de plus en plus chaud. Comme la terre ne peut pas produire grand-chose, la région est plus pauvre, les maisons sont de moins en moins coquettes, c'est bien, celà me permet une réaccoutumance au Pérou.
Dans cette zone semi-désertique, poussent des arbres incroyables, parfois les seules tâches vertes visibles sur les flancs des montagnes. J'ai mesuré celui-ci, plus de six mètres de diamètre à hauteur d'épaule !
Après un premier contrôle militaire (pas aimable le sergent), j'arrive à Maraca, bourg frontière d'une tristesse sans nom, et la lourde chaleur n'aide pas à être guilleret. La soirée va être courte pour moi, il n'y a rien à faire ici. Cité garnison où quoi, ils auraient peur des péruviens, que même la caserne est gardée par des mirlitons le doigt sur la gâchette de mitrailleuses lourdes !? Ces mêmes trouffions notent sur un carnet combien d'essence tu prends dans les stations, ça sent le traffic de partout, et bonjour l'ambiance.
Mais j'ai choisi d'être là pour passer la frontière de bonne heure, et avoir le temps ensuite de rejoindre un lieu un peu civilisé côté péruvien. Il y a des étapes comme ça sur un long voyage, juste fonctionnelles...
Sinon, record battu, j'ai dormi dans un hôtel à six dollars, salle de bain privée comprise !
Pour le sommeil, c'est une autre histoire, hôtel d'ouvriers bossant probablement sur les divers chantiers routiers du coin. Le soir, ça discute fort, avec force bière, jusqu'à point d'heure. Et à partir de cinq ou six heures du mat', c'est tout un bazar pour extraire tous les véhicules tassés dans la cour de l´hôtel, en plus ils font tourner les moteurs pour les chauffer avant de démarrer, drôle d'idée, surtout dans un pays chaud.
Mercredi 9
Dernier café équatorien. Je quitte un peu à regret ce pays, et n'ai pas une grande motivation pour le moment à retrouver le Pérou. J'ai peur d'être ennuyé par la pluie dans les montagnes, et la côte ne me fait strictement pas envie. Peut-être je vais me la faire direct, en trois jours jusqu'à Lima, et pour le sud, je verrai bien ensuite...
Le passage de la frontière s'est fait les doigts dans le nez, même si les péruviens ne s´attendaient pas à ce que la chichi soit péruvienne. Une demie-heure en tout, pas de démarche spéciale, pas de backshish possible donc. Pourtant, ça sent la corruption à plein nez côté Pérou, je vois tous les conducteurs, la plupart équatoriens, filer du fric au planton de service, en ralentissant à peine. Ça a l'air assez rentable, comme job, douanier.
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| Habituelle photo du pont frontière... |
Et immédiatement je me suis retrouvé dans la pauvreté péruvienne, c'est fou comme elle saute aux yeux en sortant d'Equateur. La région n'aide pas, elle est pratiquement désertique. J'ai fait quasiment 400 bornes aujourd'hui, et n'ai traversé qu'une petite ville digne de ce nom.
Chaleur, monotonie des lignes droites, à peine quelques masures au bord de la route, j'ai enquillé les kilomètres sans réfléchir, à part un petit souci d'essence (une seule station sur le parcours !) jusqu'à Chiclayo, terrain connu. J'aurais bien poussé plus loin, jusqu'aux plages de Trujillo, mais presque deux cent cinquante kilomètres à quasi 15 h me paraissait osé, même sur des lignes droites. Je suis donc resté dans cette ville où j'avais déjà fait une étape, et dont le centre est plutôt sympa.
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| Oui, dans cette maison on vend de l'essence |
Ah si, petite aventure dans le coin de Tombo Grande. Un seul panneau indicateur en sortie du bled, je m'engage sans inquiétude, ah merde, c'est une route en construction, 40 bornes de tôle ondulée, qui oblige à rouler vite, très vite, genre presque 100 km/h sur la terre, ça fait drôle, mais c'est la seule solution pour ne pas être trop secoué.
Et soudain, un bull, deux camions, fin de la route tout court ! Les ouvriers me disent qu'il y a quatre kilomètres de sable, du vrai. Plutôt que de revenir en arrière puis de faire un long détour, va pour le sable ! Presqu'une heure j'ai galéré dans ce foutu tronçon ! J'en suis sorti trempé de sueur, crevé, les bras cassés, c'est l'horreur le sable, le moteur à fond, ça avance à peine...
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| La moto tient debout sans béquille ! |
Pour le coup, je me pris de nouveau dans un hôtel un peu chicos !
J'avais déjà oublié à quel point le Pérou, ou plutôt les villes péruviennes, petites ou grandes, peuvent être bruyantes. Alarmes de voitures se déclenchant sans cesse, réglages trop sensibles probablement, et comme elles ont toutes le même son, plus personne ne les écoutent ! Klaxons permanents, notamment de la part des taxis, pour draguer le client. Là aussi, je n'y prête plus attention, sauf parfois quand ce sont des bus ou des camions, leurs avertisseurs étant tellement survitaminés qu'à chaque fois je sursaute, ou sauf aussi aux feux, tout le monde klaxonnant parce que je n'ai pas démarré une seconde ... AVANT le feu vert !
Et au Pérou, les gens sortent plus tard qu'en Equateur, les nuits sont donc aussi plus bruyantes.
Jeudi 10
Et désormais, j'aligne les kilomètres sur la Panam, comme à l'aller. Mais je vous avais un peu caché à ce moment là que les abords de cette route, spécialement à l'approche des villes, ne sont qu'une vaste décharge à ciel ouvert, ordures, gravats, cargaisons diverses jetés en vrac sur des kilomètres et des kilomètres. Ça pue grave, c'est laid, je ne comprend pas comment on peut vivre dans un tel environnement, jeter ses poubelles à côté de chez soi revient un peu au même que les jeter chez soi, mais bon, j'ai peut-être des préoccupations de riche occidental...
En attendant, cette facette du Pérou m'énerve, surtout après l'Equateur, où les gens semblent vraiment plus faire gaffe à leur environnement.
Je n'ai pas énormément avancé aujourd'hui, j'ai fait une longue pause à Trujillo pour une révision de la chichi, et oui, elle a déjà 8000 bornes au compteur, et j'avais négligé la maintenance des 6000...
Je suis donc ce soir à Chimbote, une grande ville pas bien belle, mais je crois qu'elle a subi elle aussi un méchant tremblement de terre il y a quelques décennies. Mais ça va, j'ai vu pire.
Demain, je vais essayer de rejoindre Lima, fin de la boucle nord...
Vendredi 11
Aller zou, j'ai fait direct Chimbote-Lima aujourd'hui.
Pourtant, plusieurs fois sur la route, j'ai failli obliquer vers les Andes, vers trois ou quatre lieux que j'ai repérés ici ou là. Mais il faut que je me fasse une raison, je ne peux pas aller partout, et le sud m'attire vraiment. Peut-être à mon dernier retour vers Lima...
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| Village avec eau et électricité |
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| Hameau sans eau ni électricité |
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| Premiers faubourgs de Lima |
L'entrée dans cette métropole, avec sa circulation, ses bus fous, ses bagnoles qui essayent de me gratter un demi mètre dès que je m'écarte un peu du milieu de ma file, est toujours autant stressante, même si ensuite, en centre ville, ça va beaucoup mieux.
Et je me suis étonné à penser, alors que je galérais parce que bien sûr je me suis paumé tant la ville est immense, que d'une certaine façon je rentrais chez moi. Sans doute parce que je suis en terrain un peu connu, et parce que ça me fait plaisir de retrouver l'équipe de mon hôtel favori (quand je pense que j'y ai pris un petit coup au moral lors de mon arrivée au Pérou, tant je le trouvais triste !). Et c'est rigolo, je n'ai plus d'adresse officielle en France, mais j'en ai une ici à Lima !
Ce samedi, c'est côté pratique des choses, demain dimanche, j'emmène en moto à la plage un des employés de l'hôtel, cool !
La bise à tous, y hasta pronto !
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