Pour finir l'année ce lundi, je suis donc parti vers Cayambe.
Une étape de cinquante kilomètres me semblant vraiment trop courte, je me concocte un petit itinéraire amélioré, en espérant trouver une piste serpentant dans les montagnes, loin de la Panaméricaine, puisque c'est ça désormais mon terrain de prédilection.
| Avant de dé marrer, achat de graisse dans un garage bien rigolo... |
Bon, au premier barrage, je file une piécette, les mômes sont rigolards. Au deuxième, je négocie, les mômes font un peu la gueule, au dixième je passe en force et j'emmerde les mômes, ils n'avaient qu'à se positionner plus avant, au quinzième je hurle, au vingtième, je fais demi-tour, tanqué derrière un bus, pour repasser tous les barrages sans trop perdre de temps. La coutume est plutôt sympathique, mais en certains points, ce sont carrément des adultes qui tiennent la corde et ça ressemble trop à du racket même pas souriant !
Je suis donc arrivé à Cayambe assez tôt, après une très courte étape.
Le rendez-vous donné sur le forum se situait dans la plus vieille hacienda d'Equateur, fondée en 1580, et transformée en hôtel dans les 70's.
L'esclavagisme plus ou moins déguisé aura donc quand même duré près de quatre siècles à cet endroit ! Une famille de pétés de thunes, qui se transmet tout par héritage, et quatre ou cinq cent pauvres malheureux, taillables et corvéables à merci, j'imagine sans salaire (à vérifier), certes "nourris et logés", un foutu système de merde, merci les espagnols !
Bon, intérêt de tout ça, c'est que les baraques, pour un gringo un peu aisé, sont vraiment pleines de charme, et j'y ai passé une super chouette soirée.
Nous étions finalement neuf motards, et en une nuit, j'ai quasiment fait le tour du monde, tant les histoires de chacun étaient diversifiées.
Et bien sûr, à minuit, un grand feu (ah, l'eucalyptus, quel parfum !) a dévoré le mannequin de cette fichue année 2012, parce que ce sera toujours mieux l'année d'après !
Et qu'est-ce que c'est bon de s'endormir au coin du feu !
Mardi 1er
L'année commence mal, journée de merde !
Certes les bières de la veille n'aident pas à voir les choses en rose !
Tout d'abord, j'ai renoncé unilatéralement à mettre le cap sur la Colombie, mon côté légaliste un peu caché probablement, et j'ai décidé de filer vers le Pacifique, vers Puerto Lopez, premiers tours de roue dans une longue descente vers la Bolivie, pour commencer.
Mais j'ai beau réfléchir, le seul itinéraire vraiment adéquat m'oblige à repasser sur des routes connues, jusqu'à Latacunga puis Zumbahua. Le temps est maussade, ciel bas, petites averses de temps à autres, il fait vraiment frais, je morigène donc sous mon casque. Le seul truc qui m'amuse, est qu'au bout de quatre heures de route, je rattrape trois des motards de Cayambe, sur des grosses cylindrées, comme quoi, la chichi...
Après Zumbahua, un dernier col, aux environs de 4000, me frigorifie pour de bon.
Et dès ce col passé, une longue, longue, très longue descente, dans le brouillard des nuages bloqués contre le flanc ouest des Andes, avec un crachin continu, me laissera détrempé à Quevado.
Heureusement, plus je descends, plus le climat se réchauffe, et je suis arrivé dans une lourde chaleur tropicale dans une petite ville ni belle ni moche, un hôtel au bord du rio, plus de bruit que dans les montagnes, bachata à tous les coins de rues, c'est presque un retour deux mois en arrière !
| Vue de ma chambre |
Mercredi 2
Il pleut au lever du jour, il pleuvra quasiment toute la journée.
Bon, quand on a une certaine passion pour la moto, il y a des jours comme ça, et quand il faut y aller, ça ne sert à rien de tergiverser, de toutes les façons, ce soir, je serai trempé. "Ne pas lutter contre, vivre avec", une antienne d'une de mes amies...
Et cette route de Quevado à Porto Viejo m'a malgré tout beaucoup plu. Alors que je m'attendais, d'après la carte, à un grand axe monotone et rectiligne, je me suis retrouvé sur une petite route de campagne, zigzagant dans les collines.
Végétation tropicale luxuriante, jolies petites fermes, souvent construites en bambou, de un ou deux étages sur pilotis, quelques vieux bus ou camions, du goudron de l'an pèbre constellé de nids de poule, quelques parties en terre bien boueuses, tout m'a évoqué la République Dominicaine, pour ses régions de collines.
Brusquement, après Porto Viejo, une zone plus sèche, des fermes beaucoup plus pauvres, des arbres rabougris sans feuilles, les vaches se transforment en une espèce de zébus malingres, les bords des routes sont sales, et soudain, le Pacifique !
J'arrive enfin à Puerto Lopez, petite station balnéaire un peu poussièreuse. Quelques bateaux de pêche, des palmiers le long du malecon, quelques gringos, un peu de touristes du pays, voire colombiens, j'ai du mal à trouver un hôtel, et je finis par échouer au Montelibano, tout de bric et de broc, mais finalement bien sympa.
Il fait chaud, très chaud, il y a une moustiquaire autour du lit, des bestioles inconnues couinent, caquètent, crissent et jactent, je m'endors avec le sourd bruit des vagues du Pacifique.
Et cadeau bonus, fini le poulet au riz que je ne supporte plus, j'ai dîné d'un poulpe à l'ail !
Jeudi 3
J'ai un petit souci au Montelibano. L'endroit est certes tranquille, à l'écart du "centre", vraiment pas cher, mais je suis dans un dormitorio. Il y en a qui se lèvent tôt, d'autres tard, des qui se couchent tôt, d'autres tard, et contrairement à ce que dit Patricia, je suis un petit bourgeois qui apprécie son rythme personnel, sans compter qu'on est moins rassuré pour ses affaires dans un dortoir plutôt que dans une chambre individuelle.
Je déménage donc pour un petit paradis bourgeois, à l'autre bout de la plage. Le budget s'en ressent, mais pour 22 dollars, je loge dans un bungalow à moi tout seul, noyé dans une superbe végétation. Que des bruits de la nature, des oiseaux inconnus, de jour comme de nuit. Et oui, Pat, je vieillis !
Pour le reste de la journée, je suis allé faire un tour le long de la côte, vers le sud.
Montañitas, je n'avais encore jamais vu un endroit pareil ! La dizaine de rues de ce petit village n'est strictement composée que d´hôtels, restaus, boutiques de fringues US ou de souvenirs et d'organisateurs de balades. Il y est absolument impossible de circuler, tant les gens se marchent les uns sur les autres. On n'y parle bien sûr que spanglish, même si on y croise pas mal de touristes colombiens.
En comparaison, Montmartre ou Saint-Trop font petits villages sympas, ayant su garder leurs traditions séculaires !
Sea, sex, sun, beers, drugs and reggae ! Je ne comprendrai jamais le panurgisme humain...
Sur le reste de la côte, on trouve des petits villages de pêcheurs, avec de longues et magnifiques plages désertes, parfois un petit lodge, deux ou trois touristes au maximum.
Puerto Lopez est aussi un coin un peu touristique, mais sans commune mesure avec Montañitas, je ne m'y sens pas oppressé par la foule, et croiser de temps à autres quelques congénères de voyage n'est pas forcément désagréable.
Et surtout la bourgade a une autre vie économique que celle basée sur le tourisme. Avant de partir ce matin, j'étais sur la plage, et celà grouillait d'activité autour des bateaux de pêche. Débarquement du poisson, multiples acheteurs, embarquement de glace pilée sortant de deux ou trois petits ateliers locaux, vendeurs de boissons et nourritures diverses, conversations et transactions intenses, je ne savais plus où poser mon regard.
Et au moins le poisson est frais dans les quelques restaus du bord de plage !
Vendredi 4
Cette fois-ci, j'ai remonté la côte vers le nord, avec un premier arrêt dans le parc national de Cholilla. La communauté locale, vivant à Agua Blanca, y fait une petite exploitation touristique des lieux. Rien de bien méchant, un modeste droit d'entrée, et dans le village, un restau, un petit musée et un stand de bijoux, tenu par les femmes réunies en collectif artisanal. Et j'y étais le seul gringo ce matin (normal, ils sont tous à Montañitas !).
L'écosystème de l'endroit est assez étonnant. Dans une zone aride à la végétation totalement sèche et triste, un petit rio, pourtant quasiment tout le temps presqu'à sec, suffit à verdir légèrement le fond de la vallée.

Quelques fermes misérables, avec deux ou trois cochons et cinq ou six chèvres à moitié sauvages, fan, ça doit être dur de survivre ici, d'autant plus qu'il y fait une chaleur assez violente.
Des iguanes, de gros lézards particulièrement véloces, des oiseaux de toutes sortes, rencontre avec un rapace, je ne me suis pas ennuyé.
Le reste de la côte, jusqu'à Manta, a été un mystère pour moi. Le plus souvent aride, on y rencontre, outre les zones similaires au parc aux abords des rios, des coins totalement humides, avec de la forêt tropicale exubérante, parfois sur une dizaine de kilomètres, puis de nouveau les collines grises et sèches. Un relief qui accroche les nuages ? Une nappe phréatique affleurante ? Je n'ai rien compris...
Sinon, il en va au nord comme au sud, beaucoup de petits villages de pêcheurs et d'immenses plages, où les rouleaux du Pacifique sont sûrement surfables.
Quant à la ville de Manta, elle est suffisamment laide pour que j'ai eu envie immédiatement de faire demi-tour.
Bon, ça va être bientôt l'heure d'une piñacolada, ah que la vie est dure au bord du Pacifique !
| Tiens, un iguane dans le jardin de l´hôtel... |
Aujourd'hui, j'ai décidé de ne pas faire grand-chose. D'abord ça me reposera de ma nuit au sommeil perturbé par une bestiole inconnue qui s'est permis trop longtemps un raffut du diable quelque part au dessus de mon bungalow. Les iguanes, ça gueule ? Un oiseau quelconque ? Une grenouille ou un crapaud géant (j'en ai vu quelques uns bien balèzes hier) ? Va savoir !
Demain, je reprends la route, autant être en forme. Je vois que l'air de rien, le temps passe assez vite, et j'ai vraiment envie de rejoindre la Bolivie, l'Argentine et le Chili, et ce n'est pas la porte à côté.
La bise à vous tous !
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