Mardi 19 suite
Il pleut, il pleut, aïe, aïe, je suis dans un des beaux coins de l'Argentine, et suis un peu bloqué.
Ce soir, il m'est venu de bien grandes pensées en dégustant une pizza dans le centre-ville de Jujuy. Il faut dire que le décor de l'estaminet m'a inspiré. Aux murs, parmi de vieilles photos et coupures de journaux, des bouquins de Sartre, Borges, Touraine, Rousseau et bien d'autres, dont quelques locaux, inconnus pour moi.
Qu'est-ce qui définit le degré de "développement" d'un pays, avec les éternelles questions de l'éducation, au sens de culture générale, et de la culture, au sens d'identité ? Cela vient à l'esprit quand on passe du Pérou ou de l'Équateur vers le Chili ou l'Argentine.
Une petite remarque en passant, liée au fait que, comme un idiot que je suis, j'ai rechuté sur la clope. Je me suis dit que celle-ci avait à voir avec mes "envolées philosophiques". Au Pérou, il y a bien peu de fumeurs, et on peut trouver des cigarettes à l'unité dans les rues. En Équateur, c'est un peu la même chose sauf que les paquets sont plus courants chez les petits vendeurs. Au Chili et en Argentine, la politique de répression des fumeurs est à l'ordre du jour, mais pour le moment un peu moins virulente qu'en Europe. La clope, indice de développement, de décadence d'un pays ?
Sinon, aucun rapport avec tout ça, je commence à avoir une jolie collection de photos sur l'expression murale, un thème que j'aime bien, et il semblerait que cela soit plus développé par ici qu'en France. Quelques images...
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| Enfin si, ça a un rapport ! - Pérou |
| Argentine |
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| Pérou |
| Argentine |
| Argentine |
| Chili |
| Argentine |
| Argentine |
| Pérou |
| Chili |
L'hôtel commençait à devenir dangereux...
...et ce n'est pas tout ça de cogiter dans tous les sens, mais ce soir je suis invité à Salta par les potes motards, plus particulièrement Umberto.
Ils m'avaient dit d'oublier la route principale, et de passer par la "cornisa", une petite étape d'une centaine de kilomètres.
Ils avaient bien raison. Une chaussée très étroite serpentant dans des collines boisées, un régal de pilotage en chichi.
Et du vert, j'en ai mangé du coup, c'est assez incroyable les variations d'écosystèmes dans cette partie du monde !
Salta est une grande ville, mais avec un certain charme, même si une fois de plus tout ceci est d'inspiration hispanique, un tantinet rococo...
En soirée, au moment de partir voir Umberto, je me renseigne auprès de la fille de l'hôtel. Elle me dit que c'est un quartier très dangereux, et, "encourageante", note l'adresse du copain, pour au cas où !
Je pose donc la question au chauffeur de taxi de savoir si c'est une bonne idée d'aller dans ce coin. Il me répond de ne jamais y aller seul et de ne pas y passer en moto. Cool !
J'ai passé une soirée vraiment sympa, chez la famille d'Umberto, avec bien sûr un asado, le barbecue traditionnel de viandes argentines. Et il m'a évidemment ramené en voiture à mon hôtel, où la fille de la réception a paru soulagée ! Étonnant et touchant...
Jeudi 21
Umberto est venu me chercher, c'est sympa de sa part, pour un petit viron en bécane dans les collines environnantes.
Le couvercle de nuages ne quitte pas la sierra. J'ai un peu discuté avec une fille qui bosse dans une agence d'excursions, ce n'est vraiment pas prudent de monter vers la puna. Dommage, je ne verrai pas Tolar Grande !
Demain, je trace donc, quatre jours à espérer, c'est suffisant.
Vendredi 22
En résumant, Salta est une ville bien occidentale dans une vallée verte à vaches.
Je suis parti sous la pluie, un peu inquiet de devoir passer la journée sous la flotte dans une plaine inintéressante.
Il aurait été plus simple de consulter ma carte en détail, mais ce n'est pas trop mon truc.
Ici, "vallée" se dit "valle", fastoche, même si c'est masculin, mais "quebrada" veut plus ou moins dire "gorge".
Je suis entré dans la quebrada de Los Conchos au bout d'une soixantaine de kilomètres.
Le temps s'est peu à peu éclairci, merci, comme quoi il suffisait de bouger, et j'ai pu profiter de ces paysages une fois de plus somptueux.
À la sortie de la quebrada, se trouve Cafayate, village qui m'a fait penser à Vallon Pont d'Arc, gangrené par le tourisme, genre d'endroit où tu peux éventuellement t'arrêter au mois d'août, le temps d'acheter les clopes, et tu files boire ta bière à l'auberge des Deux Aygues. J'ai quand même pris le temps d'y déguster des empanadas au fromage, je ne peux pas leur résister et je ne m'en lasse pas.
| Oui, ce sont des cactus ... |

La région est vinicole, c'est étonnant, car la vallée est vraiment aride.
Il faudra que je teste sérieusement le vin du coin, qui semble prometteur malgré tout. Les vins argentins sont souvent vraiment excellents, mais je pensais que les bons étaient plus au sud.
Petit arrêt ensuite à Quilmes, ville sacrée du peuple originel éponyme, qui a su résister aux espagnols pendant plus d'un siècle. Ils n'ont cependant récupéré la propriété de la cité, vieille de plus de mille ans, qu'en 2008. Une petite visite de soutien ne fait pas de mal.
Et de nouveau la route, en pleine chaleur, coincée sur un haut plateau entre trois sierras, quasiment seul dans des espaces vraiment immenses. Un vrai bonheur.
Sur cet photo, je ne l'ai pas fait exprès, un petit cimetière avec un rayon céleste. Je ne suis pas devenu mystique pour autant.
Un ou deux gués plus loin, et oui pourtant c'est la RN40,
une nationale un peu mythique dont les bornes indiquent le kilométrage jusqu'à Ushuaïa (plus que 3700 !), j'arrive à Belen, gros bourg dont la place centrale est bien accueillante pour la bière du soir, et où je retrouve ... mon motard de Jujuy !
Samedi 23
L'Argentine est vraiment un pays immense, cinq fois la France, avec un bon 4000 kilomètres du nord au sud. Les pubs touristiques sont marrantes, elles vantent les mérites d'une région à une échelle perturbante, un peu comme si l'office de tourisme de Marseille recommandait une balade à Chamonix ou sur les plages de Frontignan.
J'ai envie de remonter dans la sierra, et "pas loin", en revenant un peu sur mes pas roues, il y a une piste qui monte vers ... Tolar Grande ! Bon, c'est du rêve, 600 bornes aller simple, il me faudrait embarquer 60 litres d'essence, on oublie ! Mais comme je suis têtu, je vais aller jeter un oeil au début du chemin vers la laguna blanca, 300 km aller-retour tout de même, mais c'est plus raisonnable.
Des photos, comme d'hab.
| Un petit salar, en passant. |
Toujours cette sensation inégalable de se sentir vraiment vraiment seul dans des lieux magiques, dans un silence absolu, excepté le bruit éventuel du vent, avec juste quelques vigognes craintives ici ou là. Une drogue dure, ces grands espaces.
| Personne devant |
| Personne derrière |
Quelques autres clichés sur la descente.
De retour à Belen, je n'ai pas envie de rester là une soirée de plus. Aller zou, 140 km de rab sur un immense plateau semi-désertique, avec de foutues lignes droites, jusqu'à Aimogasta, bourgade sans grâce, mais qui me permet de constater dans la cour de l'hôtel qu'il n'y a rien de tel qu'une moto pour emballer les poules.
Dimanche 24
Je n'avais pas trop fait gaffe hier soir, mais le coin est rempli d'oliviers et de vignes. Cela surprend un peu, la région est vraiment sèche, limite désert. Ceci dit, étant donnée la taille ou plutôt l'immensité des exploitations, cela sent l'irrigation à outrance, de bons vieux apports agrochimiques et probablement des plantations transgéniques. Mais bon, il y en a bien en France qui mangent du porc breton ou polonais, ou au Pérou du poulet.
Sinon, la géographie des lieux est simple. De grands plateaux, vraiment plats, dont certains ont dû servir à définir l'horizontale, et des sierras plus ou moins grandes, plus ou moins hautes et plus ou moins longues. En moto, cela donne une ligne droite de 40 bornes, un virage, ou plutòt une légère courbe,
puis 40 bornes d'une ligne parfaitement droite et ainsi de suite, avec un bled tous les 50 ou 60 kilomètres, et encore, il faut voir le bled, parfois dix maisons, parfois un peu plus, parfois seulement le panneau indicateur, sans que je voie les maisons.
Heureusement, j'ai obliqué au travers de la sierra de Fatima, par la quebrada de Miranda. Bien sympa.
| Attention, il va y avoir un "virage" |
| Ce "bled" est signalé sur ma carte grande échelle ! |
Surprise, la route se transforme en piste, mais pas de souci, la señora de Lujan veille sur moi.
Retour ensuite sur les lignes droites, jusqu'à Villa Union, où je prends mes quartiers.
| Dimanche, c'est calme |
La plupart des reliefs doivent leurs formes bizarroïdes à l'érosion du vent, avec le sable, et bien sûr de l'eau. Dans la région, il ne tombe que 150 mm d'eau par an, mais à mon avis ça doit tout être le même jour.
Triste, bien triste nouvelle ce soir, mon pote Kero a un gros gros pépin de santé, il est à l'hosto à Brest. Merde et remerde ! Kero, je sais que tu lis ce blog, je le continue donc aussi pour toi...
Lundi 25
C'est la rentrée des classes ici, après les grandes vacances d'été. Je ne sais pas si c'est valable pour tout le pays. Pour une raison mal définie, celà rajoute un peu à mon blues...
Bon, il faut y aller tout de même !
J'ai de la chance, sur la route vers le parc, je croise des nandous, des espèces de lamas dont j'ai oublié le nom, des lièvres machins grand comme ça, et même une tarentule bien grasse. J'ai pu prendre plus tard dans le parc des photos de ces mêmes bestioles.
Le système d'entrée dans le parc est un peu énervant. Billets 40 pesos, pourquoi pas, il faut bien préserver le lieu. Mais visite obligatoire en microbus, entre 160 et 190 pesos selon l'engin. Merde, celà revient à faire payer pour se balader dans la nature, qui est malgré ce que certains en pensent, à tout le monde, d'autant plus que le parc est classé patrimoine mondial de l'humanité. Et remerde, parce que ce sont des entreprises privées qui font leur beurre avec un monopole d'exploitation de l'excursion. Du grand n'importe quoi ! Je n'ai pas de référence en France où il faut raquer autant pour aller dans un parc...
Bon, après râlerie et demande d'explications, il apparait que les motos peuvent entrer, va comprendre mais ça tombe bien, j'en ai une, jusqu'au début d'un canyon, où la visite continue à pied, mais avec un guide, heu..., payant bien sûr.
Ok, je décide d'y aller, et celà valait quand même le coup.
Deux lignes droites encore plus loin, El Valle de la Luna. Là aussi, visite réglementée, payante, sous surveillance.
Je craque et reprend la route, ciao les parcs !
Le plat est de plus en plus plat, il y a de moins en moins de sierras,
En entrant dans la province de Cordoba, pour la première fois en Argentine, un flic m'arrête. L'organisation de la police est marrante ici, à chaque village un peu important, entrée de ville, changement de province, il y a un poste de contrôle de flics, annoncé par un panneau qui plus est. C'est bien, on sait où ils sont ! Jusqu'à maintenant, soit ils m'ont toujours fait signe de passer, soit ils faisaient la sieste.
Celui là, non. Sa tentative de racket m'a tordu de rire (intérieurement...), il m'a demandé si je voulais bien collaborer à l'effort du village voisin pour rendre l'eau potable. Pauvre type ! La police argentine a la réputation d'être probablement la plus corrompue d'Amérique du Sud.
Dans un tout autre registre, il faudra que je demande une explication à Maria sur la signification exacte des offrandes que je vois ici ou la devant les petits monuments au bord des routes. J'y vois de temps à autres des gens s'y arrêter, le résultat est plus qu'étonnant, alors que par ailleurs l'Argentine est plutôt propre, selon les critères sudaméricains du moins.
L'étape du jour est à Villa de Soto, un gros bourg comme je les aime, une ambiance paisible, tout le monde est sympa, chacun connait chacun, l´hôtel est pas cher et plutôt bien. 450 km tout de même aujourd'hui sur les lignes droites, plus trois heures à pied dans le canyon, au lit donc !
Mardi 26
C'est peinard ici, je décide d'y passer une nuit de plus.
La suite, je ne sais pas encore trop, j'attend un message de Maria pour aller à Buenos Aires passer en petit mois ... en ville, avant d'attaquer le grand voyage de retour vers Lima.
En attendant, peut-être un saut en Uruguay, pour acheter des dollars. Les finances du l'Argentine sont en effet telles que le change est contrôlé, et inévitablement le cours dans la rue est beaucoup plus avantageux que l'officiel, tout le monde cherchant du dollar tant la confiance règne envers le peso. Une différence de plus de 40 %, ça joue quand même sur le budget ! Pour le moment, je vis sur les pesos que m'a vendus Maria ... au cours officieux, bien sûr.
Mercredi 27
Hier, j'ai repéré une piste, et la chichi adore les pistes, un bon 120 km à travers la sierra de Cordoba, de Higuera à Tanti. Ce n'est pas une sierra bien haute, le plateau doit être dans les 2000, mais j'ai beaucoup aimé.
Une petite visite à une estancia jésuite en passant, ils ont été partout ceux-là.
Puis la montée vers les grands espaces, où je me sens si bien.
Je trouve que celà a parfois des airs vaguement irlandais, même si je n'ai jamais mis les pieds en Irlande.
Ce n'est pas aussi sauvage que certains coins où j'ai pu passer, mais je me régale tout de même.
Mercredi 27
Hier, j'ai repéré une piste, et la chichi adore les pistes, un bon 120 km à travers la sierra de Cordoba, de Higuera à Tanti. Ce n'est pas une sierra bien haute, le plateau doit être dans les 2000, mais j'ai beaucoup aimé.
Une petite visite à une estancia jésuite en passant, ils ont été partout ceux-là.
Puis la montée vers les grands espaces, où je me sens si bien.
Je trouve que celà a parfois des airs vaguement irlandais, même si je n'ai jamais mis les pieds en Irlande.
Ce n'est pas aussi sauvage que certains coins où j'ai pu passer, mais je me régale tout de même.
Et la bonne surprise, au milieu des arbres tout au fond
il y a ce petit refuge, où j'ai passé un moment paisible.
La descente dans la vallée, vers Villa Carlos et Alta Gracia, a été un retour brutal à la civilisation du tourisme. Il y a un rio, puis un lac, c'est tout près de Cordoba, la deuxième ville du pays, et tout est aménagé pour les loisirs.
Le pire est à Villa Belgrano, une mauvaise reconstitution de villages alpins ou bavarois, avec chalets, fondues, bières et musique bavaroise. Ça craint ! Un reste de la deuxième guerre mondiale ?
("Maria confirme, c'est une ville de nazis expatriés !" - Note de la rédaction)
Je fuis bien vite vers Santa Rosa de Calamuchito, c'est à peine mieux, mais supportable...
Jeudi 28
L´hôtel est bien, je reste un jour de plus.
J'ai cherché à me rendre dans la sierra, mais la piste était un cul de sac, et je n'en ai pas trouvée d'autres.
Et comme il y avait un cyber...
Bises à tous, avec une pensée particulière pour mon ami Kero, quelle tristesse !
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