samedi 2 février 2013

Voir Cotahuasi et ...

... et il me reste à rejoindre Tolar Grande.

C'est étrange, avant de quitter la France, j'avais deux idées en tête, Cotahuasi au Pérou et Tolar Grande en Argentine. D'où venaient elles, je n'en sais trop rien. Ah si, une recherche d'infos sur les motos pour Cotahuasi. Deux lieux peu connus de la majorité des touristes, avec très peu d'informations à glaner à partir de la France, et je me suis pourtant fait une fixette de vouloir les visiter. Jordan surtout, puis Nath un peu, en savent quelque chose, tant je les ai tannés avec ces projets.

Lundi donc, avant de partir à l'aventure, on s'est préparé à Arequipa. Cette ville est très connue par ici et fait partie du "Gringo tour" du sud du Pérou. C'est vrai qu'elle est située dans un site superbe, au pied de deux volcans encapuchonnés de neige, aux alentours des 6000. Son centre est célèbre aussi pour son architecture coloniale.
Mais c'est justement ce qui m'énerve. Déjà je ne porte pas un grand intérêt aux monuments, palaces et autres tas de cailloux, ici comme en Europe. Et surtout, je ne peux m'empêcher de voir dans cette magnificence le symbole d'une conquête féroce et d'une exploitation déshumanisée d'un continent par une nation qui dès le seizième siècle a inventé le capitalisme barbare pour inonder l'Europe avec de l'or volé et autres ressources naturelles, au prix de massacres et de centaines de milliers de vies anéanties par l'esclavage. Une partie de la puissance économique de l'Europe, encore de nos jours, date de cette époque, de même qu'une partie des problèmes sud-américains.

Bref, c'est avec grand plaisir que j'ai quitté cette ville touristique pour filer vers la sierra.

Je ne vais pas vous conter par le menu toute cette balade, il me faudrait beaucoup trop de temps, et aujourd'hui samedi, de retour à Arequipa, on a pas mal de choses à faire avant de partir demain pour le Chili. Mais j'ai tout de même envie de vous dire l'essentiel, parce que mon prochain message ne sera pas avant quinze jours, nous nous sommes en effet concocté un petit programme dans des lieux perdus entre le nord du Chili, l'extrême sud de la Bolivie et la cordillère argentine qui ne me permettra probablement pas de m'occuper du blog...

Comme d'habitude, le trajet a commencé par une traversée du désert, que je trouve beaucoup plus beau par ici que dans le nord. Nous avons rejoint une profonde, très profonde (je pense près de 1000 m) vallée fertile, que j'ai cru être la sortie du canyon vers le Pacifique, mais je verrai plus tard que c'était une erreur.


 Au cours d'un petit repas au marché de Aplao, une discussion avec les locaux nous amènent à penser qu'il est impossible d'envisager de rejoindre Cotahuasi dans l'après-midi. Un viron à l'entrée de la vallée des volcans, superbe dans sa variété de couleurs minérales, puis la montée à travers la vallée des cactus vers Chuquibamba, paisible petite bourgade au bout de la route asphaltée, occuperont le reste de la journée.















 

Mercredi matin, il nous faut donc rejoindre le canyon par une route zigzagant dans la cordillère, 150 kilomètres en tout dont les 120 premiers sur une piste très "chichiteuse", avec de la caillasse, du sable, des ornières, des gués, le tout entre 4000 et 4900 m d'altitude. Une vraie aventure, avec tout au plus quatre ou cinq véhicules rencontrés dans la journée. Les mots me manquent pour vous décrire tout ce qu'on peut ressentir là haut, tout est magnifique, on a envie de s'arrêter à chaque minute pour profiter de l'instant, du silence, de l'immensité, de la solitude...


Plus haut que le Mont/Blanc, aux alentours de 4900...


















Et soudain, après cinq ou six heures "dans le ciel", le canyon, abrupt, abyssal. C'est tout de même le plus profond du monde ! Plus de 3500 m disent-ils sur les affiches et les guides, il faut bien qu'ils se vendent.

Mais je confirme, c'est réellement impressionnant, et une fois de plus, je me sens impuissant pour décrire ce lieu étrange et inégalable, et j'espère que les photos seront parlantes. Quoi qu'il en soit, une grande claque pour moi !




 

Après une plongée vertigineuse d'une trentaine de bornes, nous arrivons enfin à Cotahuasi. Ah que j'ai apprécié la première bière sur la place du village, bien crevé mais avec la satisfaction d'avoir réalisé un petit défi personnel, tant j'avais ce lieu dans un coin de ma tête depuis plus de six mois !

 
Confiance, juste un balai pour signaler l'absence
Plus paisible, il n'y a pas !


 Nous sommes restés deux nuits ici, conquis par la majesté et la variété des paysages, la gentillesse des gens, toujours souriants et aimables, aussi bien dans le bourg que sur les pistes de campagne et les petits villages voisins, malgré la rudesse et l'isolement de leur vie, toujours prêts à engager un brin de causette ou partager un peu de leur culture, que l'on ressent forte. Nous aurions pu facilement rester une ou deux semaines dans cette vallée perdue, à l'écart du monde "moderne" des cités, tant on s'y sent serein et tant il y a de choses à voir...















Mais il en est du voyage comme du reste de la vie, il faut choisir, et nous avons entamé notre retour hier vendredi, après bien des hésitations liées à la météo, les locaux nous disant qu'il y avait un risque de petites pluies sur les hauteurs. Mais je me méfie de ce qu'ils appellent des petites pluies !
Bref, décision est cependant prise de tenter la traversée, et les débuts nous poussent à l'optimisme, car dès notre arrivée sur le plateau, nous retrouvons le soleil au dessus des nuages, et c'est toujours aussi grandiose !


La suite sera plus perturbée. A mi-chemin, nous sommes coincés entre deux zones orageuses bloquées sur les sommets et je m'inquiète de me trouver au milieu d'éclairs à une telle altitude.


 Un chauffeur routier nous dit qu'on peut passer, mais qu'on va sans doute rencontrer de la grêle, il est vrai qu'il ne me manquait plus que cela dans mes expériences de motard en Amérique du Sud !

Une heure à galérer sur une piste totalement blanchie et devenue extrêmement glissante avec ses cinq ou dix centimètres de grêlons, la tête dans les épaules pour ne pas sentir les impacts, et l'idée de tout de même continuer pour ne pas rester bloqués dans ces parages inhospitaliers.



Un petit feu pour se réchauffer !
On a fini par s'en sortir, givrés mais vivants, et la suite a été beaucoup plus simple, malgré la traversée des nuages dans la descente vers Aplao. Détruit que j'étais à l'hostal !

Aplao
 Mais que de bonheurs durant ces quatre jours, probablement la plus belle balade depuis mon départ de France.

Religion, capitalisme et tourisme, c'est le Pérou !
Il faut que j'aille refaire les sacs maintenant, on était parti légers pour cette aventure, je vous quitte donc, demain le Chili.

Bises à tous, hasta luego, et portez vous tous bien !




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