Où en étions nous ? De retour à Arequipa, il me semble, mais c'est étonnant comme le temps me parait une donnée étrange, et la balade à Cotahuasi est déjà une histoire si vieille, d'une autre époque...
Bref, depuis, il s'est passé pas mal de choses.
Tout d'abord, une étape de jonction le dimanche 3 entre Arequipa et Arica, la première ville au nord du Chili. 400 bornes de désert, des lignes droites sans fin (j'en ai mesuré une de 60 kilomètres, parfaitement rectiligne) sur les plateaux avec seulement quelques vallées et des virages dignes de ce nom, c'est un peu dur à deux sur une chichi, avec tout le barda, sans compter le vent, le sable, le soleil.
Surprise à Tacna, dernière ville péruvienne, moche d'ailleurs, le ciel est très noir, et quelques gouttes de pluie, fait rarissime de fait dans un désert, nous chassent vers le Chili.
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| Tacna |
La frontière est vraiment moderne et chargée ce dimanche soir, avec tous les chiliens qui rentrent de week-end au Pérou. Deux heures de bureaucratie tatillonne, aussi bien du côté péruvien que chilien, me rappellent que l'Europe communautaire a quand même apporté quelques bonnes choses, comme la libre circulation des personnes, sans ces frontières de merde.
Quant au passage de la chichi, il s'est fait très facilement, et je pense donc désormais que le douanier péruvien à la frontière vers l'Equateur était un foutu fonctionnaire corrompu jusqu'à la moëlle.
Après le Pérou, l'arrivé à Arica est un petit choc, comme un retour express à la civilisation
Sinon, ici, je suis vraiment millionnaire, milles pesos représentant environ 1,60 euros...
Pour être franc, (quelle expression idiote !), je commençais un peu à me lasser du Pérou, même si c'est un endroit magnifique, du moins dans la sierra. Je supportais un peu plus difficilement ces derniers temps certains côtés du pays, le "j'm'en foutisme" général sur les routes, le bruit infernal des villes, les odeurs de poubelles sur la côte, le "poulet-riz-patates" de 99 % des restaus et la quasi absence de café !
Mais comme pour la République Dominicaine, je retiendrai, outre bien sûr les paysages, un petit moment magique de quelques minutes, dans un microbus du côté de Lunahuana. Une femme, au visage d'un grande beauté avec un regard très profond, un sourire désarmant, nous invite chez elle spontanément pour passer un moment, Maria et moi, et déguster les fruits de son verger. Nous n'avons pas pu répondre à son invitation, mais je repense souvent à son visage respirant la bonté...
Le lundi s'est passé en gros à ne rien faire, excepté une petite balade dans la chaleur de Arica.
Heureusement, le soir, on s'est dégotté ce petit bar tranquille au bord du Pacifique, où les empanadas et la bière étaient parfaites, tout comme le coucher de soleil. Ah comme je les adore ces lieux peinards !
Mardi 5
Mauvais départ ce matin, lors du chargement des sacs, la chichi s'est vautrée lamentablement comme un plat de purée péruvienne. Manette de frein cassée, poignée d'accélérateur bloquée, un rétro en vrac...
Mais on a heureusement trouvé le garage idéal pour tout remettre en "ordre" !
Du coup, le départ en direction de la Bolivie ne s'est fait qu'en début d'après-midi. Itinéraire classique, par une vallée transversale, au début irriguée. Puis montée progressive dans une partie sèche, rocailleuse, avec de magnifiques cactus candélabres.
La route ne sert qu'au transit de dizaines et dizaines de camions boliviens, avec des chauffeurs au demeurant fort sympas, nous faisant de petits signes réguliers de salutations ou d'encouragements. La Bolivie ne possède pas de façade maritime, et tout son commerce passe donc par deux ou trois routes seulement au travers du Chili, et il est étonnant de penser que toute l'économie d'un pays dépend du travail de milliers de fourmis de 45 tonnes. Travail pénible assurément, si l'on en juge par les nombreuses croix et petits monuments funéraires qui jalonnent la route...
Comme souvent en cette saison, on finit par buter sur de gros nuages. Aux premières gouttes, nous nous arrêtons dans un lieu bien sympathique, chez des "babs" qui se sont aménagés un endroit à partir d'un vieux wagon. Un mate de coca et d´herbes médicinales, un pain de quinoa maison.
Nous repartons requinqués, plus que 40 bornes de montée, mais dans le brouillard et le froid. Nous arriverons donc quand même transis à Putre, petit bourg à 3500 m d'altitude, idéal pour se réaccoutumer à l'altitude et la fraicheur.
Mercredi 6
Mauvais réveil, Maria est vraiment malade, en liaison probablement avec l'altitude. C'est curieux, elle est plus habituée que moi normalement. Mais c'est comme le mal de mer, ça peut frapper n'importe qui n'importe quand. On décide donc d'abandonner la balade en Bolivie, où l'altiplano est toujours à plus de 4000 (d'où son nom !). De toutes façons, il pleut beaucoup de l'autre côté de la frontière, cela risque de se transformer en galère...
Maria rentre en bus, et moi en moto.
J'en profite pour tomber en panne d'essence à dix kilomètres d'Arica, pas de station entre Putre et la ville !
Alors que je pousse la chichi le long de la route, une voiture s'arrête spontanément, un gars me dit d'attendre, il va revenir avec un bidon, ce qu'il a fait !
En fait, c'est un motard de la ville, et je n'ai jamais pu lui payer l'essence qu'il m'a ramenée. Il y aurait donc une solidarité entre motards par ici, denrée qui a tendance à disparaitre en France...
Jeudi 7
Il ne nous reste donc plus comme option que de filer vers le sud, autrement dit dans le désert de la côte, direction Iquique, à un peu plus de trois cent bornes.
Du désert vraiment désertique, trois hameaux seulement sur toute la distance, aucune station d'essence, un désert vraiment chaud, avec pas mal de mini tornades de sable bien pénibles.
Une étape qui m'aura aussi permis de connaitre la connerie d'un flic chilien. A l'approche de travaux routiers, je remonte une longue file de véhicules arrêtés, comme cela se pratique partout, pour me retrouver en tête de file. Je n'avais pas remarqué que j'avais dépassé une bagnole de flics. L'un d'eux, probablement jaloux, ou mal marié, ou les deux, va savoir, vient m'intimer l'ordre de retourner en arrière. Avec la chaleur, et mon espagnol plutôt moyen, je n'ai pas le courage de râler, et m'exécute !
Je les dépasserai de nouveau plus loin, jusqu'aux travaux suivants, où l'attente était vraiment longue. Et que vois-je ? La voiture des condés remonte toute la file, et utilise son statut pour passer la zone de travaux en force. Pauvres types ! Tous les flics du monde se ressemblent vraiment.
Iquique nous parait une bien grande ville, on continue donc un peu le long de la côte, jusqu'à Los Verdes, petite plage sauvage avec pas mal de tentes, de touristes ou de ramasseurs d'algues, quelques paillotes restaurants et des cabanes à louer, un coin parfait pour une étape d'une nuit.
| Piscine en plein désert, vie difficile... |
| Iquique |
Après analyse de la carte, il nous semble impossible de continuer directement vers le sud, pas de villes dignes de ce nom avant 400 kilomètres, donc pas d'essence ni de banques, il nous faut nous organiser.
Et finalement, le retour à Iquique sera une bonne chose, c'est une ville plutôt agréable, mélange de tours bien modernes et de vieilles maisons en bois du XVIIIème, des rues piétonnes, un port de pêche et de commerce, un peu de tourisme, de superbes plages, j'ai plutôt aimé, et le Pisco Sour sur le coup de une heure du mat' était excellent...
Le port est bien rangé, un étage de lions de mer, un étage de touristes et un étage de pélicans...
La ville est construite sur une sorte de petite plaine au niveau de la mer, au pied de falaises qui doivent bien faire dans les 1000 m, avec entre les deux une dune assez impressionnante, qui s'est formée peu à peu sous l'action du vent chassant le sable des plateaux. Superbe !
Samedi 9
On a des sous, on a de l'essence, on peut donc continuer le long de la côte. Moins de sable, plus de caillasse, mais quasiment aucun bled, exceptés deux ou trois petits hameaux. Des plages isolées, avec des campeurs, ce sont les vacances d'été ici.
Rendus à la moitié de l'autonomie de la chichi, nous réalisons que cette balade vers le sud est un peu vaine. Le désert se prolonge sur encore près de 2000 kilomètres, de toutes les façons, il nous faudra vite revenir sur nos pas pour l'avion de Maria, à quoi bon courir, pour ne rien découvrir de vraiment nouveau, à part du désert, du désert et le Pacifique ?
Zou, demi-tour et retour à Los Verdes ! Il faut dire que les bières au bord de la piscine sont vraiment bien, et le ceviche d'une des gargotes est parfait. Dure, dure, la vie de voyageur !
Dimanche 10
Et finalement, on décide de revenir à Arica.
La ville est tranquille, et mercredi, je dois déposer Maria à la frontière, il y a un aéroport juste à côté, au Pérou.
Et deux ou trois jours dans une petite ville sympa, à ne pas faire grand-chose, c'est bon aussi...
Mercredi 13
J'ai laissé aujourd'hui Maria à la frontière péruvienne, drôle d'endroit pour se dire au revoir...
En plus, le désert est miné à cet endroit, bonjour l'ambiance entre les deux pays.
Demain, je bouge, mais je n'ai toujours pas décidé vers où ! Nath devait me rejoindre pour une semaine ou deux, mais les prix des avions sont vraiment trop chers dans le secteur, il renonce.
Je peux donc aller un peu où je veux.
Bolivie ? Insister au Chili ? Commencer à obliquer vers l'Argentine ? Que de soucis, quand on voyage !
Ce sera donc une surprise, pour vous comme pour moi...
Bises à tous
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