Samedi 17
Enfin, je vais mieux !
Après
presqu'une semaine à avoir du mal à soulever mes godasses, à cracher mes
poumons au bout de 300 m à pied et à ne quasiment pas dormir la nuit,
je revis un peu.
Pour fêter ça, je vais changer
provisoirement ma formule sur le blog. Quelques lignes tous les soirs
(ça m'évitera la tentation d'aller tâter les bières de Lucho), et je
posterai le tout d'ici quelques temps, par exemple quand je quitterai
Huaraz, et tant pis si cela risque de faire un message fleuve. Mais je
me rend compte que je me retrouve dans l'écriture. Cela vous convient ?
Bref, me voici parti ce matin vers mon premier temple, mais pas inca. Non,
un truc de
la civilisation Recuay des environs de l'an 600, donc bien avant l'hégémonie colonisatrice des Incas, un hangar à momies en quelque sorte...
Sept
kilomètres de grimpette à travers de petits hameaux, dont une fois de
plus vous ne verrez pas de photos. Toujours la même histoire, la photo
est quelque chose de tellement intrusif, et perturbateur de l'instant
présent.
Des cochons et moutons partout, des chiens affalés ou
hargneux, des indiennes souvent "distantes", le "buenas tardes"
jovial d'un petit vieux au détour d'un virage, des amoureux au bord du
torrent, des petits détails et des parfums, et ces regards en soucoupes
des gamins, la bouche bée, parce que des gringos grands échalas, il en
passe, mais pas tant que ça, et puis quand même !
La balade a été
fort sympathique ... jusqu'au sixième kilomètre, où j'ai cru que je
n'irai jamais plus loin, plus de jambes, plus de souffle. Heureusement, à
l'arrivée, juste avant que je me liquéfie sur le chemin, une fanfare
dans un cimetière, ils font des drôles de trucs les indiens, m'a
requinqué, et, à l'entrée du site, un mate de coca a fini de me remettre
d'aplomb.
Bon, la visite des mausolées n'a fait que
confirmer ce que je sais depuis belle lurette, les tas de cailloux ne me
captivent pas plus que ça. Oui, d'accord, les charpentes avec des
poutres en pierre sont assez étonnantes, et puis voilà !
Un angle de toit avec poutres en pierre,
un millénaire et demi de résistance aux séismes, pas mal !
Bref,
je suis redescendu en collectivo.
Et c'est là, pour la première fois,
que je me suis senti vraiment bien au Pérou.
Un tas de ferraille
brinqueballant sur la mauvaise piste, quand il n'y a vraiment plus de places il y
en a encore deux ou trois, un qui monte avec deux bouts de bois, l'autre avec un
énorme sac au contenu indéterminé, celui-ci avec un monstre de
tronçonneuse (c'est un ex-élagueur qui le dit) et ma voisine avec un
ordi portable dernier cri, il n'y a rien à comprendre, c'est la vie, la
musique andine ou latino à fond, la vierge en protection grâce aux
photos sur tout le tableau de bord ou aux autocollants qui masquent les
faiblesses de la carrosserie, on klaxonne en permanence, c'est dieu qui
freine dans les virages, et ma foi s'il y a un vrai problème il reste Cristo antes
todo !
Voilà, c'est ça que je suis venu chercher dans le coin,
des paysages certes, mais surtout de petites tranches de vie des gens.
Mais pour la prochaine balade, je monte jusqu'où c'est possible ... en collectivo, et je redescend à pied !
Et je n'ai pas encore décidé si j'allais visiter le Machu Pichu...
Dimanche 18
Après un petit déjeuner copieux en compagnie de mon
perroquet favori, j'ai pris la direction d'un des points de départ de
collectivos pour aller courir la prétentaine du côté d'un tas de
cailloux préinca quelconque.
Mais voilà que sur mon chemin je
passe devant le stade, qui sans être aussi grand que le Vélodrome me
semblait néanmoins bien moderne et de taille respectable. Et comme
j'entendais quelques cris et autres trompes, j'ai acheté une
place. Quatre matchs au programme, pour la modique somme de trois soles !

Il
est sûr qu'à ce prix là il ne faut pas se poser la question de savoir
dans quelle obscure division jouent les équipes. Mais j'ai trouvé l'idée
sympa, faire courir des gars, plutôt bons dans l'ensemble à leur
niveau, dans un vrai beau stade avec une vraie pelouse, certes pas
tondue, plutôt que sur de mauvais terrains vagues de banlieue, puisque
c'est la trêve pour l'équipe première. Et puis, malgré la petite paire
de centaines de spectateurs perdus dans une arène de vingt mille places,
l'ambiance était plutôt sympa, et j'ai bien rigolé avec ma voisine, une
brave mère de famille, devant la maladresse de certains joueurs. Bon,
un match et demi, c'était suffisant. En Argentine, j'essaierai d'aller
voir un gros match, il paraît que là-bas, l'ambiance des stades relègue
celle du Velodrome au niveau d'une cour de récréation d'école
catholique.
C'était mon petit imprévu du jour...
Sinon,
dans la catégorie des pakomenfrance, je suis passé dans un petit
supermarché où étaient exposées en grand format à l'entrée les photos de
ceux qui avait été pris à piquer dans le magasin. Classe !
Et
dans la série des kazikomenfrance, j'avais bien remarqué qu'il y avait
des mendiants, sûrement sdf, un peu partout dans la ville. Mais je
n'avais pas fait gaffe avant aujourd'hui à leur nombre. Et des plus
miséreux que les plus pauvres, c'est violent, un stade quasi animal. Il y
a manifestement un problème dans les villes péruviennes, et le
"progrès" matériel en laisse plus d'un au tapis. Mais on connaît bien
aussi cette histoire, par chez nous...
Lundi 19
Aujourd'hui, virée en collectivo vers Caraz, à peut-être
70 bornes d'ici vers le nord. C'est toujours le même problème, les
péruviens sont plutôt de petite taille (d'ailleurs il faudra que j'abuse
en allant voir un concert), les places assises sont minuscules et j'en bave dans les minibus !
Caraz
est une gentille et paisible bourgade, d'altitude moins élevée que Huaraz,
réputée dans la région pour ses glaces, et c'est vrai qu'elles sont
vraiment bonnes. J'ai dégusté la mienne sur la Plaza de Arma, qui est un
plutôt kitsch d'ailleurs, sans réussir à reconnaître les parfums que
j'avais choisis un peu au hasard, parce que le vendeur parlait vraiment
vite et que je ne connais pas la moitié des fruits que l'on consomme au
Pérou.
A propos de fruits, le marché de Caraz est vraiment
énorme, deux ou trois fois les Puces de Marseille pour ceux qui
connaissent, et s'y perdre c'est se noyer dans une profusion de parfums,
odeurs, mauvaises odeurs, couleurs au milieu d'amoncellements de
viandes, poissons, fruits, légumes, fleurs, épices, céréales qui
permettent de manger juste en respirant. Une vraie expérience
initiatique, les marchés péruviens !
L'autre chose qui m'a
surpris à Caraz, ce sont les essaims de tricycles taxis dans toutes les
rues et ruelles. J'ai demandé au chauffeur de celui qui m'a ramené à la
station des collectivos qu'elle était la vitesse de pointe de la bête,
et les 50 km/h annoncés sur le plat m'ont refroidi mon rêve de revenir
un jour au Pérou pour un périple au guidon d'un de ces engins, où
j'aurais installé un matelas et un réchaud...
Sinon, cela ne doit pas
être évident de gagner sa vie à coup d'une demie sole (0,15 €) la
course, même si la moitié des Péruviens donne l'impression de se faire
véhiculer par l'autre moitié au volant ou guidon de tout ce qui peut
rouler. Mais où vont donc tous ces gens ?
A ce propos, la
circulation au Pérou est un véritable pakomenfrance. Il y a bien
officiellement un code de la route, mais absolument tout le monde s'en
contrefout, même si cela semble un peu moins grave qu'en République
Dominicaine. Il faudra que je fasse vraiment gaffe sur la route, et que
j'apprenne très vite à probablement me jeter en urgence sur la berne ou dans le
fossé...
Mardi 20
Une petite journée sans, je n'ai pas trop eu envie de bouger.
Des
occupations terre à terre, genre lessive, un ou deux mails pour les
pièces de moto, un petit tour à la Plaza de Arma, une bière en terrasse,
bref, on n'est pas obligé de faire de grandes choses tous les jours...
Et
ce soir, réponse à l'un de mes mails. Le gars qui me fournit un
réservoir d'essence amélioré sera à Lima vendredi. Comme il vient
d'Amazonie, je ne discute pas le rendez-vous et vais donc reprendre le
bus jeudi, mais cette fois-ci de jour, au moins je verrai du paysage...
Aller, je sens que cela va bouger, bientôt sur la route !
Mercredi 21
Finalement, je n'aurais pas fait grand-chose en presque quinze jours à Huaraz (mais rien ne m'empêche d'y revenir).
Aujourd'hui encore, c'est le côté pratique qui aura prédominé, entre ce message, acheter le billet de bus, réserver l'hôtel à Lima et ce genre de démarches.
Mais je suis trop content de retourner m'occuper de la Chichi !
Et la prochaine fois que je vous laisserai un message, j'espère que je serai vraiment sur la route...
Que tout se passe bien pour vous tous !
PS : en venant ici pour poster ce message, je suis passé devant une échoppe "Sex Burger". Je n'ai pas encore décidé où je dinais ce soir...