samedi 22 décembre 2012

De haut en bas et de bas en haut, des hauts et un bas...

Jeudi 20

Pour la première fois depuis que je suis parti de France, je ne me sens vraiment pas à l'aise.

Je suis à Santo Domingo, de Los Colorados pour être précis, une ville industrieuse et particulièrement moche à l'ouest de la capitale Quito, et où je me pose des questions de sécurité, parce que je ne sens pas l'endroit. Bon, ce n'est pas un ghetto non plus, c'est juste que je sais que je ne vais pas traîner tard seul dehors ce soir. Je me suis arrêté tout à l'heure pour envoyer un mail, j'ai demandé au gars de la boutique si l'endroit était tranquille, sa moue avant de me répondre un truc du genre "dans le centre ça va" m'a un peu refroidi, surtout que je venais de traverser le centre sans m'en apercevoir, pas trop vu la différence avec le reste ! Et les barreaux qui protègent la réception de l'hôtel ont fini de me démoraliser...

C'est dommage, jusqu'ici en Équateur, je me sentais plutôt bien, non pas forcément par ce que j'y ai vu, mais en raison de la gentillesse générale des gens, aussi bien en ville qu'à la campagne, toujours prêts à aider, discuter un brin, orienter, et souvent avec le sourire.

Ce n'est pas grave, tout ne peut pas être toujours tout beau tout rose le temps d'un voyage longue durée. Peut-être aussi un peu de fatigue, je ne sais pas, car même si je ne suis pas concentré sur ça tout le temps, il faut avoir régulièrement une petite pensée pour les papiers, le fric, la moto, chercher le bon coin pour le soir, les brusques changements d'altitude et autres petites vicissitudes de voyageur... C'est dit, demain je me trouve un coin peinard dans les montagnes, et trainaille un moment.

Mais c'est dommage aussi, car la prochaine fois que je vais descendre vers la côte, j'aurai une petite appréhension, probablement infondée en plus (et il va bien falloir que j'y aille sur la côte, Nath sait pourquoi).

Et d'abord, qu'est-ce que je fais ici, pourquoi n'ai je pas passé mon chemin puisque l'étape ne me plait pas du tout ?
Normalement, je dois retrouver ce soir mon péruvien de l'autre jour. Il tenait absolument à me présenter à son amie qui vit ici. J'ai accepté, d'abord parce que ça lui faisait plaisir, et en me disant aussi que c'était l'occasion de rencontrer des équatoriens. Bon, il n'a toujours pas répondu à mon mail de tout à l'heure. Mais j'arrête de tout voir en gris, peut-être je vais passer une superbe soirée...

Plus tard dans la soirée

Bon, pas de nouvelles de mon jeune ami, je reviens vers vous. Où vous avais-je laissés la dernière fois ? Ah, oui, Loja...

Lundi matin, je me suis mis en quête d'une assurance pour la chichi. En Équateur, aucune assurance n'est obligatoire, en cas d'accident grave (avec blessé), tout le monde en tôle, et celui qui a le meilleur avocat sort le premier ! Mais comme je suis un garçon sérieux, j'ai pris l'assurance minimale, au tiers comme on dit en France. Pas difficile d'être sérieux, 3 US$ pour un mois !

Et j'ai ensuite roulé tranquillement jusqu'à Cuenca, dont déjà plusieurs personnes m'ont dit le plus grand bien. Comme d'hab, une bien belle route avec de bien beaux points de vue !
Journée pépère, le nez dans le vent, la chichi ronronne, pas d'histoire particulière...


Cela prend des allures suisses parfois
A Cuenca, grosse surprise, je retrouve le motard canadien avec lequel j'avais fait un bout de route jusqu'à Cajamarca au Pérou. Je ne sais pas si la probabilité de telles retrouvailles peut se calculer, mais nous l'avons trouvée assez incroyable, d'autant plus qu'il n'a pas tout à fait pris le même itinéraire que moi ! Il a entre-temps récupéré sa copine ukrainienne, nous avons commencé la soirée tous les trois par une franche rigolade en garant les deux motos dans la salle de restau de l'hôtel, puis on s'est raconté nos histoires de motards en dinant. Et décidément, la chichi me rassure, il s'est pris cinq gamelles, pour des raisons de poids excessif, sur la piste de part et d'autre de la frontière, là où je me suis tant régalé avec elle pendant deux jours.


Petit message privé pour Yann s'il me lit, il y a apparemment un problème général de levures dans toutes les bières artisanales...


Pour le reste, Cuenca m'a franchement déçu, c'est une ville, quoique plutôt jolie comme toutes les cités coloniales, bien gringo. Je n'ai strictement rien contre les voyageurs étatsuniens, mais quand la serveuse commence à me répondre en anglais dans mon café du matin alors que je lui parle espagnol, ça m'énerve !

J'ai donc repris tôt la route, même si probablement j'ai manqué des choses à Cuenca. Direction Riobamba (oui, les paysages, tout ça...). Encore une ville, mais elle a l'avantage d'être à côté du Chimborazo, un petit volcan de 6300 m tout de même !

D'une façon générale, on trouve en Équateur plus de panneaux indicateurs qu'au Pérou, mais il ne faut pas croire qu'il y en a à chaque intersection. Bref, je me suis raté. J'ai bien vu que la route descendait un peu trop, mais comme je venais de passer une zone de travaux avec plus d'une demie-heure d'attente, j'ai continué avec l'idée de remonter par la vallée transversale suivante.

La plaine est là-dessous !
Ça fait drôle de passer de plus de 3000 m d'altitude à presque le niveau de la mer, de la fraîcheur des alpages, heu, des andages, à la moiteur tropicale du delta de Guayaquil en une soixantaine de kilomètres, puis de remonter vers un col à 3700 m, où je me suis vraiment caillé !
Il faut que je retraverse les nuages pour retrouver les montagnes
C'est pourtant expliqué partout, il doit y avoir une phase d'acclimatation progressive à l'altitude ! Bon, j'ai survécu, et je ne me lasse pas de dévorer ces paysages avec la chichi.

Riobamba n'est pas une bien belle ville, mais j'ai aimé le côté désuet de l'hôtel, genre de lieu qui a été mais n'est plus.

Mercredi matin, la carte me dit qu'un tour de la réserve de faune du Chimborazo n'est pas un grand détour vers Latacunga, la prochaine étape que j'envisage.
Au bout de trente bornes, gelé, je m'arrête pour enfiler la presque totalité de mes vêtements grand froid. Un coup d'oeil sur l'altimètre du téléphone, ah merde, je suis déjà à presque 4000, normal que la chichi ratatouille un peu et que le bonhomme se les pèle !
Arrêt emmmitouflage, le problème des poubelles est mondial
Malheureusement, le sommet du volcan est perdu dans les nuages, mais plusieurs groupes de vicunas (vigognes), aux alentours de 4400 m, me consolent d'être venu jusqu'ici. Pas faciles à approcher pour une photo, mais vous n'avez qu'à demander à gougueule pour plus de détails !



Ceux-là sont domestiques : lamas, alpagas ? Ils sont bien sympas en tous les cas, mais il va falloir que je me renseigne.

Et je commence ma descente. Un peu plus bas, une belle assiette de cochon cuit sur un feu de bois, chez des gens adorables, me remet d'aplomb.





Un oeil sur la carte, mince, je me suis encore planté ! Plutôt que de remonter vers la réserve, je repère une petite route, qui me met dans la bonne direction. Il est 13 heures, apparemment 80 kilomètres de piste, ça doit pouvoir se faire en trois heures et ça me laissera le temps de chercher un gîte une fois le goudron retrouvé.
Le problème avec ma carte grande échelle est qu'elle simplifie les routes, et un segment à peu près droit peut représenter un chemin totalement tortueux.

Jusque là, tout va bien...
A 16 h 30, j'avais déjà ajouté 120 kilomètres au compteur et même pas fait la moitié du trajet ! Tout avait pourtant bien commencé, avec une trentaine de kilomètres bitumés, mais derrière, c'était de la piste, de la vraie, de la dure, très caillouteuse, très raide en descente (tiens, ça descend encore ?), avec une multitude d'épingles enchaînées, où je me suis pris un grand pied.


A 4000 m, c'était superbe...


 Finalement, je me suis de nouveau retrouvé à l'étage tropical, au milieu des bananiers, mais un peu inquiet, avec un réservoir d'essence bientôt sur la réserve et l'idée qu'il allait peut-être falloir monter la guitoune. Bof, bof !



Et petit miracle, j'arrive dans un tout petit pueblo, mais avec une station essence et un petit hôtel. Ouf ! Il faut dire qu'à côté de l'équateur, il fait quasiment noir à 18 h 30, et tout le monde m'a vraiment déconseillé de rouler de nuit...

Petite déconvenue en défaisant les sacs, le porte-bagage est parti en confiture. Bonjour la qualité péruvienne, même si les pistes que j'emprunte sont violentes !
Des jeunes du coin me pilotent chez un mécano soudeur, rendez-vous est pris pour ce matin, il reconstituera la chose pour... quatre dollars.

El Corazon qu'il s'appelait ce village, un vrai bonheur et un bien joli nom pour une étape comme je les adore, les gamins qui jouent dans la rue et des gens qui viennent me brancher, dont certains me traitent de fou quand ils apprennent par où je suis passé, oui mais je suis en chichi turbo ! Il n'a pas dû trop passer de gringos dans ce trou perdu.

Et c'est ainsi qu'aujourd'hui j'ai rejoint Santos Domingo. La journée avait pourtant été intéressante. Pour changer, j'ai roulé dans la chaleur, le plus souvent en plaine, au milieu tout d'abord des caféiers (ça se dit comme ça ?), des trucs à cacao, des palmeraies (pour l'huile ?), des bananeraies et autres machins exotiques.

Je dédie cette photo de cacaoyer à Dani. Au fait, vous êtes rentrés ?
J'ai écrit précédemment que l'Équateur faisait plus riche que le Pérou, c'est toujours ce qu'il me semble. Mais les plaines font moins aisées que les montagnes, et j'ai peut-être une petite explication, toute personnelle, qui vaut ce qu'elle vaut. Dans la sierra, les terres sont très morcelées, chacun est propriétaire d'une certaine surface qui arrive à le faire vivre plus ou moins décemment. Plus bas, les propriétés sont immenses, héritage probable des grandes compagnies bananières, et le propriétaire de l'hacienda se gave sur le dos d'ouvriers agricoles mal payés, apparemment des indiens déracinés de leur région d'origine... Bon, il faudrait que je confirme ma théorie avec des locaux.
Et puis, en Equateur comme au Pérou, les indiens profitent manifestement moins vite du développement de l'économie, la richesse semble proportionnelle à la couleur de peau, mais une fois de plus, c'est une histoire connue.

Une petite ferme, à El Corazon
Vendredi 21

Dès potron minet, je me suis donc tiré de cette ville pourrie, je n'ai pris un café que trente kilomètres plus loin !

Comme je suis têtu, j'ai mis le cap vers Latacunga. Pourquoi là plus qu'ailleurs ? Bah, sur la carte, cela paraît à taille humaine, c'est dans la sierra, et il y a peut-être une chance que j'y trouve une concession Honda, la chichi doit déjà recevoir la révision des 4000. Un peu pénible ce truc, on sent quand même que ce n'est pas tout à fait du haut de gamme ce genre de moto, il est prévu une visite tous les 2000, ça change de ma Pan en France qui n'en avait besoin d'une que tous les 15 000. Mais bon, je me plie au rythme prévu, non pas pour la garantie, mais pour faire plus sérieux à la revente.

Latacunga me fait une bonne première impression, mais point de concessionnaire. Un flic me certifie qu'il y en a un à Ambota, cent bornes aller retour, roule !
C'est bien, cela m'a permis d'apercevoir au loin le volcan Tungurahua, en éruption depuis quatre jours.


Les gens de chez Honda ont été parfaits, la chichi est ressortie toute guillerette.

J'ai aussi discuté avec eux, plus d'autres personnes, ceux qui viennent vers moi, ou au restau, aux stations services, et tous m'ont confirmés qu'il y avait un problème à Santo Domingo, et vers le nord, et sur la côte en général. Ça fait plaisir de savoir que je n'ai pas psychoté ! Ils mettent ça sur le compte des colombiens. Mouais ! D'accord, c'est connu, il y a un gros trafic de came ici, le pays servant, avec d'autres, de plateforme d'exportation de la Colombie vers les EU. D'accord il y a un problème avec les armes, à en juger par les affiches que je vois ici ou là.



Mais normalement, les gros trafiquants sont plus ou moins invisibles pour la population et les touristes, ils se flinguent entre eux ou se bastonnent avec l'armée et les flics. La délinquance banale est le fait de gens d'un peu partout, pas que des colombiens. Ça me fait trop penser en France au racisme anti arabes ou roumains...
Et que sont des problèmes d'insécurité d'abord ? Marseille a une sale réputation, et pourtant on y vit, et plutôt pas mal d'ailleurs.

Bon, je ferme ma gueule, je ne connais rien à ce pays, je raisonne avec des idées préconçues.

Et je suis revenu à Latacunga. Au premier feu, un équatorien en béhème. On papote en roulant au ralenti, il finit par me piloter vers un hôtel sur la place centrale. Le lieu me paraît tellement sympa que je réserve directement trois nuits, j'ai trouvé l'endroit où me poser et me reposer. Il y a apparement quelques jolies balades à faire dans la région. J'ai pu flâner tranquille une fois la nuit tombée, la ville est jolie, je sens une ambiance paisible, les gens sortent tard en famille, tous ont la tête à la préparation de Noël. J'ai même repéré un endroit qui sert du vrai café, ben oui, depuis que je suis en Équateur, on ne me sert qu'un machin instantané, un comble pour un pays producteur.
Il y a même une microcerveceria, alors...
Ah ce que c'est bon les voyages !

Samedi 22

Voilà pour ma semaine ! Jo me demandait si écrire sur un blog n'était pas perturbateur pour l'ambiance de mon voyage. En fait, j'écris des petits bouts d'histoires sur mon téléphone le soir en me couchant, et en une heure ou deux, sur un ordi quelconque dans un cybercafé (aujourd'hui, j'ai de la chance, je suis sur le PC de l'hôtel), je finalise le message en intégrant les photos. Ce n'est pas trop contraignant, et celà me fait plaisir !

Aller zou, je vais faire un petit tour au marché de Latacunga, en ayant une petite pensée pour ma frangine, dont c'est l'anniversaire aujourd'hui. Elle est un peu timide, elle ne s'exprime pas ici, tant pis, bon anniv' grande soeur !!!


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3 commentaires:

  1. Salut "Grand" !
    d'abord, je m'excuse de n'être pas plus présent pour te répondre... mais rassure-toi, je suis un lecteur assidu.
    Ensuite un très grand merci pour ces reportages "live", ces super photos qui nous permettent de te suivre à la trace. Je dois dire que c'est assez passionnant et dépaysant !
    Continue, c'est le top !
    Enfin, bien sûr, pour être hyper original, je te souhaite le meilleur pour la suite, sans parler de 2013 dans son entier, mais là présentement, je suis ravi de voir comment tu t'éclates sous la tente et sur ta chichi...
    Voilà, je te lâche pas, comme sur les courses...

    la bise
    Chico

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    1. Bon, et ça le fait cette course ? (en rentrant, je réattaque !)
      Plein de beaux résultats pour 2013 !

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  2. Oups, désolé, l'écran de mon tél étant bien petit, je viens de supprimer le message de Pat, rare inélégance !
    Bon, oui tout baigne, et demain probablement je laisse un nouveau post, un par semaine, c'est déjà pas mal, non ?

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