Je suis un doux rêveur, complètement certain qu'un jour ou l'autre l'humanité ne vivra que dans un seul pays, la Terre, et qu'on en finira avec tous ces problèmes débiles de territoires, nations, frontières, faim, extrême pauvreté, répartition, migration, émigration et qu'on votera pour un
En attendant cette étape historique, je suis en Argentine, et j'y suis le français de service !
C'est drôle, il faut changer de pays pour se sentir plus français que français, mon parler et mes manières d'être me trahissant à chaque instant.
Cela n'aide pas vraiment à se sentir autre chose qu'expatrié. Officiellement, je suis encore touriste pour trois jours, et officieusement j'avoue être toujours touriste : je n'ai pas d'activité économique ou sociale, je suis en stage d'observation en quelque sorte.
Ma francitude est indéniable, je baigne depuis ma naissance dans la culture française, je suis donc français, mais déjà je m'aperçois que la France (le pays mais pas vous chers lecteurs !) n'a plus beaucoup d'importance. Il m'arrive de lire les "actualités" françaises, je trouve tout dérisoire. C'était déjà le cas avant mon départ, mais cela ne fait que s'aggraver.
Je n'ai pas pour autant gagné au change, les actualités argentines sont tout autant inintéressantes !
Alors ? Ai-je envie de "m'intégrer" ici ? C'est quoi s'intégrer ?
Cela me fait penser à une remarque que m'a faite un gars dans les bureaux de l'immigration : "Alors que tous les argentins rêvent d'émigrer vers l'Europe ou les Etats-Unis, voila un français qui veut s'installer ici, le monde devient incompréhensible !".
L'Argentine actuelle est un pays d'immigrés, même si cela fait bondir Maria en raison de la situation difficile des peuples d'origine. Les italiens, les espagnols bien sûr, les allemands et tant d'autres sont venus en masse par ici, 90% des argentins ont un ascendant immigré.
En plus, je suis poursuivi !
Depuis que je suis à Buenos Aires, je ressens tous les jours le besoin de tracer, de faire défiler les paysages, d'être dans les paysages, d'en baver avec la chaleur, la pluie, le vent, de rouler encore et encore, de danser avec les virages (bon, ici, c'est un problème !), de trouver le rythme de chaque route (oui, oui, chaque portion de bitume possède son propre rythme), de s'arrêter dans des endroits improbables, de regarder vivre le monde, de pratiquer la méditation du pilotage tant la concentration forte fait tout oublier, d'être en mouvement, de passer les frontières...
Je sais déjà qu'après Buenos Aires, il y aura un autre coin du monde, peu importe où, avec le sentiment qu'il y a moyen de s'adapter à pas mal d'endroits.
Heureusement se mouvoir n'empêche pas de rencontrer les gens et de s'inscrire dans le présent. Toujours, même dans les bleds perdus au fond de nulle part, il y a un moment de rencontre, de complicité, quelques discussions, un regard sympa, des échanges, d'autant plus intenses que nous savons que le lendemain nous allons bouger de nouveau.
A ce propos, une différence nette entre les argentins et les français. Beaucoup, de toutes conditions sociales, nous félicitent en nous voyant sur la gorda, et nous souhaitent le meilleur possible pour notre ballade. Maria m'a expliqué qu'être sur un tel engin, qui vaut tant d'argent ici, signifie que nous nous sommes beaucoup sacrifiés en bossant dur, et que les gens sont contents que nous ayons pu accéder à un de nos rêves (s'ils savaient !). Je n'ai pas souvent entendu l'équivalent en France...
Bon, je me suis perdu tout seul dans cette "introduction", je ne sais plus où je voulais en venir !
Ah oui, nous nous sommes échappés ce week-end vers les sierras de San Luis et Cordoba, à la recherche de quelques virages.
Notre addiction aux kilomètres avalés nous a fait faire un bon 2500 bornes en moins de cinq jours. Mais juré ce n'est pas de notre faute, nous aurions bien voulu n'en faire que la moitié, mais le pays est tellement grand, et pour s'extirper de la pampa, oui vous savez ce truc où les lignes droites sont interminables, il faut en bouffer du goudron avant de rencontrer quelques courbes dignes de ce nom.
Si ça vous tente, diminuer la visée sur la carte en dessous jusqu'à avoir l'Argentine en entier : notre itinéraire n'est rien de rien à l'échelle du pays !
Cela a été un peu rude, surtout pour Maria, qui déjà doit se réaccoutumer au rythme du boulot et de la capitale et qui en paye le prix par pas mal de fatigue. Mais il faut dire qu'elle est vaillante et a une caboche particulièrement dure, et elle n'a pas craqué.
Toutefois, pour le week-end du 1er mai (oui, de nouveau 4 jours !), nous allons essayé de nous modérer.
Nous n'avons pas été totalement fous tout de même : nous avions réservé un hôtel un peu luxe à Lujan pour deux nuits, ça aide à se refaire une santé.
Nous n'avons pas résolu le pourquoi de ce genre d'hôtel dans ce minuscule village. Peu de choses vraiment significatives dans un rayon de 150 km, sinon un modeste lac de barrage au pied de la tout aussi modeste sierra de San Luis.
Nous avons même peiné à trouver une terrasse pour la bière de fin de journée, c'est dire l'insignifiance de ce village !
De ce côté de l'équateur, c'est l'automne qui s'installe tranquillement.
Je ne sais pas comment font les arbres pour le savoir, nous avons cru mourir de chaleur à l'aller, un bon petit 35° à l'ombre dans le coin de Venado Tuerto (Le cerf borgne, il fallait l'inventer ce nom de ville !).
Aussi nous avons vite filé sur les hauteurs par Las Altas Cumbres, une route assez spectaculaire qui traverse la sierra de Cordoba jusqu'à Alta Gracia. Elle ne vous emmène pas à de fortes altitudes, tout au plus 2000 m, mais slalome dans une sorte de désert minéral à la végétation chiche impressionnant.
Le coin m'a accessoirement permis de constater que les ardéchois ne sont que de modestes amateurs concernant les clôtures pour le bétail en moyenne montagne. Ici ils n'ont pas peur de la caillasse !
Par contre, si le saucisson était tout à fait bon et réconfortant, il n'atteint en aucune manière les qualités de celui des mêmes ardéchois !
Maria avait aussi envie de revenir dans la région de Cordoba, après y avoir passé il y a quinze ou vingt ans de longues vacances. Elle a été déçue, Merlo, Mina Clavero et Cura Brochero ne sont plus ce qu'ils étaient à l'époque, l'exploitation touristique est passée par là. Mais il y a encore moyen d'y trouver son bonheur.
A propos d'actualités argentines, le grand débat du moment ici est la légalisation ou non de l'avortement. Sur la banderole de l'église, on peut lire : Avec le curé Brochero dis oui à la vie !
Dans le pays d'origine du pape actuel, avec une église catholique forte comme dans tous les pays d'Amérique Latine (jusque dans les années 90 le président argentin devait être catholique), les discussions sont assez violentes, ce qui est un peu étonnant, quand on sait que l'Argentine a rapidement légalisé le mariage pour tous et que cela ne semble pas poser de problème majeur à la société, même si rien n'est totalement évident j'imagine au quotidien.
Le voyage du retour a été un peu au taquet, les derniers kilomètres ont été avalés à 150 km/h, ce n'est pas bien raisonnable...Des arrêts ici ou là, comme par exemple à Laboulaye, oui oui c'est le nom d'un français.
Traduction pour ceux qui coincent en espagnol :
"Salut, je suis la Place, respectez-moi !!! Merci"
Un peu bizarre, non ?
De retour à la capitale, il nous reste une furieuse envie de repartir, comme quoi c'est incurable, et ce souvenir :
Mais kessquecé ?
Une bière artisanale de bienvenue à Buenos Aires à la personne qui nous dira de quoi il s'agit...
La bise à tous !
PS : incroyable, la gorda impressionne tant que des gens en publient la photo sur la fesse du bouc sans même nous le dire, c'est une star ici ! Nous étions tranquilles au snack le temps d'un sandwich..

















ola Alain! Sympas les collines! Content que la gorda vous portent sur de belles virée. En Ardèche on attends le printemps (ca caille et il pleut) et on plante des patates (c'est pas ce qu'il y a sur la photos?) Des bises à vous Tonio
RépondreSupprimerSalut Tonio !
RépondreSupprimerVous, ça caille, nous ici c'est curieux : un jour il fait 35°, le jour suivant 20°, ça change tout le temps, c'est l'automne. Faut s'habituer : dès que le vent du nord souffle, on crève de chaud !
Sinon, ce ne sont pas DES patates...
Portez-vous bien !
Bises