lundi 29 janvier 2018

Pampa toujours...

En préliminaire à ce nouvel article, je souhaite vraiment affirmer mon adhésion totale à cette phrase :



Pour ceux qui n’entendent pas l’espagnol : « Si devenu vieux tu n’es pas fou, (c’est que) tu n’as rien appris ».

 

Je crois que c’est toujours maintenant qu’il est bon de vivre, de tenter des expériences, jamais demain, et pour atteindre quelques uns de ses rêves, même minuscules, il faut une petite dose de folie.

Folie par opposition au raisonnable.

Fondamentalement, il n’était peut-être pas raisonnable de « tout » larguer en France, même si nous n’avions pas grand-chose, et de tracer vers l’Argentine, où pourtant Maria a un taf et un toit.
Mais qu’importe, nous sommes ici, et … vamos !

Le pendant de ces profondes réflexions est qu’en fait, passer la moto outre-atlantique nous a mis à sec financièrement parlant, et qu’aller à Ushuaïa cette fois-ci, 4000 bornes de plus aller et retour, est devenu plus que … déraisonnable. Peut-être ne sommes nous pas totalement vieux !

Nous allons donc tranquillement revenir à Buenos-Aires.

Euh, « tranquillement » en Argentine est une notion parfois relative. Il vaut mieux s’attendre à quelques imprévus, surtout en bécane, plutôt que de planifier tout de manière serrée.

Le matin, rituel du motard, il faut charger la bécane, planquer l’argent, en ne gardant que ce qui sert pour la journée, vérifier l’engin, comme les pneus par exemple :


C’est la première fois de ma vie que je vois une usure avec une forme aussi marquée. Quand je vous dit qu’ici il n’y a que des lignes droites, ce n’est pas une blague !

Ensuite, il faut faire le plein d’essence, même s’il en reste dans le réservoir : les distances sont tellement énormes entre deux bleds, surtout sur les routes secondaires comme nous les aimons, qu’il vaut mieux anticiper.

Le problème est que tout le monde fait la même chose au même moment. Le libre-service n’existe pas, les pompistes papotent un peu avec chaque automobiliste, payer en carte bancaire nécessite l’émission d’un ticket qu’il faut signer en présentant sa carte d’identité, certaines pompes se vident et il faut changer de file, bref, l’attente est parfois vraiment consistante.
Confort de la technologie européenne, plaisir des petites discussions ici, qu’est-ce qui est le mieux ?


Bref, nous voici en route.

Ah non, raté !
En sortant de Junin de Los Andes, la route est totalement bloquée : des habitants d’un des quartiers réclament l’adduction d’eau, annoncée depuis des mois par un quelconque politicard qui est parti plus loin promettre d’autres trucs très utiles à sa future réélection.


Palabres avec la police locale, la gendarmerie, la sécurité civile, dans l’attente de l’arrivée d’une représentante des autorités. Et brusquement, après quarante minutes, tout se débloque…

Quelques virages dignes de ce nom plus loin (et j’en suis content, cela va peut-être reformater un peu les pneus car la direction devient progressivement dure),


nous arrivons à San Martin de Los Andes.

Industrie touristique lourde, à quelques kilomètres de la frontière chilienne, mais c’est compréhensible car l’endroit est assez exceptionnel, au bord d’un lac naturel.



L’hiver, la ville se transforme en station de ski. C’est une activité pas du tout démocratisée en Argentine, réservée aux vraiment riches. Mais Maria pense qu’il y a moyen de moyenner dans certains petits bleds de la communauté mapuche, avec des prix plus doux. Ce serait bien de tenter l’expérience, Maria n’a jamais mis les pieds sur des planches !

Nous revenons vers notre hébergement, un hôtel tranquille de Junin : prix dans nos cordes, cuisine collective favorisant les échanges, discussions autour de la bière artisanale qui va bien avec des touristes pour la plupart argentins, fans de randonnées dans les montagnes environnantes.

A propos de ballades dans les Andes, notre escapade nous a fait toucher du doigt une des limites de la gorda : elle n’est pas du tout adaptée aux aventures sur pistes non asphaltées. Nous avons bien sûr tenté, ce n’était vraiment pas bon !
Mais c’était notre choix à l’achat en France, après avoir hésité entre un gros trail de 1000 cm³ et le confort de notre canapé à roulette. Tant pis pour les explorations d’endroits perdus, elle nous permet de tracer dans de superbes conditions à travers ce continent si imposant.
La prochaine bécane sera peut-être un trail, va savoir, à moins que nous ne décidions de succomber comme tous les retraités au camping-car, dont nous avons aperçu le modèle ultime, avec la petite bagnole derrière qui aide à aller chercher les croissants :


Mardi 23 janvier

Objectif du jour : entrer le plus loin possible dans la pampa seca, le désert en quelque sorte, histoire d’avancer un peu sur le long chemin du retour.
Sortir des Andes est toujours un bonheur : peu de trafic, paysages donnant envie de s’arrêter toutes les cinq minutes.




Nous espérons sincèrement qu’il y aura un virage au bout de cette (foutue) ligne droite, à moins de jouer à Thelma et Louise :


Nous sommes dans une région de lacs artificiels, conçus pour produire de l’électricité. Les rivières du coin sont alimentées par la fonte des neiges, mais aussi par les pluies. Il ne pleut pas souvent dans cette zone aride, mais quand il pleut, ce n’est pas de la blague !


Déjà 400 bornes avalées, et nous voici à Neuquen, la ville riche du coin, enfin apparemment pas pour tout le monde :


(pour un Noël avec du travail)

Neuquen, capitale provinciale, est riche de son pétrole, du commerce avec le Chili, de son industrie, de ses banques, du tourisme dans les Andes et de trucs que je ne soupçonne même pas.



Nous sommes arrivés trop tard pour changer nos quelques euros en réserve, nécessaires pour aller jusqu’à Buenos Aires : rappelez vous, j’ai oublié ma carte bancaire…

Nous décidons de tracer malgré tout, on verra bien à la prochaine agglomération, Catriel, 140 bornes de quasi désert plus loin, oui, vous le savez désormais, en ligne droite !


Catriel et son camping municipal tout juste acceptable, une terrasse quelconque avec une attention aux clients limite, une rue principale bruyante, des petites motos sans pot d’échappement, du gros son sortant des bagnoles aux fenêtres ouvertes, une étape quelconque dans un bled à la campagne…

Une discussion nous occupe fort avec Maria pendant le dîner, je ne me souviens même pas de ce que nous avons mangé tant c’était banal : culture ancienne et culture récente, Europe et pays latinos, éducation, évolution des gens à travers l’histoire.
Cela va paraître provocant à certains, tant pis, mais je pense qu’une partie du monde premier commence tout juste après des siècles d’évolution a accéder à une sorte d’apaisement social, ou pour le moins à un début de respect de l’autre. Oui, je sais, nous sortons à peine de guerres terrifiantes, nous n’avons encore rien compris à l’accueil de l’autre, et l’horreur n’est jamais cachée très loin. Mais tout de même, et c’est frappant quand on voyage dans le nouveau monde, l’Europe paraît « paisible », parce que les gens ont commencé depuis quelques temps déjà à s’extraire de la simple lutte pour survivre.
Ici, cette évolution n’a commencé que depuis deux ou trois générations maximum, en allant directement vers une société de consommation d’ailleurs aussi marquée qu’en Europe, facilitant un certain égoïsme et une soif du paraître. Je vous vois venir, vous allez me dire que c’est la même chose en France, mais je vous promet que vue d’ici les choses semblent un peu plus caricaturales.

Mercredi 24

Réveil dans un bled à la campagne : pas de bar ouvert pour le café en terrasse, et cerise sur le gâteau pour cette étape très quelconque, impossible de changer nos euros dans les deux banques présentes.

Maria craque un peu : mélange d’émotions à retrouver son pays, d’envie d’envoyer brouter ailleurs les argentins qui souvent ne respectent rien, d’énervement devant cette nation à la base riche mais où tout ne fonctionne pas comme cela devrait fonctionner, de fatigue du voyage et sûrement d’autres petites choses, contre moi par exemple, parce que j’ai oublié ma CB !

Nous retournons donc vers Neuquen, oui, oui, c’est toujours en ligne droite.
La gorda s’énerve un peu, taquine régulièrement les 170.
Maria ne pipe mot. Ouf, le change à Neuquen se passe bien, nous voila sauvés !
Un peu plus loin, un petit snack à la nourriture excellente nous réconcilie avec les joies des aventures en moto…


Ragaillardis, nous décidons de remettre une petite couche de douce folie : au lieu de tracer par un grand axe, nous optons pour une petite route provinciale à travers le néant, 220 km avant Puelches, le premier village, et quel village !


Une ou deux salines, un ou deux virages, des lignes droites, la routine pour nous désormais …


Une surprise intéressante en route nous en apprend long sur la méthode adoptée par l’état, qu’il soit central ou provincial, pour tenter de développer le peuplement de ces territoires immenses.

Au bord d’un lac de barrage, trois coups de bulldozer ont tracé de larges avenues, selon l’habituel plan en damier, dont une descend vers une sorte de plage. On apporte l’électricité, l’eau, on plante quelques arbres, on construit une école, un édifice municipal, un centre de loisir, on met des lampadaires partout, et on attend !

Cela m’a fait penser, pour ceux qui connaissent, au jeu Sim City : exactement la même méthode d’implantation, et si par hasard la cité naissante arrive à attirer quelques habitants, on gère le développement comme on peut ensuite.

C’est Casa de Piedra que s’appelle ce non-village : quand nous y sommes passé, il y avait tout au plus une douzaine de maisons, avec de la place pour quelques milliers d’autres ! Il faudra que l’on repasse par ici dans cinquante ans, je suis curieux de connaître le développement du coin. Ou alors j’accélère la vitesse du jeu...


La suite de l’étape a été spectaculaire. Après Puelches, aux abords d’une petite sierra et de son parc national, l’évolution du paysage a été rapide : en une quarantaine de kilomètres, plus d’arbres, plus d’eau, le retour des vaches, des oiseaux, nous sortons de la pampa seca.




Du coup, l’ambiance est à la rigolade sur la gorda, et notre ombre vous salue bien !


Le problème que nous découvrirons après, alors que nous pensions que le temps se couvrait, est qu’une partie de la zone a été, et est toujours, dévorée par des incendies monstrueux. Le parc national de Lihuél Calel n’est plus que cendres, et des dizaines de milliers d’hectares sont encore en flamme, au point de cacher le soleil. Coup de chance, nous sommes à plus de 80 kilomètres des foyers…


Dire qu’on nous emm… en France avec la pollution aux particules fines. Je ne veux pas non plus connaître le bilan carbone du coin !


La faute est à attribuer aux cycles météo : trop de précipitations ces dernières années, entraînant un fort développement des plantes, suivies de sécheresses impitoyables, et le moindre coup de tonnerre embrase tout. Un million et demi d’hectares ont cramé l’année dernière, déjà 400 000 cette année, et l’été est loin d’être terminé...

Le bonheur simple des motards fatigués a été la petite ville de General Acha (un enfoiré probablement !) : la moto était garée devant la porte de la chambre de l’hôtel, il n’y avait presque pas de bruit dans les rues, et la terrasse espérée pour la bière et les empanadas du soir était à 50 m à pied. Nous n’en attendions pas tant !


Jeudi 25

Nouvelle du jour à la télé pendant le petit déj’ (grrr ! les télés partout !) : températures quasi-automnales annoncées. Ben oui, 24° à Buenos Aires en milieu de journée : je sens que je ne vais pas souffrir outre-mesure cet hiver (en juillet !).

Pas de grosse chaleur aujourd’hui donc, et la gorda enquille à l’aise les kilomètres avec de bonnes pointes à 190 km/h dans les endroits avec une belle visibilité.
Comment ça, ce n’est pas sérieux ? C’est un plaisir, certes bête et même, allons-y franchement, stupide, mais qu’est-ce que c’est bon !

Les radars sont pour ainsi dire inexistants ici, du moins dans ces campagnes éloignées des grands centres urbains.
Les flics, et je trouve ça rigolo, sont toujours aux mêmes endroits, à l’entrée des petites ou grandes villes : de grandes pancartes annoncent leur présence, en général ils ont une petite baraque, des plots au milieu de la route incitent à ralentir, la vitesse est limitée à 20 à l’heure. Selon le moment de la journée, l’état du ciel, la température, les consignes ou je ne sais quoi, ils bossent, ou pas. Et parfois, ils contrôlent beaucoup, ou pas. Mais quand ils sont en forme, la gorda y échappe rarement : ce n’est pas tous les jours qu’ils arrêtent un engin pareil, et avec un peu de chance, il y aura des gringos dessus !

Cela ne me dérange aucunement : mes documents sont parfaitement en règle, la moto est en bon état, tout fonctionne, même le jeune policier qui sort tout juste de formation s’en aperçoit très vite, et les contrôles se transforment en une petite discussion sur les sujets habituels : le flic connaît Paris ou Marseille (un jour en voyage organisé en général), il a un cousin qui travaille en Europe, vous allez où, ça vous plaît l’Argentine (toujours répondre oui!), c’est quoi la cylindrée (non ? c’est pas croyable!), et ce genre de choses. Toujours, ils nous relâchent en souriant et en nous souhaitant sincèrement un bon voyage.
La corruption légendaire des flics argentins aurait-elle régressé ?

Nous entrons dans une région encore plus humide, avec de nombreux plans d’eau. Maria me dit que depuis quelques années la zone est en voie de tropicalisation, changement climatique oblige, les orages sont de plus en plus nombreux et abondants. Mais surtout depuis des décennies, dédiées à une surexploitation par l’industrie agricole, avec des sols morts ayant perdu toute possibilité d’absorption des pluies, d'immenses surfaces se transforment définitivement en lagunes, étangs, lacs, voire petites mers intérieures. Morale de la nature...

De mon point de vue, ce n’est pas plus mal. Ici, c’est la chasse gardée, ogéemisée et glyphosatée de Monsanto, Bayer, Dupont et consorts, et ce sont autant de terres qui leur échappent, nananaire !

Et ce qui fait plaisir à contempler est la rapidité, du moins apparente parce qu’à mon avis la flotte eutrophisée aura une composition bizarre pour quelques années encore, la rapidité donc avec laquelle la nature reprend possession des lieux. Ce n’est que profusion d’oiseaux, multitude de flamants roses, cigognes, cygnes à col noir, canards, et tant d’autres que je serais bien incapable de nommer, sans compter un ou deux spécimens étranges.





C’est un vrai changement, ça oblige à refaire des portions de route, des vaches font leur jogging dans l’eau, c’est bon pour les cuisses, des exploitants stressent un peu pour rejoindre leur estancia, mais la région redevient belle, en comparaison des endroits où seuls les champs de colza succèdent à ceux de maïs…




Quelques tours de roues plus loin, Carhué me donne matière à réflexion.
Dans ce gros bourg totalement sans grâce, j’allais dire insignifiant mais justement non, j’aurais pu rester un jour entier, tant il condense de symboles que je trouve, bien que ne connaissant pas grand-chose de la culture locale, parfaitement argentins, ou pour le moins la représentation que je m’en fais.
Tout d’abord il faut savoir que tous, je dis bien tous les bleds, Buenos Aires compris, ont un plan en damier, avec des rues comportant pour la plupart les mêmes noms d’une localité à une autre. En France, c’est pareil, mais ici c’est encore plus criant : Rivadavia, Belgrano, San Martin, General Paz, et quand les édiles n’ont plus d’idées, ils utilisent les noms de pays : Venezuela, Colombia, Peru, Alemana et même Francia, t’as qu’à voir !

Quand tu as chopé le truc en arrivant dans une localité inconnue, tu suis la San Martin, en général elle fonctionne bien celle-la, mais la Rivadavia donne de bons résultats aussi, et tu arrives inévitablement sur la place centrale, qui la plupart du temps se nomme Independencia.

Bref nous atterrissons sur la place centrale de Carhué.
Au centre, la statue de l’enfoiré de service qui a fondé le village vers 1860 et quelques énerve au plus haut point Maria, et des noms d’oiseaux (pas ceux des lignes précédentes) me titillent les oreilles.
Il faut dire que le gugusse, campé fièrement sur son canasson, domine quatre statues aux quatre coins du monument : le soldat de base mal payé pour flinguer sans réfléchir, le métis vivant entre deux mondes, le plus souvent contre son gré et chargé de donner la chasse à ses demi-frères, le colon tout de muscles avec une masse à planter les piquets dans les mains, et la femme enfin, les mains vides, parce qu’elle n’a que son ventre de vraiment utile !


En fait beaucoup de villages portent le nom d’un enfoiré de colonel ou général : au nom de la civilisation sise à Buenos Aires (on parle ici du 19ème siècle, non de la conquête espagnole, toute aussi sale), ce gradé tuait, chassait ou asservissait les peuples originaires qui vivaient dans le coin, et ainsi accaparait pour son compte ou celui des riches porteños des terres sur lesquelles il fondait un bled. Ainsi avançait le monde impérialiste argentin.
Je pourrais être mauvaise langue et m’étonner de ce que pensent actuellement les argentins des yankees avec leur far-west, mais je ne suis pas si mauvaise langue !
Et d’abord, chez nous, on a des monuments à la gloire de la noble boucherie de 14-18, je ne sais plus finalement ce qui fonctionne le mieux pour obtenir un pays bien normalisé...

Autour de la place, on trouve bien sûr l’église, parce qu’on est pas là pour rigoler. Va pour le pouvoir céleste !

L’immeuble de la municipalité domine l’endroit, avec une architecture grandiloquente façon Bauhaus. Va pour l’autorité !



De l’autre côté, et de façon un peu surprenante, là où on attendait l’école, autre lieu de normalisation, se trouve un ciné, construit tout d’abord comme théâtre en 1889, et qui fonctionne toujours. Va pour la culture !
Le film à l’affiche cette semaine : « El futbol y yo » (le football et moi), tout un programme !


Un peu plus loin, dans une petite rue près de la place, une casa del tango montre qu’on est bien en Argentine, juste à côté d’une belle et ancienne maison coloniale.



L’architecture des anciennes demeures, datant le plus souvent de la fin du 19ème, est assez étonnante : seule la façade a des manières bourgeoises pour en mettre plein la vue, tandis que le corps principal est classiquement un simple parallépipède de briques pleines, aux ouvertures limitées, pour préserver la fraîcheur. Les plus importantes ont un patio intérieur. Ces maisons sont de plus en plus délaissées, et comme ici le patrimoine est une notion assez relative, elles finissent par laisser la place à un quelconque cube de béton, à moins qu’elles ne fassent l’objet d’une rénovation un peu hasardeuse.




Et évidemment, à la sortie de tous villages de cette région, se trouve l’inévitable temple Monsanto silo à céréales.


Voilà pour Carhué, village de pas grand-chose perdu dans une immensité céréalière.

Dans les villes un peu plus importantes, sur la place principale, on trouve bien sûr la banque nationale, de la même époque que tout le reste, et le monde est prêt à tourner !

Par contre, la plus grande partie du système ferroviaire a été abandonnée, seules subsistent quelques lignes pour trains de marchandises. Encore une des richesses de l’Argentine qui a foutu le camp…


Pour être vraiment complet sur ce qui a trait aux agglomérations, il est impossible de ne pas parler de la plaque, la stèle ou le monument dédié aux Malouines.
C’est totalement omniprésent ici, j’ai même vu un gars avec un t-shirt « Les Malouines sont argentines », une avenue près de l’appart ici s’appelle Malvinas Argentinas.
Les quelques soldats présents sur l’archipel, qui ont donc (puis-je être sarcastique ?) perdu le bout de territoire argentin devant l’armada anglaise, sont devenus de véritables héros nationaux.
A l’entrée des villages, toujours signalé par une sorte de machin monumental (ici, l’entrée de Rolon), on finit par tomber sur le lieu de commémoration.




Une partie des argentins a repris émotionnellement à son compte cet épisode, qui n’était qu’une connerie entre une dictature qui faisait n’importe quoi pour tenter de souder la nation et la folie d’une reine anglaise qui ne pouvait accepter le déclin de l’empire britannique.
A titre perso, je pense qu’il serait peut-être temps, quarante ans après, de tourner la page et d’abandonner ce chapitre du roman national au profit de choses un peu plus glorieuses ou utiles.
Mais bon, je ne suis pas chez moi...

Lignes droites après lignes droites, nous finissons par atteindre General Villegas (sûrement un enfoiré celui-là!).

Un hôtel quelconque permet de nouveau à Maria d’explorer son répertoire illimité de nom d’oiseaux, tout est un peu brinquebalant dans cet établissement pourtant assez récent, comme un reflet de beaucoup de choses dans ce pays qui donnent l’impression d’avoir été et ne plus être, les proprios semblant de plus ne pas avoir l’énergie d’améliorer la situation.
Est-ce un moment difficile entre deux époques florissantes ? L’Argentine saura t’elle rebondir après tant d’épreuves, ou continuera t’elle peu à peu à s’éteindre doucement ?

Curieusement, dans ce bled, après maintes hésitations car jamais les prix ne sont affichés dehors, nous finissons par entrer dans un restau un peu chic, avec un personnel au taquet pour satisfaire les clients, tout en restant parfaitement décontracté. La nourriture y était excellente, pour un prix à peine plus élevé que ce qu’on peut trouver dans les snacks de rue. Comme quoi, il doit y avoir moyen de lutter ici.
Mais en même temps, le serveur, vraiment sympa, nous a dit que le monde est bien trop grand pour rester au même endroit.
Je pense comme lui…

Vendredi 26

Mais qu’est-ce qu’on vient faire à General Villegas, au fait ?

A 70 km, se trouve Colonia Sere, qui se trouve être le village de naissance du père de Maria. Soixante dix ans qu’il n’y a pas remis les pieds : il nous a conté une partie de son enfance dans ce désert, nous avons eu envie de voir de quoi il retournait, et lui ramener quelques photos, en attendant un jour où peut-être nous tenterons le voyage avec lui.



Nous n’avons jamais pu atteindre l’endroit. A l’ouest, la route n’était que du sable, trop casse-gueule vu le poids de la bécane. A l’est, la piste était très acceptable, mais au bout d’une dizaine de kilomètres, j’ai pris un peu peur que la gorda ne se démantibule avec les vibrations, nous avons fait demi-tour. Petite déception…


Le reste n’a été qu’une longue litanie de kilomètres … en ligne droite … pour rejoindre Buenos Aires, avec un fort trafic un peu stressant, départ en week-end oblige.

Ainsi se termine notre première petite aventure.
Presque 5000 kilomètres en dix jours juste pour rejoindre un coin des Andes, ce pays est vraiment gigantissime. Et je me rends compte rétrospectivement que j'avais vraiment bourlingué il y a cinq ans !

Première leçon à retenir : il serait bien que l’on parte un peu moins au feeling, choisir un objectif, et s’y tenir, pour ne pas se tanner le cul pour rien.
Nous irons à Ushuaïa, mais il faudra un tout petit peu d’anticipation, et surtout partir avec une carte bancaire !

Par contre, la gorda est un réel bonheur, fiable qui plus est. Je vais bientôt lui offrir une révision complète chez un pote mécano à Rosario, elle mérite.

Nous allons rester centrés à BA jusqu’à la rentrée de Maria. Plein de trucs pratiques à faire. Mais déjà quelques balades d’un jour ou deux nous attirent dans les environs, nous n’allons pas rester planter pendant presque trois semaines dans la chaleur de la grande ville sans nous échapper un peu de temps en temps...


4 commentaires:

  1. Aux Baroudeurs (je garde ici l’ancienne version des règles de la grammaire)
    Encore une fois, c’est un réel plaisir que de vous suivre, merci de ces émotions partagées.
    Toutefois, j’ai noté passage qui me chagrine un tantinet…

    « L’hiver, la ville se transforme en station de ski. C’est une activité pas du tout démocratisée en Argentine, réservée aux vraiment riches. Mais Maria pense qu’il y a moyen de moyenner dans certains petits bleds de la communauté mapuche, avec des prix plus doux. Ce serait bien de tenter l’expérience, Maria n’a jamais mis les pieds sur des planches ! »

    Et là, je me suis poser la question à 1000€ le super banco si tu préfère.

    Pourquoi ? !!

    C’est sûr qu’en habitant Chabeuil, petit bled au pied du Vercors, à quelques encablures de Font d'Urle une petite station familiale du Vercors aussi appelée par les puristes Chaud Clapier,il eut été trop simple de faire découvrir les joies de la glisse à ta chère Maria !!!

    Mais peut être avez-vous raison « c’était trop simple chez lez « culture ancienne » et qu’il vaut mieux se payer 2000km pour skier a des prix défiants toutes concurrences.

    Continuez de nous faire rêver,
    Bises

    PS: j'arrive pas à inclure des smileys, dommage.

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  2. Salut Didier !
    Toujours en forme a ce que je vois, avec un souci du detail qui tue ! (pour les accents, il faut attendre encore un peu que nous ayons internet...)
    En fait, le ski n'est pas mon truc, et Maria encore moins, donc on n'y avait pas pense.
    C'est justement en passant au chaud clapier en decembre que Maria a tilte en voyant la tranquillite des pistes, mais il etait trop tard...
    Tout va bien pour toi ?
    Bises

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  3. 🤣 fort peu probable de te voir sur des skis c'est pas du tout dans tes "conceptions" 😉.
    Je l'ai trouvé particulièrement bien écrit ce poste !!! Digne d'un roman. Bravo. La bise à vous 2

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    1. Hé hé ! Qui sait ? Tout bouge, tout change, j'ai 60 piges, donc j'espère être un peu loco, va savoir, sur une piste à peu près horizontale, peut-être me verrez vous en photo sur des planches...

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