Il caille à Buenos Aires, incroyable ! Le vent du sud, il faut s’y faire, c’est celui qui rafraîchit sérieusement l’atmosphère : le pampero, qui vient de la pampa du sud, est donc un peu l’équivalent du mistral, en beaucoup moins violent heureusement.
Nous nous sommes malgré tout motivés pour poursuivre notre dur labeur de pèlerins des cafés notables. La gorda nous a conduit au bar El Tokio, qui doit son nom à une petite rue qui lui est adjacente, dans un quartier populaire, où Maria a passé quelques années : c’est bien, elle est en terrain connu, cela a facilité de sympathiques discussions en terrasse. Et, petit plus, la bière était à un prix plus fréquentable qu’à La Farmacia !
El Tokio a ouvert en 1930, et ces murs sont tapissés de photos, maillots, dessins de personnalités plus ou moins connues qui sont passées par là. Un endroit sans prétention, mais précieux.
Cette petite sortie culturelle m’a permis aussi de me réaccoutumer à la conduite en mode urbain intensif. La réputation des villes sud américaines est que les conducteurs sont barjots, qu‘un accident est possible à tous les coins de rues et qu‘il faut être en alerte permanente. Mais en même temps (ta gueule Macron!), je ressens un plaisir certain à piloter la gorda à Buenos Aires, elle me donne un sentiment de sécurité. Oui je sais, cela en fera bondir certains !
Il y a des façons de faire qui, une fois décryptées, permettent de se sentir à l’aise dans le trafic, il suffit juste de trouver le rythme. Les gens ici ont les mêmes désirs que les européens, ils n’ont pas plus envie de mourir au coin de la rue que nous autres avec notre code de la route et des normes qui nous obsèdent.
Dimanche 14 janvier
Une balade vers Hurlingham, la ville anglaise à l’ouest de Buenos Aires, m’a donné un petit aperçu du gigantisme de la ville, notamment sur une portion d’autoroute en partie aérienne : ce ne sont qu’avenues immenses, immeubles et buildings construits de façon un peu anarchique, à perte de vue. Heureusement, il y énormément d’arbres, qui bordent quasiment toutes les rues. Et, cerise sur le gâteau, ils ne sont que très peu élagués, on a l’impression de rouler dans d’immenses tunnels de fraîcheur, à l’abri du soleil.
Hurlingham a vu naître et grandir Maria, ce n’est pas rien !
C’est une cité un peu étonnante, mélangeant grande pauvreté et richesse des vieilles familles anglaises.
Le père de Maria y vit dans un barrio sortant à peine de la misère.
Retrouvailles émouvantes…
Retrouvailles émouvantes…
Durant le retour vers Buenos Aires, j’ai fait une découverte légèrement déconcertante. Mon GPS préféré, Maria en l’occurrence, est redoutable d’efficacité et m’étonne à chaque balade, les toutes petites rues y sont en mémoire, avec même des variantes d’itinéraires et commentaires sur les lieux notables. Mais bon, sa mise à jour date de plus de quatre ans désormais, il y a donc parfois quelques erreurs ou plantages !
C’est ce qui nous est arrivé sur une sortie d’autoroute, trop anticipée, suivie de quelques hésitations dans un quartier désertique et pas franchement esthétique. Subitement, alerte orange, Maria me dit que nous sommes dans un endroit « caliente » et qu’il faut s’en extraire vite. Je n’ai pas tilté de suite, trop bêtement confiant en quelques expériences passées où je m’étais déjà égaré dans des coins interdits de Lima, du Liban ou je ne sais où, et sorti globalement vivant. Je demande donc à Maria : « Chaud comment ? » et elle me répond sans hésiter « Jusqu’au point de braquer la bécane ! Il faut tracer ! ».
J’ai passé la première, et l’accélération a été franche.
(Le fils de Maria m’a dit ensuite qu’une balle est plus rapide que notre moto, il a certainement raison, bien que je doute de ses connaissances en physique théorique...)
Cette petite anecdote doit me rappeler à l’ordre, et il faut que je me renseigne avant de partir en solo le nez au vent !
Même si je ne connais que bien peu cette capitale, je la trouve pour le moment franchement attirante. Le centre, les quartiers modernes, ceux résidentiels et les quartiers populaires sont plutôt agréables, très aérés (d’où le nom de la ville!) et très verts, avec une vraie esthétique, surprenante étant donnée « l’anarchie » des constructions (Ecrivez-moi trois pages sur le thème : « l’esthétique peut-elle surgir de l’anarchie ?»).
Mais, comme dans toute mégalopole, il y a une face moins rose, avec bidonvilles (les « villas miserias »), zones de narcos et divers trafiquants, lieux abandonnés, et s’y déplacer nécessite un peu d’attention.
Un exemple d’endroit en marge se situe à deux pas de notre appart, c’est la saignée provoquée par le réseau ferroviaire à travers la ville. Sur la photo, le wagon totalement tagué a une petite lumière allumée, il est donc squatté depuis un moment déjà...
Lundi 15 janvier
Oui, je sais, j’ai annoncé un départ le lundi, et c’est finalement ce mardi que nous allons quitter la grande ville.
Mais nous avons des excuses. L’Argentine est un pays qui vit bien au 21ème siècle, mais certaines choses paraissent cependant un peu plus compliquées qu’en France. Il faut encore se déplacer pour certaines opérations bancaires, effectuer certains règlements de factures, faire une démarche administrative, et ils se trouvent donc parfois des lieux avec des files d’attente consistantes. D’où une journée de plus pour mettre de l’ordre dans les affaires de Maria ...
Par exemple ici, Maria a dû payer un retard sur une facture d’électricité. Les factures courantes sont réglées par virement automatique, mais quand il y a un petit souci, il faut se farcir la file d’attente ! Là, les bureaux fermaient à 15 heures, mais certaines personnes qui n’avaient pu entrer s’arrangeaient ensuite avec le vigile à travers le petit fenestron grillagé pour faire avancer leur cas !
Et voici une partie de notre budget voyage.
Oui oui, ce sont bien des billets de banque, et en plus, il faut se les coltiner sur soi !
Bon, c’est un cas exceptionnel, problèmes de carte bancaire et ce genre de chose. Mais il y encore beaucoup d’endroits où on ne peut payer qu’en liquide.
Je suis un peu stressé d’avoir du fric sur moi, j’ai perdu l’habitude, mais quand il faut, il faut !
Jeudi 18, tard
Bref, nous partîmes !
Ce pays est un pays littéralement monstrueux !
Voilà donc trois jours que nous sommes sur la route, nous roulons tranquilles (rarement au-delà de 170 km/h !!) nous ne nous pressons pas le matin, nous nous arrêtons dans des endroits plus ou moins bizarres le temps d’une photo ou d’un coup de flotte, nous faisons même parfois des siestes au bord de la route, nous ne cherchons donc pas à manger de l’asphalte.
Et à ce rythme, nous avons pourtant parcouru 1200 kilomètres, nous sommes désormais à 1000 bornes de Buenos Aires, et cela ne constitue que le tiers du chemin jusqu’à Ushuaïa !!! Autant dire que nous sommes en train de renoncer à l’idée d’y aller. Pour faire ça bien, en prenant des jours de repos par ci par là et profiter du bout du monde, il nous faudrait un mois, nous serons trop justes. Nous reviendrons en fin d’année.
Et j’ai surtout commis une bourde débile : j’ai oublié ma CB à Buenos Aires ! Et comme Maria n’a pas encore activé la sienne, nous sommes contraints par un budget donné et limité en espèces. Nous allons donc bientôt tourner à droite, direction les Andes, pour remonter progressivement vers le nord-est ensuite.
Depuis trois jours, on bouffe de la pampa à toutes les sauces.
Pampa humeda pour commencer, sous un ciel gris, mais qui nous a permis de se mettre dans le rythme sans mourir squelettiques sous le soleil et les casques.
Des lignes droites sans fin, des vaches, un village tous les quarante kilomètres, et quel village !
En fin de journée, quelques ondulations culminant à 400 m d’altitude nous ont conduit à Tandil.
Un bout de lac artificiel « imitant » le lac de Genève, une petite ville touristique, où j’ai eu envie d’aller car j’avais vu depuis la France une photo sur un blog d’une … fromagerie !! Nous avons trouvé l’endroit, nous l’avons trouvé franchement bobo cheto, nous avons donc quitté les lieux après une nuit dans un camping quelconque.
Mercredi, nous avons roulé dans la … pampa !!!
Mais elle a un petit quelque chose de plus attrayant que la veille, peut-être bêtement l’influence du soleil revenu. Elle commence aussi à devenir plus sèche, annonciatrice de la Patagonie.
Des lignes droites interminables, des vaches, un village tous les quatre-vingt kilomètres, et quel village !
Notre objectif cette fois-ci est une autre petite sierra, frisant les 1000 m d’altitude, même pas peur !
Sierra de la Ventana, un bourg paisible, avec nombre de rues en terre, quelques touristes, un camping vraiment sympa, est une étape comme nous les aimons : paisible !
Sierra de la Ventana, un bourg paisible, avec nombre de rues en terre, quelques touristes, un camping vraiment sympa, est une étape comme nous les aimons : paisible !
Enfin aujourd’hui, la gorda nous a fait entrer en Patagonie, à travers la … pampa !!!!
Première frontière, géographique, pour passer en Patagonie, le rio Colorado.
Nous sommes désormais dans le dur, tout est plus sec, aride, venteux.
Une terre sablonneuse, des étendues incommensurables d’herbe éternellement jaune, de rares salines, et un vent quasi permanent. Mais qu’est venu foutre l’homme sur ces terres, qui plus est au prix de guerres effroyables entre les blancs et les peuples d’origine, et que foutons nous là en moto, en sortant de Chabeuil ?
Des lignes droites réellement interminables, moins de vaches, mais plus de moutons, et des suri, sorte de nandous, donc sorte d’autruche, ça change, et un village toutes les cent vingt bornes, et quel village !
Etape du soir : le rio Negro, frontière administrative du nord de la Patagonie. Une petite ville à cheval sur le fleuve, au nord elle s’appelle Carmen de Patagones, au sud Viedma. Un hôtel sans plus, une bouffe sans plus, rien n’est toujours parfait en voyage...
Ainsi donc, sur ces plus de mille bornes, seulement trois villes, quelques gros bourgs ou villages de pas grand-chose, et en dehors des deux bouts de sierras, peut-être une trentaine de virages, ou plutôt courbes légères, qui sont heureusement annoncées 500 m à l’avance ! C’est spécial comme conduite au final !
Des estancias tous les vingt kilomètres en moyenne, quelques chacras ou petites fermes, des parcelles de parfois plusieurs milliers d’hectares chacune, entièrement clôturées (oui Pascal, imagine le nombre de poteaux pour clôturer 5000 hectares!), quelques arbres éparpillés comme jetés par erreur dans le tableau.
Et plus nous allons vers le sud, moins il y a de tout, et plus il y a de rien !
Notre sujet de dissertation sur la moto a donc été : « l’esthétique peut-elle naître de l’accumulation de différents riens ? », là aussi vous m’en ferez trois pages…
Et pourtant, jamais nous ne nous ennuyons. Traverser ces paysages sans limite, guetter le moindre incident géographique, admirer l’évolution du ciel et des nuages, la lente transformation des couleurs en fonction de l’heure et de la latitude, est comme une médiation, une conscience absolue du présent (et du tannage du fondement !), et toute espèce de souci, du passé ou pouvant advenir dans le futur, n’a strictement aucun sens. L’esprit est serein.
C’est peut-être ça le bonheur, mon bonheur, notre bonheur avec Maria, rouler toujours, sans réel but, juste pour se mouvoir dans l’espace...
Vendredi 19
Donc nous sommes restés une journée à El Condor, dans un camping un peu miséreux, pour des pas très riches, mais avec des douches chauffées au bois ! Un endroit tranquille et sympa, au milieu de travailleurs saisonniers et de gens du coin qui arrivent péniblement à s'offrir un week-end au bord de l'océan.
La plage nous a franchement moins plu, avec des mœurs et coutumes bien différents des criques bretonnes !
Mais bon, c'était juste pour voir, on n'aime pas trop s'affaler à rien faire sur du sable brûlant, avec les mômes du voisin de gauche qui piaillent et le con de clébard du voisin de droite qui te balance du sable parce qu'il a décidé de creuser un trou justement ici...
Samedi 20
Journée terrible !
Déjà, pour se mettre dans le rythme de la ... pampa, toujours aussi aride et sableuse, une ligne droite de 150 bornes certifiée sans virage pour rejoindre Las Grutas !
Vendredi 19
Donc nous sommes restés une journée à El Condor, dans un camping un peu miséreux, pour des pas très riches, mais avec des douches chauffées au bois ! Un endroit tranquille et sympa, au milieu de travailleurs saisonniers et de gens du coin qui arrivent péniblement à s'offrir un week-end au bord de l'océan.
La plage nous a franchement moins plu, avec des mœurs et coutumes bien différents des criques bretonnes !
Mais bon, c'était juste pour voir, on n'aime pas trop s'affaler à rien faire sur du sable brûlant, avec les mômes du voisin de gauche qui piaillent et le con de clébard du voisin de droite qui te balance du sable parce qu'il a décidé de creuser un trou justement ici...
Samedi 20
Journée terrible !
Déjà, pour se mettre dans le rythme de la ... pampa, toujours aussi aride et sableuse, une ligne droite de 150 bornes certifiée sans virage pour rejoindre Las Grutas !
L'histoire qui date d'il y a presqu'un siècle, consiste à construire une route dans une zone aride. Le géomètre fait une erreur d'un degré d'angle au départ, et les ouvriers, bossant en plein cagnard à la pelle et à la pioche, vont tout droit, donc la route arrive à peu près 15 km trop au nord, d'où l'obligation de faire un virage, et ça, ce n'est pas bon pour personne ! Comment faisait le géomètre pour ne pas faire d'erreur au départ ?
Peut-être s'alignait il sur les clôtures des parcelles ? Car oui, tout est clôturé ! J'ai compté plusieurs parcelles de 20 km de long. En imaginant qu'elles sont plus ou moins carrées, cela fait tout de même une surface de 400 km2, soit 40 000 hectares, pour chaque parcelle !
Un boulot de fou pour planter un piquet tous les deux mètres et aligner 5 rangées de barbelés !
Tout ça pour "nourrir"quelques vaches, j'en ai aperçu deux sur le trajet, et une poignée de moutons, avec l'aide de quelques éoliennes pour pomper péniblement une bassine d'eau de temps à autre.
Donc la gorda nous a amenés toute seule, le temps que je cogite tout ça, à Las Grutas, une station balnéaire qui semble devenir à la mode.
La suite a été beaucoup moins comique.
Quelques virages interrompant des lignes droites interminables, plus de vache, plus de mouton, ou peut-être sont-ils cachés, car il y a toujours des clôtures, mais plus d'estancia et ni de village...
Chaleur lourde, soleil implacable, l'asphalte qui miroite au loin, réverbération d'une immense saline, la tête gonfle dans le casque noir, même la peau brûle à travers le jean, la bouteille d'eau glacée qui se réchauffe beaucoup trop vite et l'objectif, un petit bled au bord du Rio Negro est à 190 km ! Sur la carte, il y bien un embranchement indiqué, et qui dit carrefour dit espoir d'une possible activité humaine, mais les distances semblent multipliées par 10.
Nous allons nous transformer en squelette en moins d'une heure, la gorda mettra un siècle à rouiller...
Et le miracle surgit, El Solito, un lieu désespéré, parfait pour une scène de road-movie suicidaire.
Comment des gens peuvent-ils survivre dans ce genre d'environnement ? Sont ils là par choix, ou par erreur, avec l'impossibilité de fuir ?
Quoi qu'il en soit, ils nous ont sauvé la peau !
Nous avons fini par rejoindre le Rio Negro, le fleuve qui se jette dans l'océan à El Condor. Subitement, tout est plus facile. Grâce à un système d'irrigation séculaire, nous roulons dans une bande verte, arborée, large d'une dizaine de kilomètres, qui constitue une des richesses de la province de Neuquen, avec une grosse production de fruits.
Un contrôle de flics plus loin (ils adorent arrêter une grosse moto dorée européenne, c'est comme un trophée pour une discussion au bar le soir !), nous voici au camping municipal (gratuit !) de Villa Regina.
Définitivement, je hais les argentins le samedi soir, je hais la cumbia argentine, je hais les familles de travailleurs qui viennent faire la fête là parce qu'il n'ont pas les moyens d'aller ailleurs, je hais les gens n'ayant pas l'éducation qui leur permettrait de respecter les autres, je hais tout !
Nous n'avons que très peu dormi de la nuit, le système son était à 5 m de la tente, les gamins shootaient dans celle-ci en jouant au foot, les parents gueulaient pour communiquer entre eux, le tout jusque vers 3 ou 4 h du matin. Et tu ne peux que fermer ta gueule, parce que tu sais que tu es sur leur territoire, qu'ils s'en foutent de ta tronche de gringo, et parce qu'en Amérique du Sud, tout peut dégénérer très vite.
Nous sommes sortis de cet enfer totalement lessivés...
Dimanche 21
Heureusement, l'étape du jour n'est que du bonheur et nous réconcilie avec nous-mêmes : nous savons de nouveau pourquoi nous sommes là.
La gorda s'amuse à des vitesses impossibles à tenir en Europe sans conséquences graves pour le permis de conduire, nous entrons progressivement dans les contreforts des Andes, des menaces d'orages et quelques pluies rafraichissent la température, nous sommes de nouveau dans notre rêve.
Et les paysages sont à chaque kilomètre plus enchanteurs, même si nous commençons par traverser la région de Zapala.
Zone pétrolifère, décors de puits de pétrole perdus dans la steppe aride, ballet incessant de camions-citerne.
Richesse pour le pays, mais qui ne profite pas à tout le monde, car visiblement beaucoup de familles, attirées par des promesses d'un futur meilleur basé sur l'or noir, sont restées perdues dans un nouveau nulle-part, ce genre d'industrie ne profitant qu'à quelques grosses entreprises.
Enfin, nous attaquons la sierra, par la mythique ruta 40. Elle longe les Andes du nord au sud de l'Argentine, jusqu'à Ushuaïa. Comme la 66 aux States, elle attire des motards du monde entier, et nous ne tardons pas effectivement à en croiser quelques uns.
Plaisir du pilotage dans quelques virages un peu serrés, tentation de la poignée en coin, plaisir de riches européens ou yankees au sein de contrées qui restent malgré tout désolées, vraiment loin de tout. Oui, l'école est à 70 km, accessible par une mauvaise piste de sable. Maria me dit que ce genre d'école rassemble peut-être une quinzaine d'élèves, c'est dire la densité de la population dans les parages ! J'ai vu aussi une piste avec une pancarte indiquant un dispensaire médical à 40 km...
Nous sommes désormais à Junin de Los Andes, un bourg un peu touristique, mais sans excès, au pied du volcan Lanin, l'hébergement est super (il y a même la wifi dans la chambre, d'où enfin la publication de nos petites aventures !).
Peut-être s'alignait il sur les clôtures des parcelles ? Car oui, tout est clôturé ! J'ai compté plusieurs parcelles de 20 km de long. En imaginant qu'elles sont plus ou moins carrées, cela fait tout de même une surface de 400 km2, soit 40 000 hectares, pour chaque parcelle !
Un boulot de fou pour planter un piquet tous les deux mètres et aligner 5 rangées de barbelés !
Tout ça pour "nourrir"quelques vaches, j'en ai aperçu deux sur le trajet, et une poignée de moutons, avec l'aide de quelques éoliennes pour pomper péniblement une bassine d'eau de temps à autre.
Donc la gorda nous a amenés toute seule, le temps que je cogite tout ça, à Las Grutas, une station balnéaire qui semble devenir à la mode.
La suite a été beaucoup moins comique.
Quelques virages interrompant des lignes droites interminables, plus de vache, plus de mouton, ou peut-être sont-ils cachés, car il y a toujours des clôtures, mais plus d'estancia et ni de village...
Chaleur lourde, soleil implacable, l'asphalte qui miroite au loin, réverbération d'une immense saline, la tête gonfle dans le casque noir, même la peau brûle à travers le jean, la bouteille d'eau glacée qui se réchauffe beaucoup trop vite et l'objectif, un petit bled au bord du Rio Negro est à 190 km ! Sur la carte, il y bien un embranchement indiqué, et qui dit carrefour dit espoir d'une possible activité humaine, mais les distances semblent multipliées par 10.
Nous allons nous transformer en squelette en moins d'une heure, la gorda mettra un siècle à rouiller...
Et le miracle surgit, El Solito, un lieu désespéré, parfait pour une scène de road-movie suicidaire.
Comment des gens peuvent-ils survivre dans ce genre d'environnement ? Sont ils là par choix, ou par erreur, avec l'impossibilité de fuir ?
Quoi qu'il en soit, ils nous ont sauvé la peau !
Nous avons fini par rejoindre le Rio Negro, le fleuve qui se jette dans l'océan à El Condor. Subitement, tout est plus facile. Grâce à un système d'irrigation séculaire, nous roulons dans une bande verte, arborée, large d'une dizaine de kilomètres, qui constitue une des richesses de la province de Neuquen, avec une grosse production de fruits.
Un contrôle de flics plus loin (ils adorent arrêter une grosse moto dorée européenne, c'est comme un trophée pour une discussion au bar le soir !), nous voici au camping municipal (gratuit !) de Villa Regina.
Définitivement, je hais les argentins le samedi soir, je hais la cumbia argentine, je hais les familles de travailleurs qui viennent faire la fête là parce qu'il n'ont pas les moyens d'aller ailleurs, je hais les gens n'ayant pas l'éducation qui leur permettrait de respecter les autres, je hais tout !
Nous n'avons que très peu dormi de la nuit, le système son était à 5 m de la tente, les gamins shootaient dans celle-ci en jouant au foot, les parents gueulaient pour communiquer entre eux, le tout jusque vers 3 ou 4 h du matin. Et tu ne peux que fermer ta gueule, parce que tu sais que tu es sur leur territoire, qu'ils s'en foutent de ta tronche de gringo, et parce qu'en Amérique du Sud, tout peut dégénérer très vite.
Nous sommes sortis de cet enfer totalement lessivés...
Dimanche 21
Heureusement, l'étape du jour n'est que du bonheur et nous réconcilie avec nous-mêmes : nous savons de nouveau pourquoi nous sommes là.
La gorda s'amuse à des vitesses impossibles à tenir en Europe sans conséquences graves pour le permis de conduire, nous entrons progressivement dans les contreforts des Andes, des menaces d'orages et quelques pluies rafraichissent la température, nous sommes de nouveau dans notre rêve.
Et les paysages sont à chaque kilomètre plus enchanteurs, même si nous commençons par traverser la région de Zapala.
Zone pétrolifère, décors de puits de pétrole perdus dans la steppe aride, ballet incessant de camions-citerne.
Richesse pour le pays, mais qui ne profite pas à tout le monde, car visiblement beaucoup de familles, attirées par des promesses d'un futur meilleur basé sur l'or noir, sont restées perdues dans un nouveau nulle-part, ce genre d'industrie ne profitant qu'à quelques grosses entreprises.
Enfin, nous attaquons la sierra, par la mythique ruta 40. Elle longe les Andes du nord au sud de l'Argentine, jusqu'à Ushuaïa. Comme la 66 aux States, elle attire des motards du monde entier, et nous ne tardons pas effectivement à en croiser quelques uns.
Plaisir du pilotage dans quelques virages un peu serrés, tentation de la poignée en coin, plaisir de riches européens ou yankees au sein de contrées qui restent malgré tout désolées, vraiment loin de tout. Oui, l'école est à 70 km, accessible par une mauvaise piste de sable. Maria me dit que ce genre d'école rassemble peut-être une quinzaine d'élèves, c'est dire la densité de la population dans les parages ! J'ai vu aussi une piste avec une pancarte indiquant un dispensaire médical à 40 km...
Nous sommes désormais à Junin de Los Andes, un bourg un peu touristique, mais sans excès, au pied du volcan Lanin, l'hébergement est super (il y a même la wifi dans la chambre, d'où enfin la publication de nos petites aventures !).
On vous aime !







































Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire
Et en plus vous pouvez me répondre !