dimanche 4 mars 2018

Les argentins sont des sportifs dans l'âme

Salut les amis !

J'ai appris de source sûre que vous avez connu un petit coup de frais en France. Quelques flocons par ci par là, un peu de vent à Marseille, quelques nuits rafraichissantes en Bretagne, un peu de blancheur au sud du Massif Central.



Je vous envie presque parfois. Le soleil brille tous les jours à Buenos Aires, il fait régulièrement entre 28 et 29° dans la journée, même si en ressenti ça donne à l'aise 4 ou 5 degrés en plus. Nous sommes obligés de nous rendre régulièrement en terrasse en fin de journée, pour simplement survivre à coup de bière bien glacée servie dans son seau à glace, en picorant quelques picadas, à moins que nous soyons contraints d'aller manger une glace quelque part sur une rue ombragée...





Je vois que vous rigolez, vous vous dites que dans trois ou quatre mois vous vous épanouirez au grand air tandis que nous greloterons dans un appart où il n'est même pas prévu un système de chauffage. Et bien justement, il n'est pas prévu de chauffer, je ne suis même pas sûr de quitter mes tongs...

Nous Maria vient de vivre la grande rentrée scolaire après les vacances d'été. Un peu d'appréhension malgré tout, un peu d'interrogations, mais je pense que ça roule !
Certes, le premier jour, un gamin haut comme trois pommes (Maria enseigne cette année dans l'équivalent du CP français), après quelques heures dans la chaleur de la classe, a demandé s'il n'y avait pas un barcito (petit bar) dans l'école, parce que là, il n'en pouvait plus !
Certes, une de ses copines avait dans les doigts ce genre de petite chose que l'on fabrique parfois lorsqu'on est distrait au téléphone : vous prenez une petite boulette de papier, et entre le pouce et l'index, vous en effilez, allongez, étirez une partie. Je vous fais un dessin ou vous visualisez ? Et la gamine de commenter : "Il cherche un ovule !"
Tout n'est pas gagné donc, mais l'enseignant est heureusement là pour mettre un peu d'ordre dans ces caboches anarchisantes, avant que la cause ne soit définitivement perdue pour la société suite à des excès de créativité !

Aucun rapport : notre futur camping-car

Pendant ce temps, je lutte, pas tous les jours ne vous inquiétez pas, avec la bureaucratie argentine.

Celle-ci a réussi un exploit notable, à savoir faire des argentins les champions mondiaux de la file d'attente, à tel point que par passion ils pratiquent non seulement ce sport dans les redoutables officines publiques, mais aussi dans les entreprises privées, y compris à la boulangerie, chez le glacier et même à la poissonnerie !
J'étais fasciné l'autre jour de voir sur une grande place du centre, la plaza Miserere, un lieu où s'arrêtent de très nombreux bus, des queues de cinquante ou cent personnes, zigzagant d'arbres en arbres pour se protéger du soleil, chacun absorbé dans la contemplation vaine de son écran de smartphone, le tout dans le plus grand calme.
Il y a quelques jours, quelque part au bord de l'immense avenue Rivadavia, des queues impressionnantes se formaient devant les librairies et papèteries en vue de la rentrée scolaire, au point qu'il était impossible de marcher sur les trottoirs, pourtant très larges.

Secrétariat d'éducation de la ville ... sans file d'attente

Je n'ai toujours pas compris la logique des files d'attente devant les distributeurs de billets, en moyenne de 30 personnes et de façon permanente quelle que soit l'heure de la journée, que pourtant j'étudie intensément. J'ai bien compris qu'il y avait deux réseaux principaux, Link et Banelco, que le Link prenait des commissions moins importantes, mais qu'on pouvait y retirer moins que dans les Banelco, encore que ce ne soit pas une règle absolue. J'ai bien compris aussi qu'il était comme chez nous possible de gérer plein de choses sur son compte à partir de l'automate, ce qui m'a valu une ou deux fois une attente inutile, n'ayant pas vu qu'il y avait deux files incrustées l'une dans l'autre, une pour la gestion l'autre pour le retrait. Je me doute bien que se créent des files parce que le site internet pose problème, comme souvent, et que même au final se créent des files dans la banque face aux guichets, parce que puta madre d'automate de m... ! Mais tout ça m'échappe au final, parfois les files sont plus notables chez Link, parfois c'est chez Banelco.

😛

Heureusement, le sport est désormais règlementé, et se pratique à peu près partout la "prise du ticket de file d'attente" ou PTFA. La file organisée en zigzag, avec des cordons séparateurs, tend à disparaitre, sauf à l'immigration, ce qui nous a valu deux bonnes heures d'attente debout, la file ne descendant jamais à moins de 160 personnes (ce chiffre est totalement vérifié et non exprimé à la louche, je n'avais que ça à penser dans la file !).
Le boucher ou le fabricant de pâtes fraiches que nous fréquentons, alors que ce sont de petits artisans de quartier, s'adonnent à la PTFA, même pour trois personnes, par contre notre taïwanais préféré, qui vend tous les midis une succulente nourriture à emporter pour un prix dérisoire, pas encore, mais qui sait, avec le succès...

Il y a deux manières ensuite de gérer la PTFA.

La première, l'antique, permet aux fonctionnaires de vocaliser derrière leur guichet en criant plus ou moins fort le numéro attendu. Cette gestion sonore des files tend à disparaitre, car il ne faut pas croire par facilité que toutes les files sont silencieuses, certaines sont même franchement bavardes, et le fonctionnaire s'époumone parfois en vain, des erreurs peuvent se produire, surgissent même des embryons de conflit, le ton peut monter, la présence de vigiles devient nécessaire, bref l'ambiance n'est pas tout à fait sereine, surtout quand la clim' est défaillante.
C'est dans ce genre d'endroit que je me suis trouvé une fois, pour régler dans une banque publique une somme de 100 pesos pour l'impression de ma carte d'identité. J'ai bien sûr essayé, malgré le sourire en coin de Maria, de payer sur internet, mais pour payer sur internet, il fallait un numéro de ... carte d'identité !
Pour l'attente, plus de siège libre, je finis par me trouver une caisse où je peux poser mon séant, je me concentre sur un jeu quelconque dans mon portable pour occuper les deux prochaines heures. Quelques minutes passent, lorsqu'un vigile arrive pour me dire que je dois couper mon portable. J'explique que je n'ai pas de SIM dedans, que tout son est coupé, et que je joue. Non ! Le portable DOIT être coupé ! J'ai beau expliqué à ce clown que l'autre vigile à la porte passe son temps sur son téléphone, il ne veut rien savoir, et plutôt que de laisser le ton monter, j'obtempère. Au fait, c'est quoi 100 pesos ? Un chouïa plus que 4 euros...

😒

Une autre file d'attente m'a captivé intellectuellement, celle du collège des traducteurs officiels de Buenos Aires. Un long comptoir, pas trop de monde, un gars près de l'entrée nous donne un papier avec un numéro, genre 78 de mémoire. Un autre gars, seul derrière le comptoir, appelle un numéro, prend le papier numéroté, l'enfiche sur une pointe où s'accumulent les tickets et gère la démarche. Jusque là, tout va bien, j'arrive à suivre. Puis le bonhomme change de place, appelle un numéro, et surprise, le numéro ne semble pas logique après le précédent. Mais si, mais si, mon pauvre Alain, tu n'as rien compris : le bonhomme gère quatre files différentes, correspondant à quatre types de démarches, il y a quatre couleurs différentes de tickets, donc quatre pointes à enficher les tickets sur le comptoir ! En fait, je n'écoutais que ce qu'il aboyait, et mon espagnol étant un peu juste, je n'entendais que le nombre. En fait, le gars annonçait, jaune 24, puis bleu 53, puis jaune 25, puis rose 33, etc. Une dextérité mentale incroyable ! Quant à l'idée de faire une seule file d'attente pour toutes les démarches...

😵

Donc l'Argentine se modernise, la gestion par écran d'affichage du numéro appelé s'est rapidement développé, et tout est plus limpide : il est possible d'estimer plus facilement le temps d'attente, on peut tenter après une fine analyse de l'égrenage des numéros un petit café au barcito d'à côté, avec toutefois un soupçon de stress en priant pour qu'il n'y ait pas de modification de rythme dans la file, genre deux ou trois fonctionnaires qui terminent leur pause "mate" d'une heure survenue cinq minutes après leur heure d'embauche.

L'écran d'appel simple par numéros rouges sur fond noir est même remplacé dans les endroits "in" par un écran géant de télévision, où sont diffusées des vidéos plus ou moins publicitaires, tandis que s'incrustent dans un coin les numéros. Nous avons profité de cette modernisation à deux reprises chez le fournisseur d'accès internet que nous avions choisi, ce qui semble la moindre des choses, mais avec une nuance toutefois : l'inscription par internet ne fonctionnait pas, d'où notre présence dans les files !
 Top du top, le vigile est plus détendu et aide ceux peu accoutumés par tant de modernité à leur PTFA sur l'écran tactile du distributeur.
Bingo pour nous, nous obtenons le numéro gagnant B19, alors qu'est affiché sur le téléviseur le B18 ! Nous ne nous asseyons même pas. Ce fut une grave erreur, une très grave erreur, les confortables fauteuils se sont tous remplis, et je n'ai jamais compris le défilement des numéros : P8, F24, L12, B17, D15, G8, etc, donnant l'illusion de multiples files alors qu'il n'y avait que trois agents recevant les clients.
😬

Ce sport national a développé des raffinements extrêmement sophistiqués.
Ainsi existent les pré-files d'attente, que l'on utilise avant la véritable file d'attente, un vrai délice !
Nous avons pratiqué cette intéressante variante lors de ma demande finale de carte d'identité argentine. Sur le site internet où j'ai voulu m'obstiner à tenter la démarche malgré les dénégations de Maria, il était stipulé que l'administration en question ouvrait à 10 heures, et n'étaient donnés à cette ouverture que 30 numéros. Nous étions donc sur le trottoir à 8 h 30, déjà en 13ème position près d'un carrefour bruyant et puant le gazole à cause des très nombreux bus circulant à cette heure de pointe.


C'est donc passablement énervés que nous recevons telle une hostie consacrée le curieux numéro 47 (pourquoi ?) des mains de l'appariteur-videur-régulateur pour commencer une étonnante file d'attente à trois bandes de deux heures (je vous expliquerais), heureusement assis.
Peut-être la prochaine fois vous conterais-je ce qui s'est passé durant cette attente, je pense réellement avoir compris l'une des causes profondes de la génération spontanée des files d'attente argentines !

J'ai même vécu l'absence de file dans une administration !!!
Comme le site de la douane argentine n'était pas très explicite sur une série de files démarches que je dois effectuer pour importer définitivement la gorda, j'ai décidé finalement de me rendre à la douane. Ce fut d'ailleurs ma première sortie seul en moto jusqu'en centre-ville, sans le GPS Maria, et je suis finalement satisfait d'être revenu.
Un fort beau bâtiment m'accueille, la douane est une affaire rentable !

L'entrée de la douane

A peine un soupçon de file à l'accueil, deux ou trois personnes tout au plus demandant leur badge pour circuler dans cet immense édifice. C'est louche !
Dans le service, il était impossible décemment de nommer "file" les deux personnes devant moi. Donc, en un quart d'heure, j'étais devant le bon fonctionnaire pour demander la liste des choses que je devais faire :
- Vous avez une carte d'identité ?
- elle est en cours de fabrication
- revenez quand vous l'aurez, vous pourrez faire les démarches
- oui mais je viens justement pour les connaitre, ces démarches !
- nous vous expliquerons tout quand vous aurez votre carte
etc, etc, etc, puta madre d'aduana de m... !

Bref, une absence de file pour une absence d'informations, tout est logique !!!

😥

Sinon ici se pratique aussi intensément le football, mais à titre personnel je trouve ça beaucoup moins attrayant.

J'ai un petit problème technique désormais, car je n'ai pas de photos vraiment en rapport avec ce sujet, vous comprenez bien qu'il n'est pas simple de faire poser un fonctionnaire argentin derrière son guichet ou de demander aux gens de la file de sourire pour la photo ! Je mets donc n'importe quoi pour illustrer mon propos, je tâcherai par la suite de prendre des photos de file d'attente, c'est une occupation comme une autre, et je viendrai compléter ce petit article, qui accessoirement m'a permis de me calmer les nerfs...

La bise à tous !

PS : j'avoue, ô grand dieu, j'avoue !
Je vous trompe tous, chers amis lecteurs, avec la rédaction d'un autre blog, ou plutôt site, qui me prend pas mal de temps, d'où l'aspect un peu négligé, voire abandonné de Chichi Turbo !.
Je viendrai me faire pardonner, c'est promis, en vous communiquant l'adresse de ce nouvel objet internet, dès qu'il sera à peu près au point. Jo et Nath en connaissent l'existence, mais c'est à titre de lecteurs-critiqueurs-correcteurs.
Vous saurez tout bientôt !

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