mardi 13 mars 2018

Un week-end de traque

Tout a commencé dans un lieu a priori sans intérêt : un bâtiment triste et sans âme au fond du port, de longues files d'attente de gens de tous âges et de toutes conditions en provenance des quatre coins du monde, chacun manifestant une petite inquiétude plus ou moins marquée pour la démarche qui va changer son futur immédiat, des fonctionnaires revêches, peu aimables, inefficaces, avec comme une certaine morgue dans le regard.



Il n'y a plus qu'à attendre, comme toujours.
C'est l'immigration, il n'y a pas le choix, il faut attendre.


Devant nous, un couple, ou du moins un homme et une jeune femme, de là à conclure qu'ils forment un couple...
Je devine tout de suite, sans même les écouter parler, qu'ils sont français, ben oui, les français à l'étranger ont un petit je-ne-sais-quoi qui trahit leur nationalité.
Mais comme avec Maria nous communiquons en espagnol, et même si mon accent est totalement déplorable, les choses en restent là, chacun meuble comme il peut l'attente, l'interminable attente.

Dans ce genre de situation, j'ai tendance à me réfugier dans un quelconque recoin de ma cervelle, je laisse divaguer mes pensées, j'essaie d'oublier le temps, et ne prête pas toujours attention à ce qui m'entoure. Mais à moins de deux mètres de moi, un bout de phrase a cependant atteint mes oreilles, la jeune femme proposant à l'homme d'apporter le pain assez vite pour faire patienter les gens !

Pris d'une inspiration soudaine, je me permets d'interrompre leur conversation :
- vous avez un restau, ici, à Buenos Aires ?
- exact, mais nous avons surtout une boulangerie !
- heu, une boulangerie, avec du pain ... à la française ?
- hé oui !
Voila, c'est le patron, et il assiste une jeune française dans ses démarches pour obtenir un visa en vue de son embauche.

Cela fait un petit peu plus de deux mois désormais que je suis en Argentine. Parce que j'ai un peu fréquenté des expatriés, échangé avec des voyageurs au long cours, écouté Nath depuis qu'il est en Rép Dom, et aussi parce que je l'ai vécu dans mon voyage en bécane en Amérique du Sud, j'ai appris qu'il ne servait à rien de se focaliser sur la nourriture, il vaut mieux tenter de s'adapter rapidement aux us et coutumes locaux, oublier nos manies françaises, le beurre avec les grains de sel qui claquent sur la langue, le bethmale, les galettes-saucisses, le gigot de pré salé, le veau du Mezenc, l'andouille de mes grands-parents qui pendait dans le conduit de cheminée, la tarte tatin, la poutargue, la soupe au pistou de Geugeu, le saucisson de Bolze et le petit Gigondas qui va bien.

Faire avec ce qu'il y a, apprendre, découvrir, aller de l'avant.
La viande argentine est excellente, les fruits sont savoureux, les tomates ont le goût de... tomate, et ici je mange des légumes !
Bon d'accord, j'ai été plutôt grincheux avec Maria au début, je suis un vieux râleur, quelle patience elle a ! Elle pensait me faire plaisir en achetant ceci ou cela, cela ne m'épatait pas vraiment, oui le fromage ici n'est rien d'autre que du caoutchouc très salé. Peu à peu tout de même, les choses ayant été mises au point des deux côtés, nous apprenons à repérer les bonnes choses et tout va bien.

Mais cette fois-ci, c'est plus qu'une provocation, il faut faire quelque chose !

Donc ce samedi, grâce à la fringante gorda, nous sommes allés au marché de San Telmo, à la recherche de LA boulangerie !

A Buenos Aires, un marché, le mercado, est un lieu couvert, sinon c'est une feria : un mercado, ce sont les halles couvertes que vous connaissez. Celui de San Telmo ne nous inspire pas plus que ça : situé dans le centre ancien, nous pensions que c'était un attrape-couillon touristique.


Certes à l'arrivée, il y a bien un bus d'européens avec le guide et sa petite pancarte, mais l'impression générale a finalement été agréable : des beaux produits, des prix plutôt locaux, et une ambiance tranquille, un mélange de touristes et de gens du barrio.

Et le temple est bien là.


Nous nous sommes offert LE petit-déjeuner : grand café au lait, vrai jus d'orange (et les oranges sont goûteuses dans le coin !), viennoiseries et ... baguette !
Maria se bâfre son pain au chocolat comme une junkie en perdition, les croissants sont au beurre, et la baguette, ah la baguette, une petite merveille, tiède du four, un soupçon d'acidité du levain, salée à point, la croûte un tantinet un peu trop dure, mais si tout est trop parfait, c'est louche.

J'avais déjà oublié le goût du pain, les boulangeries argentines n'offrent que de petits pains à peine dorés, à la farine très très blanche, à la texture très dense, au goût proche du pain de mie industriel que nous connaissons en France. J'exagère un peu, certains sont corrects, mais cela reste une épreuve pour qui a été élevé au pain au levain.

Bref, le week-end démarre très fort !

Après les plaisirs du ventre, nous tentons le soir les plaisirs intellectuels, la nuit des librairies, soit la Noche de las librerias en bon espagnol. En France je crois qu'il existe une manifestation similaire, mais sans l'ampleur et le succès populaire d'ici.
En Amérique Latine et quelques autres endroits du monde, les négoces se regroupent par rue : la rue des réparateurs de télés, celle des vendeurs de bagnoles, celle des fringues, le quartier des canapés.
A Buenos Aires, cela s'est un peu perdu, mais beaucoup de grandes librairies se trouvent sur la Corrientes, une immense avenue qui rejoint l'obélisque, où l'on rencontre aussi quelques grands théâtres et cinémas.



(Qu'est-ce qu'il fout, le minot derrière Maria ?)

Pour l'occasion, l'avenue est fermée à la circulation, des petites scènes accueillent les auteurs cotés ou la chanteuse en vogue, et les librairies sont ouvertes jusqu'à huit heures du mat', c'est du sérieux !
Une belle idée, même si certaines interventions m'ont un peu ... surpris (Pascal, reste calme) :

 (J'étais un peu gêné, la chica était un peu gênée,
elle a dit oui à la photo si on ne voyait pas son visage)

La formule fonctionne, les librairies sont pleines et les gens achètent des bouquins.

Et il y en a pour tous les goûts !

Pour les lecteurs peu assidus de ce blog (quel honte !),
Macri, c'est Macron mais encore plus libéral

Bon, pour la littérature en espagnol, je n'ai pas encore le niveau, et il nous reste toujours cette idée ... d'aller au bout de notre idée.
Car je ne vous ai pas tout dit en fait sur le mercado de San Telmo. Sur un stand non loin de la boulangerie, j'ai un peu discuté avec le patron. Je lui ai demandé s'il en avait, il m'a répondu que d'habitude oui, mais là aujourd'hui, non. Grrr !
Trop sympa, il a eu la gentillesse de me refiler l'adresse de son dealer.

Et nous voila donc partis dimanche matin, ultra motivés sur la gorda, pour rejoindre un bled de rien du tout perdu dans la pampa, Suipacha, à cent trente bornes de la capitale, oui oui comme d'habitude, au bout de la ligne droite, etc.

Nous avons quand même fait une petite étape au Lourdes local, à Lujan, une vieille ville coloniale et une basilique quasi européenne.


Une flopée de marchands du temple, des vierges en plastoque, des t-shirts bénis, de l'authentique artisanat argentin made in China, que sais-je encore, ce genre de lieu existe partout dans le monde pour sauver nos âmes !


Mais en faisant abstraction du contexte, même si c'est difficile, la ville a un certain charme.

 

Et bien sûr, nous sommes dimanche, les gens pique-niquent au bord du rio, cela embaume partout les fumées de l'asado.

 (Remarque pour Jo : le boulot de marin semble pépère ici, tu veux que je laisse un CV ?)

Bon, basta du tourisme religieux, nous reprenons vite la route pour atteindre le but de cette petite balade : à l'entrée de Suipacha, à côté d'une ancienne demeure de campagne, c'est là que sévit le dealer espéré.


L'histoire était trop belle jusque là, nous avons été naïfs de croire que sur la simple indication d'un inconnu dans un mercado tout allait être simple, car en fait le truc est fermé !!!
Petit moment de flottement entre Maria et moi, nous n'avons plus les idées claires, certes le "voyage" n'était pas si long et le but était de profiter d'une journée pas trop chaude pour se faire plaisir à moto, mais quand même.

Le centre du village est bien "de campo", avec la place centrale, l'église et peu de bagnoles, et la terrasse est parfaite pour envisager la suite plus sereinement.




C'est le serveur qui nous sauve la peau : oui c'est dimanche, mais vous pouvez en trouvez à l'entrée du village, à côté de la station-service.

Merci à lui ! Le lieu est bien ce que nous recherchons, et il est ouvert, les deux chicas sont adorables et nous avons pu échanger sur un sujet qui nous tient à cœur.



Après un dernier hommage aux vaches sacrées, 


le retour est joyeux, malgré les traditionnels bouchons de retour de week-end, mais ça, la gorda sait y faire, et malgré une petite inquiétude, les valises latérales ne sont-elles pas trop chaudes au dessus des pots d'échappement et ce genre de choses...

N'empêche, tel Golum au sommet de sa forme, nous le tenons, notre trééésooorrrr !


C'est pénible d'être français, c'est pénible d'avoir des addictions incurables, c'est pénible de ne pouvoir y résister !

Bon, maintenant, nous avons d'autres problèmes tout aussi graves.
Par exemple, les bons pinards se trouvent plutôt du côté de Mendoza, un peu plus de mille bornes tout de même ! 

Et accessoirement, nous n'avons plus de pain...

Bises à tous !


3 commentaires:

  1. Je crois que je me suis abîmées les zigomatiques...un bon vrai gros fou rire ça faisait longtemps!!! Biz Maud

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    1. Si au moins mes petites bêtises peuvent faire rigoler, ça m'encourage ! Portes toi bien, Bises

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