J'ai littéralement abandonné ce blog depuis quelques mois : c'est l'impression sans doute de n'avoir rien de bien intéressant à raconter, sinon deux ou trois anecdotes d'un français relativement privilégié (je rigole, mais c'est par comparaison avec la situation de bien des argentins !) qui glandouille de l'autre côté de l'océan et qui ne voit plus trop l'intérêt de relater ses états d'âmes...
Et puis voila le printemps revient, début de soirées avec quelque chose proche de la chaleur, et en ce vendredi soir, nous revenons d'une de ces petites terrasses si sympa dans un quartier tranquille, un tapeo avec les IPA artisanales (Idian Pale Ale pour les non fadas de bière) qui vont bien, ou une honey (bière à goût de miel comme son nom l'indique) pour la moins aventureuse !
Les latinos ne sont pas des gens tranquilles en fait.
On vient donc de se pieuter, et subitement, beaucoup de bruit dans la rue : des sifflets, des cris, des tambours.
J'imagine deux ou trois trucs sur mon oreiller, genre manif improvisée juste avant les élections ou je ne sais quoi. Maria me dit que cela pourrait être un mariage, ce à quoi je réponds que cela m'étonne d'entendre des tambours. Bref, elle finit par sortir sur le balcon pour mater, et ce sont apparemment des minots qui reviennent d'un voyage scolaire de (presque) fin d'année, et le manifestent dans la rue.
Putain, presque minuit, c'est officiel, je suis vieux et j'ai du mal à suivre les djeunes !
Voila, il est tard, et je n'ai plus envie de dormir...
Et d'abord, qu'est-ce qu'il me prend d'écrire quelques conneries ici après de si longs mois d'absence ?
En fait, il se passe tant et tant de choses en Amérique du Sud que cela me donne beaucoup à penser, et envie de vous donner mes impressions, car je ne sais pas dans quelle mesure les infos arrivent jusqu'en France.
En Europe, je ne sais pas, mais sur ce continent, c'est pas mal l'année 2019 !
Oui, je sais, de votre côté, il y a les gilets jaunes, le brexit, les catalans, les italiens qui partent en vrille et sûrement d'autres trucs que je n'ai pas percuté.
Mais de ce côté de l'océan, c'est plutôt caliente !
Je ne suis pas suffisamment attentif pour vous transcrire les faits dans l'ordre chronologique, donc j'y vais du nord vers le sud par exemple.
Le Venezuela pour commencer ?
Je sais qu'une grande partie des progressistes, France Insoumise et autres gens de gauche, vantent encore il me semble les mérites de Maduro.
Bref ! L'embargo des affreux yankees ou la connerie d'une dictature plus ou moins cachée, la poule et l'oeuf ou l'oeuf et la poule font que 4 à 5 millions de vénézuéliens ont pris la route en courant pour tenter de survivre ailleurs. A Buenos Aires, capitale d'un pays pourtant profondément en crise, ils attrapent tous les boulots qu'ils peuvent, se font exploiter au noir à des salaires de m... bien inférieurs au royal minimum qui doit tourner aux alentours de 200 dollars, et ils en sont vraiment "contents", quitte à remercier leur pays d'accueil, c'est dire l'état de l'endroit d'où ils viennent !
Encore ce soir le jeune qui nous servait au restau venait de ce paradis bolivarien.
Il serait vraiment grand temps, vraiment, que les gauches européennes arrêtent de soutenir ce gouvernement de malades, oui je sais, les ricains feraient mieux de s'occuper de leurs problèmes avant d'emmerder le monde entier, je suis d'accord, mais cela n'a aucun rapport avec la folie du post-chavisme et cette putain de dictature bolivarienne dont on ne compte plus les exactions, les morts et autres gentillesses !
Brésil ?
C'est incompréhensible comment un fou fasciste, raciste, homophobe, j'en passe et des meilleures, a pu se faire élire.
Je ne vois pas vraiment d'explications rationnelles à ça, mais il est vrai que ce ne sont pas les 45 mn que j'ai passé au Brésil qui me permettent de profondes analyses !
Ce n'est pas grave, merci la politique de Bolsonaro, en attendant l'Amazonie brûle...
L'Equateur ?
Ce pays m'avait vraiment enchanté il y six ou sept ans, j'y avais rencontré comme une sorte de "paix" en sortant du Pérou que finalement je n'ai pas beaucoup aimé en raison d'une impression de société archaïque, fermée et raciste (Tiens à propos, il est parti en vrille le président péruvien ?).
Bon d'accord, le président équatorien doit être lui aussi un cassos, car même le plus extrémiste des ultralibéraux aurait eu du mal à penser de doubler le prix des carburants du jour au lendemain, la plus visible de ses réformes "libérales".
La conséquence a été immédiate, et comme pour les gilets jaunes, cela a été le révélateur d'un malaise beaucoup plus profond, que je n'avais pas entraperçu lors de mon séjour là bas.
Violence partout, répression partout, cela semble s'être calmé, mais j'ai le sentiment d'un volcan endormi.
Ce n'est pas grave, merci Correa et Moreno, en attendant on pompe du pétrole en Amazonie...
La Bolivie ?
Hum, sujet sensible.
Oui je sais, je suis un grand garçon, les droites mondiales crient à la fraude à chaque fois qu'un parti de gauche peut l'emporter, du moins dans les pays où la "démocratie" (c'est quoi, ça ?) est encore jeune.
Mais tout de même, le Evo est en passe de devenir un super autocrate qui, ayant goûté le pouvoir, ne veut plus le lâcher.
Il s'est tranquillement assis sur le résultat du referendum qui l'envoyait bouler, et grâce à la décision d'un tribunal électoral curieusement acquis à sa cause, le voila tout ragaillardi se proclamant vainqueur d'élections où pèse comme un petit parfum de fraude dont on ne connaitra jamais réellement la réalité.
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| Photo prise il y a 7 ans : le programme est annoncé ! (Evo jusqu'en 2050) |
Ce n'est pas grave, merci les décrets de Morales, en attendant l'Amazonie brûle...
Aller hop, nous voici rendus au Chili !
Ce pays est "le paradis" d'Amérique du Sud : économie au top, chômage au plus bas, inflation dérisoire et monnaie à peu près stable depuis quelques années.
Le président s'est donc senti serein en annonçant une augmentation du prix du billet de métro, de 800 pesos à 830 pesos.
Grave, très grave erreur : le pays a explosé !
Stations de métros en feu, manifs un peu partout, pillages divers, la réaction a été aussi violente que les profondes inégalités qui sont la règle de cette société, mais que beaucoup cachaient sous le tapis.
Et comme le Chili n'a jamais vraiment non plus réglé ses comptes avec la dictature de Pinochet, appeler l'armée pour remettre de l'ordre dans la pays a été une drôle d'idée. Bien sûr, il y a eu un gros problème de saccages et pillages opportunistes, où d'ailleurs même le rôle des militaires n'est semble t'il pas totalement transparent.
Mais l'immense majorité des gens dans la rue, bien qu'en colère, est pacifique, avec comme pire exaction le traditionnel "cacerolazo" (percussion de casseroles).
Rien, absolument rien ne justifie la dureté des couvre-feux, les milliers d'arrestations, et les cas gravissimes d'atteintes aux droits de l'homme qui apparaissent tous les jours.
Personne pour le moment n'entrevoit de perspectives de sortie de conflit.
Ce n'est pas grave, merci Piñera, en attendant l'Amazonie ..., ah non, ya pas d'Amazonie au Chili !
L'Uruguay ?
Petit pays, joli pays, où il ne se passe pas grand-chose, c'est louche en Amérique du Sud !
Ah si, ce week-end, c'est élections présidentielles.
Et comme papi Mujica se la coule douce, c'est centre "droit" contre centre "gauche", quelle exaltation !
Ce n'est pas grave, il n'y a plus d'Amazonie en Uruguay, ne restent que les vaches qui ont bouffé ce qui y ressemblait !
L'Argentine ?
Nous y voila.
C'est grave en ce moment. Les argentins font les malins en disant qu'ils en ont vu bien d'autres des crises, mais quand même, ça ne va pas très bien !
Inflation annuelle de 50 à 65 % selon les sources, chômage qui commence à galoper pour de vrai, taux de pauvreté à plus de 35%, dévaluation sans fin du peso avec 1 euro à 19 pesos en janvier 2018, et aujourd'hui c'est plutôt 70 à 80 pesos, on ne sait pas trop bien en fait, la journée a été spécialement bordélique, et le change parallèle de la rue revient !
Macri, l'unique président élu non péroniste qui aura terminé son mandat dans l'histoire démocratique de l'Argentine, s'est révélé être un putain d'incapable au gouvernement, qu'il a confondu avec le club de football qu'il gérait avant. Appliquer des recettes libérales à ce pays fragile était un pur non-sens, et tout est parti en vrac.
Ce week-end, ce sont les élections en Argentine.
Or suite au week-end des primaires du mois d'août, le peso s'était effondré de 20% le lundi, pour la simple raison que ces primaires avaient été très nettement dominées par les kirchneristas.
Donc cette semaine, tout le monde court après le dollar ou les euros, ou n'importe quoi qui ne soit pas du peso, les files devant les maisons de change et les banques sont impressionnantes, parce que tout le monde sait que les kirchneristas vont gagner ce dimanche, et que lundi, le peso, tout ça, tout ça !
Au fait, c'est qui ça, les kirchneristas ?
Le kirchnérisme, c'est la "doctrine" de Nestor et Cristina Kirchner, qui ont été au pouvoir de 2003 à 2015, et ce n'est rien d'autre qu'une composante du péronisme.
Le peronisme, du gars Peron si vous voulez vous la péter, est un truc bizarre à comprendre pour un non-argentin, spécialement européen.
Aux primaires, il y avait des peronistes avec Macri et avec la Kirchner !
Maria me susurre à l'oreille (c'est une image, je l'entends ronfler !) que ce n'est rien d'autre qu'une forme de fascisme, façon mussolinienne.
Bref, le Nestor est mort, et la Cristina a continué toute seule. Enfin pas tant que ça : elle est désormais accusée en justice de corruption en bande organisée, ce que tous les "progressistes" du monde entier nient, comme quoi ce serait du lawfare, de fausses accusations inventées par la droite et ce genre de choses.
Ceci dit, il semble vraiment qu'elle a pompé dans la caisse quelques centaines ou milliers de millions de dollars !
Sa place devrait être accompagnatrice de Balkany dans les couloirs d'une quelconque prison pour le restant de ses jours, mais non !
La voici qui ressurgit à l'élection, malgré ses multiples procès en cours mais protégée par son statut de sénatrice, comme vice-présidente d'un ticket avec Alberto Fernandez.
Alberto, c'était un de leurs ministres (à Nestor et Cristina) il y a une dizaine d'année, il s'était barré pour incompatibilité d'humeurs et quelques insultes : les revoila ensemble ! Et tout le monde pense que la fée Carabosse (Cristina) va donner une mauvaise pomme, pas une de Chirac mais une bien farcie à l'arsenic, pour se débarrasser d'Alberto et continuer la fête toute seule.
Bon, tout ça pour dire que penser que Cristina Kirchner aurait quelque chose à voir avec ce qu'on appelle la gauche en Europe est une grosse blague, arrêtons avec cette idée saugrenue !
Et ce dimanche, les argentins vont donc choisir entre la peste et le cholera.
On est presque sûr que ce sera le cholera, et c'est bien triste, car beaucoup de gens pensent que les choses vont aller mieux.
Mais quel que soit le choix, lundi (ou plus tard car on pense que les banques et les maisons de change vont être fermées pour ralentir la folie) le peso va exploser de nouveau et ce sont encore les pauvres qui vont trinquer.
Heureusement, on s'en fout, il n'y a pas d'Amazonie en Argentine !
PS : la Guyane française, c'est quoi ça ?



Merci pour toutes ces informations de cet autre continent. Ta façon d'écrire est tjs aussi vivante et sympa d'où un grand plaisir de te lire.... bel antagonisme avec le contenu des récits 😂. Abrazo
RépondreSupprimerMince ! Je n'avais pas vu ton message !
SupprimerTout va bien pour toi ?
Et comme c'est le moment, j'en profite pour te souhaiter une superbe année 2020, l'année qui va bien !
Bise.
Oui ca va très bien merci, grosse saison de neige ici 😉. Mince pour votre galère moto, j'espère solution va vite arriver...heureusement que vous êtes bien parés en sagesse ! Pleins de bises et une année 2020 lumineuse
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