mardi 10 décembre 2019

Officiellement prisonniers !

Hola les amis !

C'est l'été, tout incite à la rêverie, des envies de bouger, de traverser la pampa pour rejoindre les Andes, de poignée en coin avec la moto...




Notre prochain engin, car bientôt on sera trop vieux pour faire les djeunes à deux roues!

... et pourtant je vais causer encore d'histoires politiques et économiques.
Sans doute vous allez me dire que peu vous chaut, occupés que vous êtes par vos points retraites.

Mais c'est ce que je vis en ce moment, alors allons-y !

Donc aujourd'hui, c'est la passation de pouvoir en Argentine, Macri se barre, arrive Alberto Fernandez.

Que Macri s'en aille est plutôt une bonne nouvelle : quatre ans de libéralisme pur et dur, avec le soutien des multinationales, des banques et des financiers (euh ! cela ne vous évoque rien ?), conjugué avec une certaine incompétence politique, ont laissé l'Argentine totalement exsangue.
La pauvreté est à plus de 40%, on voit de plus en plus de gens vivant dans les rues.
Le chômage a doublé.

L'inflation est parti aussi en flèche, sans doute à plus de 50% aujourd'hui, et ça c'est grave pour moi : la pinte d'IPA que je payais aux alentours de 50 pesos quand je suis arrivé à Buenos Aires en vaut plutôt 140 désormais, les temps sont durs dans les bars !


Le peso ne vaut plus que des cacahuètes à l'étranger : je changeais à 20 pesos pour un euro il y a deux ans, maintenant c'est presque 80, adieu les billets d'avion pour venir vous embrasser !

Les argentins ont donc logiquement viré Macri, en rêvant d'un futur un peu plus rose.

Et c'est Alberto qui a décroché la timbale.
J'ai vu que dans les médias français on le classait "centre-gauche".
Mouais !
C'est un ex-ministre des Kirchner, qui a démissionné pour pouvoir critiquer plus tranquillement pendant des années leur autoritarisme, leur mauvaise gouvernance et surtout leur corruption. Bref, un ennemi juré de Cristina Kirchner.

Mais voila, nous sommes en Argentine, et rien ne se passe comme ailleurs : Alberto a été élu président avec ... Cristina comme vice-présidente !

C'est que Alberto Fernandez et Cristina Fernandez de Kirchner, les Fernandez donc ou FF pour les initiés, sont avant tout génétiquement des péronistes (ça vient du nom du général Peron), et tous sont capables d'avaler n'importe quelle couleuvre et de dire le contraire de ce qu'ils défendaient avant, juste pour se maintenir au pouvoir.
Et cela leur a plutôt bien réussi, depuis 70 ans, hors dictatures, ils trustent le pouvoir. Parfois ils se disent de gauche, parfois de droite, parfois libéraux, peu importe, le péronisme gouverne !

Balkany et Sarko sont des amateurs de troisième division en terme de casseroles à côté de Cristina Kirchner : elle cumule une dizaine de procès pour divers délits, pour quelques centaines de millions, voire de milliards de dollars détournés, en criant toutefois bien fort au lawfare.

Elle voulait bien sûr être calife à la place du calife Alberto, mais ses poêles même pas Teflon et autres cocottes-minutes étaient un peu trop visibles : elle n'est donc que vice, mais quand même présidente du sénat. Double impunité, elle va être difficile à aller chercher !
Et comme par hasard, son fils, lui aussi en jugement pour les mêmes affaires, se retrouve député et chef du bloc kirchneriste, impunité donc !
Et comme par hasard, sa fille, elle aussi poursuivie, est atteinte d'une maladie que les hôpitaux argentins ne savent pas soigner, c'est étonnant, elle est donc en soin à ... Cuba !

Bref, l'équipe qui arrive au pouvoir a un certain passif.
Mais, même pas peur, ils annoncent une réforme de la justice !

Certes, Alberto clame qu'il est indépendant, et qu'il va mener une politique de gauche personnelle, et il est vrai aussi qu'il ne semble pas avoir d'affaires sur le dos.
Je lui laisse pour le moment le bénéfice du doute, mais je ... doute.

Déjà ce dimanche, il y avait un grand raout avec Fernandez et Macri à Lujan, qui est un lieu de pèlerinage catho avec une cathédrale dédiée à celle qui a fait un môme en restant vierge, pour une grande messe pour la paix et la patrie argentine 😒 !

Mais pour faire plus joli aujourd'hui, pour faire plus gauche pour l'investiture, il y a parmi les délégations des représentants du Venezuela et de Cuba, de bien belles démocraties...

Bref, un beau galimatias d'idéologies disparates, et en ce moment dans son discours il est en train de tout promettre (salaires, santé, logements, écologie, emplois, innovation, droits sociaux, et aussi tout le reste tant qu'à faire), et comme Cristina vient de le dire à l'instant au sénat : pour dieu, la patrie et le peuple !
Incroyable !


Il est probable que Alberto revienne aux fondamentaux du péronisme : protectionnisme avec des taxes énormes sur les importations, relance de la consommation avec l'aide du crédit (vive le plastique argentin dans l'océan atlantique !), branchement de la photocopieuse pour les billets et contrôle sévère du change.

Et c'est ce dernier point qui m'embête, de mon point de vue purement égoïste : Maria et moi sommes officiellement prisonniers en Argentine !
Au secours, prisonniers des Kirchner !!

En effet, notre "plan" et notre présence ici était de valider la retraite de Maria, et pour la suite, nous n'avions rien décidé : rester en Argentine, revenir en France, voyager, vivre dans un autre pays, tout nous semblait ouvert.
Mais voila, avec la politique économique qui s'annonce, jamais, strictement jamais Maria ne pourra toucher sa retraite à l'étranger, et même si elle y arrivait, elle ne vaudrait rien du tout !
Et comme la mienne vaut que dalle en France, nous voici partis pour durer en Argentine !

Bon, il y a  pire : le Venezuela sera dans une situation dramatique tant que personne n'éliminera Maduro, le Brésil est sur une vraiment mauvaise pente avec un fou furieux au pouvoir, le Chili n'est pas prêt de sortir de la crise et des relents de dictature, le Pérou s'enfonce de plus en plus, la Bolivie a viré Evo mais sans plan de secours, l'Equateur semble s'être apaisé mais rien n'a été réglé, la Colombie gigote en attendant une probable explosion, mais qu'est-ce qu'on fout en Amérique du Sud ?



Ce n'est pas grave, nous voici a la mi-décembre : les zorzales chantent comme des fous dans les arbres, il fait un bon 36°, les potes sont toujours parfaits pour les asados


Maria est presqu'en vacances, la moto est prête pour un nouveau viron vers le noroeste, ben oui, cela nous a tellement plus l'année dernière que nous y retournons cette année !

Je vous embrasse pour dieu, la pat tous !




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