mardi 31 décembre 2019

Les argentins sont des gens formidables !

 Nous sommes donc partis le lundi 23, le cœur léger et la moto bien chargée, en route vers de nouvelles aventures motardes !




L'idée, comme à chaque fois, est de tracer au maximum le premier jour sur 7 ou 800 km, pour mettre Buenos Aires loin derrière, d'effacer le plus possible  de cette putain de pampa, et rejoindre par exemple Mar Chiquita, au bord d'une grande laguna au nord-est de Cordoba, le temps d'un Noël peinard, avant d'aller de nouveau papillonner du côté de la frontière bolivienne, là où les montagnes des Andes sont si belles !



Passé Rosario, nous commençons enfin à enquiller les petites routes provinciales avec moins de trafic, pour tranquillement bader les vaches de l'Argentine profonde. Il est 16 h, tout baigne, on commence à rêver de coucher de soleil sur l'immense mer intérieure...

Mais un voyage ne serait qu'un vulgaire déplacement d'un point à un autre s'il n'y avait pas de temps à autre un peu d'imprévu !

Soudain, un affreux bruit de casserole à l'arrière de la moto...

Après avoir laisser froufrouter quelques anges de passage, après avoir repris un peu notre souffle, une rapide inspection de notre monture nous laisse penser que le cardan vient de lâcher !
Putain, notre moto est une Honda, le cardan est conçu pour ne JAMAIS lâcher, la réputation de cet objet est qu'il ne se rompt JAMAIS, merde !

Voila, nous sommes au bord d'une route un tantinet déserte, évidemment nous n'avons pas de signal sur nos téléphones, et ... et nous n'avons aucune idée de la manière dont nous pouvons réagir.
Notre grand voyage d'été aura donc duré 7 heures pour 500 km, un petit coup de marteau s'abat sur nos crânes délestés des casques !

Mais nous sommes en Argentine : s'approche un brave homme sur une petite moto, Oscar de son prénom, il a du réseau, et se met de suite en quête de solutions pour aborder l'immédiat.
Oui, oui, derrière ces arbres, il y a un petit village, bon bien sûr sans hôtel (ni concessionnaire Honda !) mais avec quelques ressources tout de même.

Nous venons de débarquer en fait à Landeta, un bled de rien du tout perdu au milieu de l'immense désert pampaesque.

Oscar nous dégotte rapidement un hébergement, et s'enquiert même d'un mécano moto !

En attendant le mécano, Maria semble tout de même un peu abattue,
tandis que Daniel savoure déjà l'histoire qu'il aura à conter pour la fin de l'année !
Le mécano finira par arriver dans une camionnette antédiluvienne, vitrine de ses connaissances pour maintenir en état de marche n'importe quel tas de ferraille. Il nous confirme nos craintes, le cardan est hors d'usage. De suite il cherche une clef de 27 pour démonter la roue arrière, mais je l'arrête aussitôt, il ne faut pas rêver, jamais nous ne trouverons ici les pièces pour réparer.

Nous rejoignons donc notre hébergement, une simple chambre derrière "una rotiseria", en poussant la moto sur un petit kilomètre avec l'aide de Daniel, dit "el pichi", qui s'avérera un sympathique compagnon malgré les quelques brumes d'alcool perceptibles dans son élocution !

ça va déjà mieux !
Nos hôtes auront été des gens formidables, avec un cœur gros comme ça !
Bien vite la nouvelle de notre étape impromptue s'est répandue dans Landeta, et on nous envoie chez untel qui a un minibus dont il peut enlever les sièges, chez un jeune qui a une remorque pour moto, et peut-être que le neveu de machin pourrait, etc, etc.

C'est d'ailleurs principalement ce que je retiendrai de cette petite aventure : les argentins font preuve d'une belle solidarité, d'une très belle solidarité.
Bien sûr, cela existe encore aussi au sein des campagnes françaises, mais ici je le ressens beaucoup plus fort, plus évident, plus naturel.

J'imagine que l'histoire de ce peuple, ancienne et récente, si dure, si difficile, avec ses crises économiques, les dictatures, la pauvreté qui n'est jamais très loin, et les nombreuses vagues d'immigration, a contribué à forger cette capacité à aller vers l'autre.
D'autres, dans d'autres pays, aurait peut-être accumulé de la rancœur, pour un repli sur soi ou son cercle de proches, mais pour beaucoup d'argentins, non.
Ici, il est inconcevable de laisser quelqu'un au bord de la route. Un voisin, un passant, un voyageur, peu importe qui il est, riche ou pauvre, peu importe ce qu'il pense, on l'aide, point.

Merci aux argentins pour cela !

Mais il a fallu nous rendre à l'évidence : avec Noël, nous n'aurons pas de vraiment bonnes solutions pour ramener la moto vers un atelier digne de ce nom avant deux ou trois jours, et le 24 nous décidons de retourner avec l'unique bus de la journée vers Rosario, pour pouvoir utiliser nos téléphones et fouiller sur internet, en profitant de la générosité de nos hôtes qui veilleront sur la moto en attendant notre retour.

Et c'est ainsi que nous débarquons dans un sympathique hôtel pour routards et autres voyageurs, quasi désert, Noël oblige.
C'est avec un super plat de nouilles, amoureusement concocté dans la cuisine commune, et accompagné d'une putain de bière bien industrielle que nous attendons cet enfoiré de salaud de Père Noël, qui vraiment aura été une ordure avec nous cette année !

Rosario est une grosse ville au bord du fleuve Parana


quelques gratte-ciels ou plages populaires sur la costanera, des plages plus tranquilles sur l'ile en face.
Nous marchons toute la journée du 25 dans des rues littéralement, absolument désertes, pour découvrir quelques édifices art déco ou art nouveau.


Curieuse la statue sur le toit du fond !

Cela frôle parfois l'art nazi !
Mais rien de totalement excitant non plus, tant les argentins ont déployé des trésors d'imagination pour détruire leur propre patrimoine architectural. Il y a même une avenue dans le centre, un peu similaire au Prado de Marseille, où sont exposées des photos montrant les belles demeures de la fin du 19ème ou début 20ème, à l'endroit où se trouvent désormais des... on ne sait pas trop quoi !

Un chouïa schizo...
Nous avons fini par trouver la solution à notre problème, après de multiples coups de fils et autres messages sur Facebook.
A ce propos, nous avons appris qu'un motard s'était déplacé jusqu'à notre hospedaje à Landeta le 24, pour nous inviter dans sa famille pour le réveillon et nous héberger chez lui, mais nous venions juste de partir en bus.
Quand je vous dis qu'il existe une vraie solidarité dans ce pays !

Et c'est un ex-champion d'Argentine de moto-cross, un gars adorable, qui nous a fait l'honneur de ramener la moto chez un concessionnaire à Rosario, après quelques embrassades avec nos nouveaux amis de Landeta, notre hôtesse étant même au bord des larmes devant tant d'émotions !

La moto reste donc à Rosario le temps de résoudre le problème des pièces, ce qui n'est pas évident vu que ce modèle n'a jamais été importé ici et que les pièces sont donc fort rares.

Nous sommes revenus à Buenos Aires ce week-end : gros orages sur la ville, on tourne un peu en rond dans l'appart, en matant des séries pour tromper l'attente.
Tiens d'ailleurs, si vous avez du temps à perdre, ne manquer pas la série Pose, une bonne histoire, certes parfois un peu à l'eau de rose, d'entraide dans la communauté gay, drag-queen et transexuelle à l'époque du voguing à New York et du pic d'épidémie du sida, avec de bons acteurs, des costumes incroyables et une jolie bande-son.

Comme quoi, la solidarité existe partout.

C'est donc une belle année 2020 solidaire que je vous espère !!

Et puis ce soir, on va aller lever un peu le coude dans le centre pour fêter tout ça.

Je vous embrasse tous !








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