Passé Rosario, nous commençons enfin à enquiller les petites routes provinciales avec moins de trafic, pour tranquillement bader les vaches de l'Argentine profonde. Il est 16 h, tout baigne, on commence à rêver de coucher de soleil sur l'immense mer intérieure...
Mais un voyage ne serait qu'un vulgaire déplacement d'un point à un autre s'il n'y avait pas de temps à autre un peu d'imprévu !
Soudain, un affreux bruit de casserole à l'arrière de la moto...
Après avoir laisser froufrouter quelques anges de passage, après avoir repris un peu notre souffle, une rapide inspection de notre monture nous laisse penser que le cardan vient de lâcher !
Putain, notre moto est une Honda, le cardan est conçu pour ne JAMAIS lâcher, la réputation de cet objet est qu'il ne se rompt JAMAIS, merde !
Voila, nous sommes au bord d'une route un tantinet déserte, évidemment nous n'avons pas de signal sur nos téléphones, et ... et nous n'avons aucune idée de la manière dont nous pouvons réagir.
Notre grand voyage d'été aura donc duré 7 heures pour 500 km, un petit coup de marteau s'abat sur nos crânes délestés des casques !
Mais nous sommes en Argentine : s'approche un brave homme sur une petite moto, Oscar de son prénom, il a du réseau, et se met de suite en quête de solutions pour aborder l'immédiat.
Oui, oui, derrière ces arbres, il y a un petit village, bon bien sûr sans hôtel (ni concessionnaire Honda !) mais avec quelques ressources tout de même.
Nous venons de débarquer en fait à Landeta, un bled de rien du tout perdu au milieu de l'immense désert pampaesque.
Oscar nous dégotte rapidement un hébergement, et s'enquiert même d'un mécano moto !
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| En attendant le mécano, Maria semble tout de même un peu abattue, tandis que Daniel savoure déjà l'histoire qu'il aura à conter pour la fin de l'année ! |
Nous rejoignons donc notre hébergement, une simple chambre derrière "una rotiseria", en poussant la moto sur un petit kilomètre avec l'aide de Daniel, dit "el pichi", qui s'avérera un sympathique compagnon malgré les quelques brumes d'alcool perceptibles dans son élocution !
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| ça va déjà mieux ! |
Bien vite la nouvelle de notre étape impromptue s'est répandue dans Landeta, et on nous envoie chez untel qui a un minibus dont il peut enlever les sièges, chez un jeune qui a une remorque pour moto, et peut-être que le neveu de machin pourrait, etc, etc.
C'est d'ailleurs principalement ce que je retiendrai de cette petite aventure : les argentins font preuve d'une belle solidarité, d'une très belle solidarité.
Bien sûr, cela existe encore aussi au sein des campagnes françaises, mais ici je le ressens beaucoup plus fort, plus évident, plus naturel.
J'imagine que l'histoire de ce peuple, ancienne et récente, si dure, si difficile, avec ses crises économiques, les dictatures, la pauvreté qui n'est jamais très loin, et les nombreuses vagues d'immigration, a contribué à forger cette capacité à aller vers l'autre.
D'autres, dans d'autres pays, aurait peut-être accumulé de la rancœur, pour un repli sur soi ou son cercle de proches, mais pour beaucoup d'argentins, non.
Ici, il est inconcevable de laisser quelqu'un au bord de la route. Un voisin, un passant, un voyageur, peu importe qui il est, riche ou pauvre, peu importe ce qu'il pense, on l'aide, point.
Merci aux argentins pour cela !
Mais il a fallu nous rendre à l'évidence : avec Noël, nous n'aurons pas de vraiment bonnes solutions pour ramener la moto vers un atelier digne de ce nom avant deux ou trois jours, et le 24 nous décidons de retourner avec l'unique bus de la journée vers Rosario, pour pouvoir utiliser nos téléphones et fouiller sur internet, en profitant de la générosité de nos hôtes qui veilleront sur la moto en attendant notre retour.
Et c'est ainsi que nous débarquons dans un sympathique hôtel pour routards et autres voyageurs, quasi désert, Noël oblige.
C'est avec un super plat de nouilles, amoureusement concocté dans la cuisine commune, et accompagné d'une putain de bière bien industrielle que nous attendons cet enfoiré de salaud de Père Noël, qui vraiment aura été une ordure avec nous cette année !
Rosario est une grosse ville au bord du fleuve Parana
quelques gratte-ciels ou plages populaires sur la costanera, des plages plus tranquilles sur l'ile en face.
Nous marchons toute la journée du 25 dans des rues littéralement, absolument désertes, pour découvrir quelques édifices art déco ou art nouveau.
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| Curieuse la statue sur le toit du fond ! |
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| Cela frôle parfois l'art nazi ! |
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| Un chouïa schizo... |
A ce propos, nous avons appris qu'un motard s'était déplacé jusqu'à notre hospedaje à Landeta le 24, pour nous inviter dans sa famille pour le réveillon et nous héberger chez lui, mais nous venions juste de partir en bus.
Quand je vous dis qu'il existe une vraie solidarité dans ce pays !
Et c'est un ex-champion d'Argentine de moto-cross, un gars adorable, qui nous a fait l'honneur de ramener la moto chez un concessionnaire à Rosario, après quelques embrassades avec nos nouveaux amis de Landeta, notre hôtesse étant même au bord des larmes devant tant d'émotions !
La moto reste donc à Rosario le temps de résoudre le problème des pièces, ce qui n'est pas évident vu que ce modèle n'a jamais été importé ici et que les pièces sont donc fort rares.
Nous sommes revenus à Buenos Aires ce week-end : gros orages sur la ville, on tourne un peu en rond dans l'appart, en matant des séries pour tromper l'attente.
Tiens d'ailleurs, si vous avez du temps à perdre, ne manquer pas la série Pose, une bonne histoire, certes parfois un peu à l'eau de rose, d'entraide dans la communauté gay, drag-queen et transexuelle à l'époque du voguing à New York et du pic d'épidémie du sida, avec de bons acteurs, des costumes incroyables et une jolie bande-son.
Comme quoi, la solidarité existe partout.
C'est donc une belle année 2020 solidaire que je vous espère !!
Et puis ce soir, on va aller lever un peu le coude dans le centre pour fêter tout ça.
Je vous embrasse tous !






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