mardi 4 février 2020

La ruée vers l'or...


Je ne sais plus très bien quel jour, mais c'était durant la première semaine, ça c'est sûr, dieu, dans sa très grande sagesse et suivant mot à mot chaque ligne du gros bouquin, créa la terre, c'était avant le verbe ou après, je ne me rappelle plus, ou plutôt je ne l'ai jamais su, et dans un coin en dessous, tout en bas à gauche, il planta l'Argentine, bien coincée au milieu de beaucoup d'océans.
Cela lui fit un peu honte tout de même, un endroit si à l'écart de tout, et du coup, pour rattraper l'affaire, il y mit de sublimes et hautes montagnes, des forêts, des glaciers, des déserts, de la pampa avec de l'herbe bien grasse, des volcans, et beaucoup de belles choses qui donne du plaisir juste en les regardant, et puis aller zou pourquoi pas du pétrole, et du lithium, et de l'or, et d'autres trucs dans le genre pour le cas où, et tant qu'à faire et à bosser dur, il y mit plein de bestioles de toutes les espèces aussi.
Pierre, qui n'avait rien d'autre à faire que glander à l'entrée du paradis parce que personne n'était encore totalement mort, vint jeter un oeil sur ce que trafiquait dieu, histoire de tromper l'attente.
Réellement surpris de découvrir tant de belles choses concentrées sur seulement un bout de terre qu'on voyait à peine, en dessous en plus, il se permit un commentaire :
- ben quand même, dieu, là tu déconnes un peu, mettre toutes ces merveilles au même endroit, c'est bizarre, plein de régions, autour et plus loin aussi, ne vont rien avoir, c'est même injuste, tiens c'est ça, c'est injuste pour la suite.
Et dieu de répondre :
- t'inquiètes, j'ai pas encore mis les argentins...

Dieu ne s'est pas gouré, les argentins ont mis un tel bordel dans la zone que le pays est devenu ingouvernable, si tant est que quelqu'un ait réellement souhaité le gouverner un jour, que les crises y sont permanentes, que beaucoup y sont très pauvres, que la majorité ne fait rien qu'à regarder le foot pendant que tout s'écroule autour, et que peu de choses fonctionnent correctement alors que ce devrait être la même chose que le paradis du gars Pierre.

Pourtant, beaucoup d'argentins croient en dieu, ils devraient peut-être faire l'effort de se rendre compte du cadeau qu'ils ont eu au départ, et éviter de trop le gâcher.

Il faut cependant dire qu'ils croient aussi en plein d'autres personnages, ce sont quasi des animistes.

Le Gauchito Gil par exemple, celui qui empêche les bagnoles avec des pneus lisses et des conducteurs bourrés au Fernet-Coca de rentrer dans les arbres : les argentins lui dédient donc de petits autels un peu partout au bord des routes pour venir y partager un bon kil de rouge et quelques bières avec les potes pour que justement les bagnoles ne rentrent pas dans les arbres, qui curieusement poussent plus facilement dans les virages que dans les lignes droites.


 

Les argentins voient de même des vierges un peu partout, sur toutes les routes, celle de Lujan d'ailleurs peut se rencontrer dans tout le pays, une femme qui non contente d'être mère, sans avoir officiellement trompé qui que ce soit tout en vivant avec un charpentier qui n'était pas le père du gamin, bref une histoire où on ne comprend rien, s'amuse en plus à apparaitre dans les endroits les plus inattendus, comme le pied des arbres et les virages.

Ils croient aussi en la Difunta Correa, une autre femme, moins rigolote que la vierge, pourtant avec un môme aussi, mais moins connu que l'autre, qui s'était tellement perdue dans le désert que dieu avait justement mis dans le coin par malice qu'elle finit par y mourir de soif, alors que le bébé non.
Dans leur grande bonté d'âme, devant le sacrifice de la mère pour son bébé, encore que je ne comprends pas très bien comment une mère qui meure de soif puisse sauver son bébé, les argentins lui offrent donc des bouteilles d'eau, et puis aussi du coca-cola yankee, ou du pepsi pour ceux plus progressistes et même du Fanta, là où ils pensent qu'elle va finir par peut-être réapparaitre pour les aider à ne pas trop rentrer dans les arbres quand ils sont bourrés. Au fait, le bébé, on ne sait pas ce qu'il est devenu...



Bon, c'est une forme de tri du plastique en fait, ça évite de le disséminer.

Les argentins croient en San Expedito, un saint tellement efficace pour bien passer les virages entre les arbres même bourrés complet qu'il t'expédie direct dans la ligne droite suivante, ils croient que Eva Peron, la femme de son mari, sera un jour sanctifiée par le pape, tiens ça tombe bien il est argentin, grâce à l'intercession de la CGT (si si !)


ils croient en Maradona alors que nous on a déjà M'bappé, ils croient en plein de trucs qu'à la fin je pense qu'ils mélangent tout, et que donc c'est le bordel dans le pays.

Avec tout ça, ou en même temps, d'autres argentins pensent que si le pays va si mal, c'est la faute aux français qui n'ont pourtant fait que seulement essayer de tout piquer, la faute aux anglais, la preuve ils ont piqués les Malouines juste pour les appeler les Falkland, ils sont taquins les anglais, alors qu'on sait tous que ce sont Las Malvinas, la faute aux espagnols qui eux ont vraiment tout piqué :
- oui mais tout ça c'était avant, c'est vieux !
- oui mais à la fin les argentins malgré tous leurs efforts se sont fait empapaoutés par les grands méchants yankees !

Bref c'est la faute des autres.

Et bien, malgré tout ça, je commence à vraiment les aimer, les argentins !

D'ailleurs, nous venons de faire de belles rencontres tout au long de notre balade vers le nord-ouest argentin ces trois dernières semaines.

Je sais qu'il y en a quelques uns qui suivent, et donc ils savent que nous avons fait un faux départ en moto. Comme le pays va mal à cause des autres, les pièces de notre moto sont introuvables ici, mais comme les argentins sont des gens que j'aime bien, ils fabriquent les pièces, mais il faut attendre, jusqu'en mars désormais !

Nous avons donc loué un engin avec quatre roues et autant de sièges pour aller à la rencontre de ceux que j'aime bien désormais, et rouler jusqu'à Tilcara, parce que c'est là désormais que traine le fils ainé de Maria, Rodrigo, et que nous avons envie d'aller le voir un peu.
Cela tombe bien, c'est une région que nous adorons !


Il y en a aussi dans la capitale, des argentins, mais l'environnement urbain et l'ambiance font que finalement on échange moins.

Tiens par exemple sur la route vers le noroeste, je vous passe les kilomètres dans le vide de la pampa, nous nous sommes arrêtés à Miramar, au bord de la Mar Chiquita.
Mar Chiquita, la petite mer, est une blague en fait, elle couvre environ 9000 km² !





Devant un coucher de soleil idéal, un jeune gars, looké bien rasta, aidé d'amis et de sa mère, préparait des sandwichs au lomito juste parfaits, avec la petite sauce qui va bien, la musique aussi, la gentillesse en plus, tout en expliquant le pourquoi du comment de cette mer intérieure.


Trois rivières aboutissent dans cette légère dépression (5 m de profondeur, pas plus) et il n'y a pas assez de relief, nous sommes dans la pampa, pour que l'eau s'évacue. Donc, en fonction des saisons, des précipitations, le niveau varie, et notre hôte nous a conté les inondations du quartier, l'entraide entre les habitants, la pêche ... en mer, et toutes les particularités du lieu.

Bon, rien n'est parfait dans un monde rationnel : un sac plastique transparent rempli d'eau était suspendu pour éloigner les mouches, ben oui, elles voient leur reflets et s'effraient toutes seules tant elles sont moches. Le pire, c'est que ça marche, pas une seule mouche le temps du repas !


Nous sommes aussi allés à la rencontre ... de l'histoire de Maria, à Atamisqui.



Là, pour le coup, ce n'est pas un coin favorisé par le créateur : zone aride, chaleur dense, rien à attendre de la nature. C'est dans ce bled de trois maisons qu'est née la grand-mère de Maria.

Trois maisons comme ça, au milieu de la pampa aride,
un bon endroit pour se suicider
Elle y a passé sa jeunesse avant de fuir par le premier train, à l'époque, vers la fin des années 20, il fonctionnait encore, pour la banlieue de Buenos Aires et y faire femme de ménage.
Un peu de tristesse nous a pris aux tripes...

Nous avons fait un peu de zigs et de zags par la sierra de Ancasti à côté de San Fernando del Valle Catamarca (on peut dire Catamarca !), un coin qu'on avait beaucoup apprécié l'année dernière.
Déjà, il y a beaucoup de palos borrachos, en fleur en plus. On pourrait traduire par "arbres saouls", en raison de leur tronc avec une vague forme de bouteille, qu'il ne vaut mieux pas rencontrer en sortie de virage avec des pneus lisses !


A Ancasti, c'est la fête au village, une dame nous accueille avec son petit stand de gourmandises, putain qu'elles sont bonnes les empanadas !



Des gamins s'approchent, l'un d'eux connait deux mots de français, on passe un bon moment à raconter des bêtises, pensez donc, je suis peut-être le seul français à m'être arrêté ici durant ce 21ème siècle, oui la tour Eiffel fait bien vingt fois la hauteur de cet arbre et ce genre de conversation, un petit bonheur, je les aime bien les gamins argentins !

Au dessus d'Ancasti
La suite est connue, vous n'avez qu'à relire les pages du blog de l'été dernier !

Nous n'avons pas pu résisté à l'idée de repasser par le Portezuelo au dessus de Catamarca



Nous avons dormi à Amaicha, où une gente dame, propriétaire d'un petit hospedaje, nous a expliqué les difficultés de la communauté, attirée par les retombées financières du tourisme tout en restant désireuse de préserver l'essence de la région, un problème difficile à résoudre, quand on voit par exemple comment ce même tourisme a totalement bousillé le Tafi del Valle voisin.

Nous avons traversé pour la x ème fois la quebrada de Las Conchas, au nord de Cafayate, et qui donne à chaque fois l'impression qu'elle se renouvelle, qu'elle reste à découvrir et redécouvrir,


le temps aussi de prendre en stop un gars bien allumé, vivant seul dans une petite maison d'adobe tout près du rio,


convaincu que les années 2020 serait celle de la fraternité pour l'humanité, depuis que les incendies en Australie avaient rapproché les hommes dans l'entraide, que Macri était parti, que l'alignement des planètes Pluton et Mars était impeccable et ce genre de choses. Bon, sa femme s'était barrée avec son gosse à Buenos Aires, tu m'étonnes !
Je les aime bien, ces argentins fêlés du ciboulot qui changent le monde en méditant au fond des quebradas !

Nous avons fini par arriver à Tilcara, au beau milieu de la quebrada de Humahuaca.


Notre perception des choses est parfois curieuse : l'année dernière, nous avions fui le village après une demie heure, trop d'agitation touristique, cette année nous y sommes certes pour embrasser le fils de Maria, mais aussi avec l'idée de sentir un peu mieux l'ambiance parce qu'on a carrément envie de vivre dans le coin, il ne faut surtout pas chercher à comprendre !
Rodrigo n'y sera certainement plus d'ici qu'on décide d'y venir, ce n'est donc pas la motivation (surtout pas !), mais la région a énormément d'atouts pour nous : pas de grosses villes, une immense variétés de paysages, depuis les zones arides en altitude jusqu'à celles subtropicales des yungas, et une certaine tranquillité. Je vous raconterai peut-être une autre fois nos projets sur ce thème.

Rodrigo bosse pour le moment dans un hospedaje de "djeunes", avec un "camping" adjacent et une cerveceria (ça, c'est bien !) : ils se lèvent à midi, trainent un peu dans la journée et refont la fête la nuit, la musique à donf. On a tous été jeunes, on connait, rien à redire !
Nous, les vieux, sommes un peu décalés, mais finalement tout s'est super bien passé, parce les jeunes en question étaient adorables, respectueux et sympathiques.

Durant notre petite semaine là-haut, nous nous sommes offert de jolies balades.

On a d'abord craqué pour une excursion en 4x4 : ce n'est pas trop notre truc, mais nous stressions un peu d'engager notre petite berline de location sur du ripio caillouteux ... où justement les 4x4 passent à fond !
Le but de la balade était le Hornocal, le nouveau haut lieu touristique du coin :


C'est vrai que ça a de la gueule, mais c'est aussi un peu frustrant.
C'est comme un joli tableau vu de loin (le massif à proprement parler est interdit aux touristes), il caille car on est à plus de 4300m, et tu craches tes poumons.

Plus sympa fut la journée dans la quebrada de la señoritas, un peu de marche à pied à 3000 m, c'est plus facile !






La cuesta de Lipan, si excitante en moto, reste sympa en bagnole pour accéder à Salinas Grandes.




guanacos sur la puna
 
Il a bien fallu que nous commencions à penser au chemin du retour.
Mais comme nous ne faisons vraiment rien en ligne droite, il nous a pris d'aller voir à l'est de l'autre côté de la sierra : surprise, tout est vert, très vert, à seulement 80 km à vol d'oiseau de Tilcara.
Un petit village sympa, Calilegua, à l'entrée du parc national du même nom, et un joli viron d'une centaine de kilomètres à travers les yungas sur une piste quasi déserte de véhicules, rien que du bonheur...



Et tant qu'à faire, nous n'avons pas résister à repassé par la quebrada del toro, parce qu'elle est magnifique et que les "supermarchés" y sont plus tranquilles que les Carrefour de Buenos Aires,


Comme une vignette de Lucky Luke
mais cette fois-ci, nous avons poussé jusqu'à San Antonio de Los Cobres : village de la puna un peu tristounet, organisé à la fois autour d'activités minières et d'autres touristiques, connu notamment pour le "train des nuages". Nous en avons fait l'impasse, d'abord il était fermé ce jour là (!), et à 40 dollars par personne l'aller-retour sur 18 km, ça calme !

Gaffe aux lamas
En sortant de San Antonio, nous avons pris une femme qui faisait du stop pour redescendre pas loin de Salta dans la vallée, 130 km plus bas : elle allait faire ses courses, tout étant trop cher dans les toutes petites épiceries du village. Elle vivait en vendant des tortillas et empanadas aux touristes du train des nuages, et aux ouvriers des mines.
Vie difficile !
Mais comme elle le disait, elle avait auparavant tenté de bosser à Tolar Grande, en lavant les fringues des ouvriers des mines environnantes : salaire de misère pour 10 heures de boulot par jour, dans un isolement total (seulement 150 habitants permanents) à 200 km de là. Elle avait vite craqué.
Vie très difficile !


Dans le genre surtout pas de lignes droites pour retourner jusqu'à Buenos Aires, nous avons fait une petit crochet de 5 à 600 km jusqu'au parc provincial del Valle Fertil, dans la province de San Juan.
A la sortie du village de San Agustin, une piste traverse la sierra del Valle Fertil pour rejoindre le rio Desaguadero, un lieu hors de tout, hors du temps, vraiment précieux.
Nous n'en avons parcouru que la moitié, mais je suis sûr que nous reviendrons terminer la balade... à moto !



Enfin, ultime cadeau, une dernière étape plaisir. Dans la sierra de San Luis, se trouve un tout petit village de 250 habitants, fondé à la fin du 18ème.
Je vais vous dire son secret, mais ne l'ébruitez pas trop, car cela pourrait déclencher ... rien moins qu'une ruée vers l'or !
La Carolina a en effet été construite autour d'une mine d'or, aujourd'hui désaffectée, mais dans les petits rios du village, il y a encore moyen, pour les connaisseurs et les patients, de trouver des paillettes.


Le restau de l'hospedaje, avec un hôte ultra sympa, était très calme:

Parents : surveillez vos enfants, s'ils ne sont pas sages
ils seront vendus comme esclaves aux mineurs
Pircas (murets) préincaïques : 5 à 6 siècles tout de même !

Elle est jolie notre chambre ... et Maria aussi !
C'est très paisible, j'adore !
Que voila une cerveceria qu'elle est bien !
Bon, il y a tant et tant d'autres endroits que j'aurais pu vous montrer, rien qu'au cours de ce petit voyage, j'ai un peu simplifié, pour ne pas vous submerger.
L'Argentine est décidément un pays sublime, un lieu gâté par les dieux ("les", pour simplifier !).
Mais une fois de plus, on a encore fait 5 à 6000 km en à peine vingt jours, on devient facilement de grands drogués aux paysages.

Nous allons donc attendre la réparation de la moto et ... repartir !

Je vous embrasse tous !








2 commentaires:

  1. Waouh c'est magnifique. Merci pour le partage de ces beaux paysages. Cest réjouissant de vous savoir heureux, profitant merveilleusement bien de ce beau pays. Vous avez bien rebondi de la galère moto bravo ! Une fois de plus régalade de te lire 👍😉. Des bises à vous deux. Vaness

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  2. Merci pour ce mess. J'espère que tout va bien pour toi ! Bises

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