Il pleut, ben oui, c'est la saison des pluies, alors zou, au locutorio internet !
Je suis donc parti de Huarmey avec la ferme intention de dévorer des kilomètres. Drôle d'idée, alors que j'ai tout mon temps !
Mais il y a bien longtemps que je n'ai pas vraiment avalé du bitume, trois ans peut-être, en moto du moins, j'adore ça et ça me manque. C'est difficile de justifier cette envie auprès de quelqu'un qui n'a jamais fait de moto, ça paraît débile, alors que pour moi c'est comme une danse avec la route. J'ai aussi envie de tester un peu les limites de la chichi.
La Panaméricaine est une route mythique pour beaucoup. Pendant quelques heures, se retrouver là est effectivement enchanteur. Les paysages sont vraiment peu courants pour un européen, le désert montre de multiples facettes et couleurs, et les kilomètres s'enquillent très vite.
| Des milliers d'hectares de canne à sucre en plein désert, bonjour le système d'irrigation ! |
Mais la monotonie finit par s'installer. Le plaisir de la moto est en partie lié au nombre de virages rencontrés, à la recherche de la bonne trajectoire et aux variations de rythmes. Ici, rien de tout ça, sur des milliers de kilomètres, il n'y a que des lignes droites, seulement interrompues de temps à autres par des péages (cool, c'est gratos pour les deux-roues) ou de petites villes. Mais quelles villes ! Les abords ne sont qu'odeurs de poubelles, puisque tout est jeté dans le désert. Les maisons, jamais finies, en briques ou adobe, sont tristes, poussièreuses (il ne pleut jamais) et purement fonctionnelles pour la plupart, les pauvres ayant d'autres préoccupations que l'esthétique, ou alors on traverse des bidonvilles tout de plastique ou de tôle. Bref, la Panam lasse vite.
Et puis, j'ai effectivement trouvé les limites de la bécane. Sur ce genre de routes, quelques km/h en plus ne gêneraient pas au delà de ses 125 km/h de vitesse de croisière. Et surtout, la selle est très, très dure, et aligner tant de kilomètres finit par détruire le fondement. À la première occase, je fais fabriquer une assise plus confortable.
J'ai tout de même atteint, le cul bien tanné, Chiclayo, où j'ai passé une agréable nuit dans cette ville plutôt jolie et sympa.
J'ai donc décidé jeudi, au lieu de filer tout droit vers l'Équateur, d'y aller par le chemin des écoliers. Heureuse initiative !
Les vallées transversales sont encadrées de montagnes extrêmement arides, où ne poussent que quelques rares cactus. Dès qu'on s'élève au dessus de la grisaille côtière, il fait très chaud. Par contre, le fond des vallées, où s'écoule l'eau en provenance des Andes, est cultivé et apparemment très fertile.
Ça fait du bien de retrouver de l'eau bleue, du vert et du vent !
| Des rizières |
| Des vaches dans un champ d'artichauds ... au Pérou ! |
Lors d'un arrêt, j'ai fait la sympathique rencontre d'un motard canadien, sur les routes depuis neuf mois au guidon d'une six et demie. On a tracé de concert jusqu'à Cajamarca, tout le long d'un col tout en virages et épingles, et la chichi m'a agréablement surpris. Elle suivait sans problème, plus légère et agile dans les courbes, avec des reprises fort honorables. Décidément, je crois que j'ai fait un choix raisonnable.
Voilà, je suis donc à Cajamarca depuis deux jours, et j'y suis bien. Le centre est d'époque coloniale, je suis dans un hôtel calme donnant pourtant juste sur la place centrale.
Il y a plein de balades à faire autour. Hier, justement, j'ai été trainer sur des pistes à 4000 m, que du plaisir, et la chichi n'a presque pas ratatouillé en raison de l'altitude, ce qui était une de mes inquiétudes.
Même à moi mon nouveau déguisement fait peur. Mais j'ai bouffé tellement de poussière hier sur les pistes derrière les camions...
Bon,demain, direction Chachapoyas, j'espère juste que la pluie ne va pas trop me gêner...Ah, et les chiens aussi, une vraie calamité ceux là !
Ils attaquent sans prévenir, seuls ou en bande, il y en a de partout, du moins sur les petites routes car sur les grandes les plus agressifs ont déjà été transformés en hamburgers, et certains ont vraiment une sale gueule. Ce qui est bête, pour quelqu'un comme moi qui suggère l'extermination des ... propriétaires de clébards ayant mal tourné, est que malheureusement ces bestioles sont à moitié sauvages. Il faudrait pratiquer comme en Roumanie, où se font des campagnes de décaninisation régulières. En attendant, je me fais quelques frayeurs. Quand je pense à ceux qui font la route en vélo ! (j'en ai croisé quatre, des malades !).
Lundi 10
Ah la la ! Quelle journée hier !
J'avais donc prévu de rejoindre Chachapoyas, un coin paumé au nord-est des Andes péruviennes, 300 kilomètres environ sur la carte, les doigts dans le nez me suis je dit au départ vers neuf heures.
Sur la distance, seuls soixante dix kilomètres étaient bitumés, le reste étant de la piste plutôt bonne, mais parfois boueuse, souvent poussièreuse, parfois un peu de sable, ou des nids de poule ou de la caillasse, quelques petits gués, des averses, du brouillard, de la chaleur, bref un vrai itinéraire à chichi.
Quant aux paysages je n'en suis pas encore revenu !
Trois cols à franchir pas très imposants en altitude puisque le plus haut culminait à 3700 m. Mais pour chaque un tracé incroyable sur des flancs de montagnes très raides. Pour le deuxième, une descente de 40 km depuis une campagne verdoyante jusqu'à un fond de vallée aride, qui m'a fait penser au nord du Mexique et où j'ai crevé de chaud. S'enchainait immédiatement une longue, très longue montée, goudronnée dans sa première partie mais très très étroite, où je ne pouvais croiser d'autres véhicules sans anticiper en trouvant un coin où je pouvais me garer. Je n'y ai vraiment pas fait le malin, le vertige me prenait dès que je regardais plus bas, et je n'arrivais pas à rouler côté ravin. A mon avis ce n'était pas loin par endroits de la "route de la mort" en Bolivie. Le tout m'a emmené dans les nuages, avec une visibilité quasi nulle et je n'ai vu deux camions descendants qu'à la dernière seconde !
La chichi a pris cher...
En ressortant du brouillard, j'ai enchainé par de la boue pas très épaisse mais franchement glissante. Bientôt dix huit heures, et je ne voyais toujours pas le bout de cette étape d'enfer quand enfin je rencontre un panneau, encore 80 km ! Je les ai fait quasiment la poignée en coin, sur une piste devenue sèche, très vite en pleine nuit, dans le nuage de poussières des véhicules que je rattrappais, bonjour ma tronche et celle de la moto à mon arrivée à l'hôtel ! Heureusement, dans le patio, il y avait une petite fontaine, et j'ai pu enlever le plus gros de la terre accumulée sur mes fringues et mes sacs avant de pouvoir entrer dans ma chambre.
Ils sont vraiment cons, les motards, parfois...
Malheureusement les photos ne rendent pas bien compte de la beauté de cette route, l'objectif de mon téléphone est trop nul.
Aujourd'hui, repos. Visite chez un mécano pour un petit souci de joint de filtre à huile, nettoyage de la chichi (deux heures au total !), lessive et ce genre de trucs. De toutes les façons, il pleut. ce n'est pas le bon moment dans les Andes.
Apparement, il y a des choses intéressantes par ici, je choisirai demain, s'il ne tombe pas des trombes d'eau. Ce serait bien d'ailleurs, sinon je risque d'avoir un peu de mal à rejoindre l'Equateur étant donné l'itinéraire qui m'attire...
A propos d'itinéraire, je vais élever ce blog à des niveaux jamais atteints, puisque désormais en fin de chaque post vous trouverez une carte avec l'itinéraire correspondant au texte. Incroyable !
Mardi 9
Décidément, le nord du Pérou est en train de réellement me surprendre, et tous les soirs, je dis au proprio de l'hôtel que je reste une nuit de plus. Il y a plein de trucs à voir dans le coin.
| Il est pas mignon, mon hôtel ! |
Dans la région Amazonas où je me trouve actuellement, c'est tout le contraire. Les villages respirent la tranquillité, les gens y sont plutôt souriants, j'ai vu plusieurs fois, sur les murs de maisons en pleine cambrousse, des slogans du genre "Fiers de notre identité", oui je sais, ça fait un peu marseillais. Les gens ne sont sûrement pas pour autant bien riches, beaucoup vivent sur de petits lopins de terre, parfois dans des pentes incroyables, le plus souvent cultivés à la main, parfois pour les plus riches avec deux boeufs tirant une charrue en bois de l'an pèbre, c'est de la pauvreté, pas la galère totale. Et ils ont préservé leur culture apparement,et ça change pas mal de choses.
Et puis l'environnement naturel me plait beaucoup aussi, végétation subtropicale qu'ils disent dans les livres.
Aujourd'hui, je n'ai pas eu envie de sortir la chichi, les pluies menaçaient un peu. Je suis donc parti en minibus à Kuelap, que les Péruviens surnommemt le Machu Pichu du nord.
Rien que la route pour s'y rendre était une fois de plus superbe. Je vais bientôt d'ailleurs avoir des problèmes de vocabulaire, il faut que je surveille les superlatifs que j'emploie, car à ce rythme là je vais finir par en manquer. Quoi qu'il en soit, je décerne le titre de champions toute catégories pour les routes les plus impossibles aux Péruviens. Bon d'accord, ils sont les seuls en compétition dans mon championnat personnel, en attendant les pays limitrophes.
Bref, au bout d'une piste très belle d'une bonne soixantaine de kilomètres, se trouve cette forteresse de la civilisation Chachapoya, civilisation dont vous n'avez qu'à aller voir l'histoire sur le net si elle vous intéresse, de toutes les façons je n'ai pas tout compris aux finesses de l'espagnol du guide !
Quant à la citadelle, c'est effectivement une merveille qui mérite bien son surnom. Je vous passe les détails, quelques photos, même médiocres vaudront mieux que de mauvaises explications.
Une défense simple, l'entrée se réduit à la taille d'une personne, au bout des 20 m de l'épaisseur du mur
Je vais finir accroc aux tas de cailloux !! D'autant plus que le Pérou semble une mine de sites archéologiques inépuisable, dont beaucoup ne sont même pas mis en valeur, et il peut y avoir des choses sympas à voir un peu partout, juste au détour d'un virage...
Mercredi 12
J'ai repris la chichi, direction Karajia, à une cinquantaine de kilomètres de Chichapoyas. C'est un lieu-dit paumé en pleine cambrousse, mais toujours les gens m'ont gentiment orienté, alors que le nom des bleds ne correspondaient même pas à ceux indiqués sur la carte éditées par la municipalité de Chachapoyas !
Finis les commentaires sur la beauté des lieux, oui la piste était magnifique. Bon, sur la fin, c'était gadouillou, j'ai failli aller deux ou trois fois au tapis. Mais quand même, cette chichi !
Le dernier kilomètre ne pouvait se faire qu'à pieds, trop de boue, ambiance ski dans la descente, heureusement j'ai évité la luge...
Le but de toute cette expédition était un canyon perdu, où se trouvent dans un flan de falaise des sarcophages incas, de je ne sais plus quelle époque. J'y suis resté un bon moment, à méditer sur le devenir de l'humanité, c'était cool, j'étais seul dans cet endroit un peu magique et mystérieux...
Voila, les amis ! Demain, pour de bon, je prends la direction de l'Equateur, avec probablement une étape avant la frontière, la route que j'ai choisie est à peine visible sur les cartes et il y a des chances que je n'aille pas bien vite.
Bises à tous !
Afficher Semaine x sur une carte plus grande







c'est avec impatience que nous attendons tes posts.
RépondreSupprimertes photos et ton écriture respire la joie de vivre cette épopée sud-américaine.
petites questions, comment procèdes-tu pour le carburant et le nourriture ?? est-ce facile ?? ou cela nécessite d'anticiper et de charger la chichi ?
ne devrais tu pas abaisser ton garde-boue avant afin de réduire les projections ??
bises et au plaisir de te lire.
Eve & P-A
Hola les nantais !
RépondreSupprimerC'est sympa votre retour.
Pour le carburant, il y en a dans toutes les petites villes, et j'ai une autonomie de presque 300 bornes. Pour la bouffe il y en a de partout, et souvent les paisans vendent des trucs au bord de la route.
Les soucis d'essence, ce sera surtout au sud de la Bolivie, et les Andes entre le Chili et l'Argentine.
Tous en forme ? La boite, ca roule ? Le fiston ?
Bises
hola voyageur intrépide!
RépondreSupprimerMerci de partager ton voyage ,j'ai adorée te lire entre fous rires et envie !! Maintenant que je t'ai trouvé je te suis !! Bon voyage , profites bien et que la chichi te mène au bout.
Bises
fanny
Hola,
SupprimerÇa me fait bien plaisir.
Mais, heu..., quelle Fanny, je ne voudrais pas faire d'impair !?
Bises quand-même !
Salut Trap. Fantastique ton voyage. Je passe un peu de temps à te lire et beaucoup plus à consulter internet LOL.
RépondreSupprimerTous mes compliments. Porte toi bien.
JojOfStYo