Finalement, je n'ai quitté Buenos Aires qu'aujourd'hui, j'ai eu envie de prolonger un peu, un jour, avant d'attaquer le grand raid.
Déjà, pour rejoindre la Bolivie, il faut que je me cogne à peu près 1800 bornes, et le début n'est franchement pas jouissif, la plaine agroindustrielle est toujours là.
Et ces kilomètres, j'ai envie de les avaler le plus vite possible, histoire de disposer d'un peu, d'un tout petit peu de temps en Bolivie et dans la Cordillère sud du Pérou.
Mais je suis mal parti ce matin, du point de vue efficacité du moins. Je me suis vraiment perdu dans la grande ville, avant de trouver la clef de la sortie. Bon, OK, j'aurais pu demander le chemin à Maria, mais en fait ça m'amuse de me perdre, c'est un moyen comme un autre de découvrir et visiter. Les plans en damier, un coup à droite, un coup à gauche, il y a un moment tu ne sais plus où tu en es.
J'ai quand même fini par trouver l'autoroute et enquiller quasiment six cent kilomètres. Le prix à payer, toute chose ayant un dû, est un cul bien tanné, j'ai eu du mal à supporter la chaise du restau. Un mois à glandouiller en ville m'a fait perdre l'habitude des longs jours sur la selle de la chichi.
Villa Maria qu'elle s'appelle mon étape du jour, pas très malin pour combattre le petit coup de blues sous-jacent...
| Enfin un peu de "relief", après Cordoba... |
| 20 000 km au compteur, et je suis là... |
| Salinas de Ambargasta |
Encore un soir dans de "grandes" réflexions.
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| Même dans les petits bleds le foot est roi |
C'est dur de se départir de son regard d'européen empli d'idées bien arrêtées sur tous les sujets !
Je vois tout avec un prisme de français un peu planqué, râleur, à l'aise avec un futur de retraites, d'assurances maladies, d'assurance en tous genres, une "conscience" politique, des lois couvrant tous les domaines de la vie et de la société. Avons-nous du coup une vision restrictive, anesthésiée ?
A force de 5 ou 600 km par jour, me voici tout près de la frontière bolivienne, et je m'attends à d'autres pensées sur "l'avenir de l'humanité" en passant d'un des pays les plus riches de l'Am Sud (bon, il va mal en ce moment) à l'un des plus pauvres, cela risque d'être violent.
"Violent" aussi sur le plan physique, l'altitude de nouveau, et sûrement des pluies avec du froid.
Tout ça est quand même un drôle de sprint, 1700 km en trois jours, ce n'est pas forcément extraordinaire sur des routes françaises avec une grosse bécane, c'est un peu dur ici avec une petite chichi. Les contrôles de flics n'aident pas à améliorer la moyenne non plus, il y en a trop, alcootest (si si, à neuf heures du mat' hier !), permis de conduire une fois, assurance une autre,
je ne comprends pas trop tant de flicailles, quand je vois l'état des bagnoles, de certains bus en vrac, et comment conduisent les argentins. Bon, je ferme ma gueule.
Et puis non ! A propos de bagnoles, tout le long des routes, on trouve ces "monuments" à la gloire d'El Gauchito.
Ils sont toujours rouges, sont une forme de remerciement, et on peut y voir de nombreux drapeaux rouges (mais pas les mêmes...). Beaucoup de voitures ont sur le pare-choc arrière deux rubans rouges, qui rappellent ces drapeaux, comme une protection sur la route. Cela permet à beaucoup d'argentins de conduire comme des ânes, et j'imagine qu'en cas d'accident à 160 km/h dont on réchappe, au lieu de se poser les bonnes questions, on vient remercier El Gauchito. Connerie de superstitions !
Il y a beaucoup d'endroits où je me serais bien arrêté, des envies de tourner à droite ou à gauche, ou carrément retourner à Buenos Aires. Je pourrais facilement continuer à baguenauder sur cet immense continent pendant facilement six mois supplémentaires. Mais voila, j'ai décidé de rentrer en France, et j'essaye de m'y tenir.
Lundi 8
Merde ! Je viens de regarder en détail les cartes (j'aurais pu le faire avant !). J'ai fait jusqu'à maintenant 2100 km, c'est bien. Mais il m'en reste 3200 ! Et les routes boliviennes risquent d'être un peu difficiles, comme celles de la sierra au sud du Pérou, après les longues lignes droites argentines.
En fait, je n'ai pas trop le temps de trainer en Bolivie, il faut que je roule tous les jours, c'est ballot. Mais j'ai un billet d'avion réservé le 25, donc je speede...
Après San Martin, j'ai rejoint la frontière au travers d'une région beaucoup plus tropicale. Bananes, oranges, canne à sucre, avocats,
et bien sûr le dieu soja, qui participe ici comme ailleurs à une large déforestation. Ça me rappelle il y a deux jours, je buvais un café en terrasse dans un petit bled bien tranquille et bien paumé. Devant moi, au milieu du carrefour, un tableau lumineux donnant instantanément les cours de bourse du soja, maïs, sorgo et blé ! Drôle de monde...
Ces derniers kilomètres argentins m'ont aussi laissé rêveur sur d'autres aspects de l'agriculture. Grandes, très grandes exploitations, vergers géants. Les ouvriers sont carrément brinqueballés en semi-remorques vers les champs. Les villes et villages donnent pourtant une impression de pauvreté, voire de misère. Quasi esclavagisme de boliviens et de paraguayens, j'imagine. Quand on me raconte l'ampleur de l'économie dite souterraine, je pense qu'ils sont payés à coup de clopinettes. Le pire est que c'est probablement un "mieux" pour eux étant donnée l'économie de leur pays d'origine. Je n'arrive pas à m'habituer à ce monde brutal (monde au sens large, c'est partout pareil). Et pendant ce temps, les grands propriétaires se pavanent dans des monstres de 4x4...
| Côté argentin, bien classe |
| et côté bolivien... |
Et ce soir, je suis à Tarija, après une grimpette vers un plateau plus aride, une bien jolie ville, avec beaucoup de signes d'aisance, voire de luxe, alors que je m'attendais à une plus grande misère. Surprenant pour le moment !
Mardi 9
Le peu que j'ai vu de la Bolivie me donne envie
Dans les villes du moins. Potosi ce soir me parait bien sympathique. Une ville de mineurs, connus pour leurs nombreuses luttes sociales.
Pour les campagnes, c'est beaucoup plus dur. Même si j'ai traversé aujourd'hui un quasi désert en altitude, les rares villages et hameaux semblent très misérables, et je n'ose pas m'y arrêter pour le moment, l'impression d'être trop, beaucoup trop extraterrestre.
Beaucoup de maisons abandonnées aussi, bonjour les ghettos et les quartiers de misères à La Paz, j'imagine.
Pays manifestement dur, mais où je me sens bien malgré tout, même s'il caille et que c'est un peu dur en chichi. Elle ratatouille, en raison de l'altitude mais aussi de la qualité pourrie de l'essence.
Mercredi 10
J'ai parlé trop vite, je ne me sens vraiment pas bien aujourd'hui. Pas dormi de la nuit, les mêmes symptômes que Maria au Chili, fièvre, maux de tête et difficultés de digestion. J'en bave de l'altitude donc. Et je n'avais pas fait gaffe, Potosi est à près de 4000 m !
Pas en état de continuer de suite, il faut que je me repose, et à coup d'aspirine, de machouillage de coca et de mates de coca, je vais bien réussir à repartir demain. Mais il va falloir que je raccourcisse encore l'itinéraire, je comptais passer à Sucre et Cochabamba, une autre fois !
Zou, je retourne profiter un peu du soleil et me soigner.
Que tout soit pour le mieux pour vous tous !
Afficher bol1 sur une carte plus grande








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