Pas grand-chose finalement, je ne suis resté qu'une petite semaine, avec des étapes, après Potosi, à Sucre, Totora, Patacamaya et Calamarca.
| Sucre |
O A part les deux ou trois coins touristiques comme Sucre, Tarija, voire Potosi, j'ai trouvé ça, je ne sais quel terme employer exactement, un peu difficile.
Bien sûr, il y a comme dans toutes les Andes, de bien beaux paysages.
Mais je retiens surtout une impression de tristesse, trop de misère et de très grande misère.
Des gens dans la survie, rien d'autre, "qu'il y aura t'il à manger d'ici ce soir ?".
Des enfants, même très très jeunes, qui bossent ou mendient.
Des vieux qui fouillent dans les poubelles pour croûter, en concurrence avec les chiens.
Des petits paysans, dans des conditions extrêmement dures.
Une partie de la population un peu plus à l'aise, mais qui ne pense qu'au boulot, et à la consommation qui va avec.
C'est dommage, c'est peut-être ici que je "comprends" le mieux le castillano, après Maria bien sûr, mais c'est parce qu'elle fait de gros efforts pour se mettre à mon niveau. Mais comment engager la conversation avec des personnes dont la seule préoccupation est de manger ? Je n'ai rien à dire en fait...
O Ne jamais suivre un bus juste après un péage (beaucoup de péages ne sont que de simples cordes sur les petites routes, avec l'employé dans une petite cabane).
Ben oui, au péage, tout un tas de gens qui vendent un peu de tout à manger. Cinq minutes après le péage, le bombardement commence, les emballages, épluchures, bouteilles, papiers gras divers volent par les fenêtres, et en chichi il faut savoir slalomer !
A la limite, la remarque est valable pour tous les véhicules en fait.
O Vous l'aurez compris, les bords de routes sont crades, mais c'est valable pour tous les pays que j'ai traversés. Peut-être un peu moins en Equateur...
O Une autre raison pour ne pas suivre de trop près les véhicules est l'effroyable fumée qui sort de tous les échappements, spécialement les diesels. Le centre des villes est souvent irrespirable.
J'ai pris aussi deux ou trois fois en plein dans les casque la fumée bien noire d'un camion changeant de vitesse en côte, une expérience inoubliable !
O Il a caillé à peu près partout, et ce n'est pas encore l'hiver !
En partant de Tortora sur le coup de huit heures du mat', il faisait un tantinet frisquet, genre cinq ou six degrés, et j'avais tout mon équipement sur le dos. Je rattrape un local sur une 125 antédiluvienne. Un mauvais pull troué, pas de gants et en sandales. On n'a pas les mêmes constitutions !
C'est comme les femmes qui lavent le linge dans les ruisseaux à plus de 4000 m d'altitude. Vie de merde...
Et qu'on ne vienne pas me dire qu'ils ont préservés leur authenticité à l'écart du monde dit moderne, c'est vrai par certains côtés, mais en attendant, ils galèrent, tout simplement.
O Je me suis finalement fait à l'altitude. Des petits soucis tout de même, plus de mal à dormir en raison de réveil en apnée, aucun appétit pour rien, et des coups de mous parfois, genre lors de manoeuvres en peu tendues avec la bécane, pour la béquiller par exemple. Mais rien de bien grave finalement.
O Ça fait quatre jours que je ne me suis pas lavé ! Ça va, ça va, ne criez pas !
Un coup j'avais la douche, mais l'eau chaude sortait ... glaciale.
A Totora, village perdu, j'avais le choix, d'après les dires d'un brave homme sur la place centrale, entre l'hôtel municipal, le plus économique, et la Villa Eva, attention beaucoup plus cher !
J'ai choisi le second, en bon gringo, avec salle de bain privée s'il vous plait !
La salle de bain en question consistait en un WC et un lavabo avec de l'eau glaciale, et une porte qui ne fermait pas donnait directement sur l'extérieur. Bon, à 2.4 euros la nuit, je ne suis pas aller réclamer, et je n'ose imaginer le "municipal".
A Patacamaya, bien triste village en bord de la grande nationale vers La Paz, j'ai pris le meilleur des trois hôtels.
LA douche était commune, mais sans lumière. Ce n'était pas grave, ce qu'en j'en ai vu avec la lampe de mon téléphone ne m'aurait pas donné envie d'y aller même avec éclairage !
Pas toujours facile de laisser de côté ses habitudes européennes, surtout quand on aime pas l'eau froide.
O Au bord des routes, même dans les endroits déserts, tous les 2 ou 300 mètres, un chien, le plus souvent couché, le regard vide, mate les véhicules qui passent. Cela donne l'impression qu'il a un territoire, un morceau de berne à lui.
Ben oui, il attend les bus qui passent pour récupérer quelques miettes !
Un mieux, les chiens n'attaquent que très très rarement, contrairement au Pérou où ils n'ont que ça à faire. Trop épuisés par la faim, sans doute...
O Si la fumée est si féroce, c'est bien sûr parce que la qualité de l'essence est vraiment pourrie. La chichi a ratatouillé grave, en plus du fait que la plupart des routes avoisinent les 4000 d'altitude.
Et le prix de l'essence est un vrai plaisir, entre 3 et 4 bolivianos le litre (30 à 35 centimes), et plus de 9 pour les véhicules à plaques étrangères ! Pourquoi pas, c'est une forme d'impôts comme une autre, si ça peut aider le pays.
Bon, il y a tous les styles de paiement. J'ai réglé deux fois le prix fort, sinon ça a varié entre 3 et 8 bolivianos...
O Les flics sont cools dans l'ensemble, pas de racket, et plutôt sympathiques dans les brins de causette. Il y en a même un qui a été chercher sa bécane pour me remettre sur le bon chemin alors que j'étais vraiment paumé à Saipina.
O J'ai bien galéré vendredi, j'ai manqué un embranchement, le temps que je m'en aperçoive, j'étais bon pour pour un petit crochet de plus de 250 km, par Saipina donc. Je me suis retrouvé en pleine nuit, dans le brouillard et la boue, à 20 à l'heure en pointe, puis dans la poussière jusqu'à 22 h, avant de trouver un hôtel, le fameux Villa Eva de Totora. Et dire que j'étais sur une nationale ! Le côté masochiste des motards est il pathologique ?
O Sur le tronçon avant Saipina que je croyais être la bonne route pour Cochabamba, une assez mauvaise piste d'ailleurs mais heureusement avec très peu de trafic,
je double deux locaux sur une 200 chinoise quelconque. Ils me rattrapent un peu plus loin sur le mode "Tu suis ?". On s'est tiré la bourre sur 50 bornes, de la caillasse, des ornières, du sable, des bosses, des virages bien serrés. A chaque courbe, ils tournaient la tête pour voir si j'étais toujours là. Oui je suivais, mais c'était juste, à 70 ou 80 à l'heure sur ce genre de piste défoncée. Ils étaient en sandales, bermudas et bien sûr sans casque. Un as du pilotage le gars, mais totalement loco. Ils sont parfois un peu idiots les boliviens, ils ne sont pas mal non plus les motards français.
D'ailleurs, d'une façon générale, les boliviens sont des "trompe-la-mort" sur les routes. Le meilleur coup qu'on m'a fait est une bagnole sans phare qui doublait un camion en pleine nuit, dans le coin de Calamarca. Je suis encore là pour vous écrire...
O En fait, je me lasse un peu des pays trop pauvres, je ne m'y sens pas vraiment à ma place. Certes, je ne suis resté que trop peu de jours pour savoir réellement la situation du pays, et peut-être je me suis laissé envahir par le côté négatif des choses.
Néanmoins, ils me font un peu sourire les voyageurs à la recherche "d'authenticité" au "contact" des populations, spécialement les gens qui, comme moi, maitrisent mal la langue. Oui, cela arrive, il y a des rencontres sympathiques. Mais le plus souvent les gens sont ouverts là où ils doivent être sympas, c'est à dire dans les lieux fréquentés par les touristes.
![]() |
| Sucre |
Plus d'échanges que "c'est la bonne route ?" ou "combien elle coûte ta bécane ?", je n'en ai pas vu souvent, d'autant plus que les touristes ne fréquentent que les lieux gringos et ne causent réellement qu'à la réception des hôtels.
Bon, comme d'hab, j'exagère un peu...
La Bolivie, ce n'est pas fini !
J'avais écrit ce qui précède sur mon téléphone en pensant me retrouver au Pérou pour vous finaliser ce petit aperçu de la Bolivie.
Mais que nenni !
Je suis parti dimanche matin de Patacamaya pour filer à Desaguadero, la frontière sur le lac Titicaca. Il caille vraiment, mais je suis toujours content sur la chichi.
La Paz, j'ai évité, trop gros truc, même si c'est dommage, la vue sur la ville était vraiment somptueuse à partir de El Alto. La Paz est 700 m en contrebas, dans un écrin de montagnes enneigées.
Je passe le côté bolivien de la frontière tranquillement, la routine.
Côté péruvien, autre limonade, deux douaniers, avec de bien tristes figures, me disent au vu de mes papiers qu'il est impossible d'entrer au Pérou. Ça va, je connais l'histoire, encore deux corrompus qui veulent se faire de la thune sur le dos du gringo du jour.
Et non, même pas apparemment, et je sais que je peux avoir des côtés naïfs parce que je fais confiance à tout le monde, a priori ! Après deux heures de discussion, je comprends qu'ils ne veulent pas me racketter, qu'il y a un problème, et que je dois entrer de nouveau au Pérou par où j'en étais sorti, pour des raisons d'exportation provisoire de la chichi d'un pays vers un autre. Si c'est vrai, elle est plus que con cette loi, au final, la bécane rentrera tout de même, et à l'ère des ordinateurs, qui même au Pérou fonctionnent (!), c'est facile à vérifier.
Ils me proposent deux solutions.
Entrer "ni vu ni connu", filer à Tacna, mon point de sortie d'il y a deux mois et demi, pour faire semblant d'entrer par ce même poste frontière ! Décidément, ils font un peu ce qu'ils veulent de la loi. Mais c'est moi qui prend les risques...
L'autre solution est de faire demi-tour, retourner au Chili pour entrer légalement (enfin, j'espère !) par mon point de sortie initial.
J'ai demandé confirmation aux douaniers boliviens, puis hier aux chiliens, l'histoire parait vraisemblable.
Bref, j'aurai entraperçu le lac Titicaca.
Me voici de nouveaux dans les bouchons de El Alto
et à galérer pour trouver de l'essence, il semble y avoir pénurie aujourd'hui avec de nombreuses stations en rade. Et ce n'est pas une sinécure pour les étrangers, surtout avec une plaque péruvienne qui n'incite pas certains pompistes à être aimables étant données les relations entre les deux pays en ce moment.
J'avais repéré à l'aller un hôtel un peu plus "classe" que les autres à Calamarca, le temps d'un petit déjeuner. J'y arrive gelé en pleine nuit, je m'écroule directement sans autres formalités.
Au petit matin, alors qu'il caille même dans la chambre, il n'y a pas le chauffage (et puis quoi encore !), je fonce dans la douche, et miracle, eau chaude ! Le temps de me déssaper, coupure de courant, ça arrive assez souvent, pas assez de pétrole pour faire tourner les centrales électriques. Et l'eau chaude vient d'une bête résistance électrique au dessus de la douche...
Bon, ce sera donc le cinquième jour sans. Il y a des choses plus graves sur terre, et ça va que je suis seul sur la chichi !
J'ai perdu le lac Titicaca, j'ai gagné une route vraiment magnifique entre Patacamaya et ..., tiens donc, Putre, et oui, le village chilien dont on n'avait pas vu grand-chose avec Maria à cause de la pluie, et où nous avions renoncé à aller en Bolivie parce qu'elle était trop malade de l'altitude.
| Putre, sous le soleil |
Mais pour une dernière balade dans la cordillère, j'ai vraiment été gâté.
L'altiplano m'a paru plus "gai" que les jours précédents.
La frontière était perchée juste derrière un col à 4700 m, au milieu de trois volcans aux alentours des 6500, et au bord du lac Chungara. Un pur bonheur !
Bon, au final, la Bolivie, alors ?
Sûrement un endroit où il faudra que je revienne.
Et comme me le suggère Maria, militante impénitente, c'est un peuple en lutte, donc c'est intéressant !
![]() |
| Potosi |

Si d'aventure j'arrive à rentrer au Pérou, dans dix jours la France !
En attendant, je vous embrasse tous.
Afficher bol2 sur une carte plus grande


























Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire
Et en plus vous pouvez me répondre !