Il y avait Chabeuil, gros bourg au pied du Vercors et sa tranquillité absolue, peu de risques à laisser sa moto non attachée, la vie sociale centrée autour de quelques associations (ah, « le boudin du rugby » et la fête de la caillette !),
deux ou trois bars ouverts jusqu’à 22 h maxi après les fêtes de fin d’année, quelques piliers de comptoir bien sympathiques, un demi-sdf bénévole, le froid du petit matin, une dernière belle balade sur le Vercors enneigé,
les nuages entassés au col des Limouches, des lumières hivernales colorant de pastels les montagnes, et la routine implacable d’un boulot sans âme…
Quelques jours de transition entre l’Ardèche, mon refuge, et Marseille, ville toujours aussi belle, le temps de quelques « au revoir », d’embrassades avec Jo, de bières avec les potes, et aussi de s’adapter à l’idée de ne pas reculer : ce n’est pas toujours facile de faire le premier pas vers un ailleurs en larguant presque tout, de changer de chapitre, même en aimant le voyage, le changement et le mouvement. Heureusement le fait que Maria l’ai fait de façon tellement évidente dans l’autre sens m’enlève les derniers restes de doute.
Quelques douze heures d’avion plus loin, nos culs en marmelade, contraste et choc d’ambiance, Buenos Aires, immense ruche bruyante, noyée dans la chaleur de l’été, ne laisse aucun répit pour une éventuelle adaptation.
J’ai comme un léger soupçon de doute en passant l’immigration, n’ayant pas acheté de billet retour (quel symbole !), mais le fonctionnaire n’a pas rechigné à me tamponner le passeport avec les 90 jours habituels ici. Maria avait beau me certifier que jamais les choses ne se passent ici comme en Europe, je n’avais aucune envie de tomber sur LE gars zélé, il en existe parfois, qui se la pète règlement règlement !
C’est le bazar habituel à la sortie d’un aéroport international qui n’a pas eu le temps de grandir, ça grouille de monde, ce sont les vacances d’été ici.
Ballet de taxis à peine orchestré par quelques flics débordés, une jeune et belle policière aux très longs cheveux tressés qui rendent bien peu menaçant son fusil mitrailleur, quelques sirènes et les klaxons incessants, la bande-son de toutes les grandes agglomérations d’Amérique du Sud.
Et avec de bonnes bouffées d’air chaud au doux parfum de gazole, c’est sûr, il n’y a pas d’erreur de continent...
C’est ici que je vais vivre trois ans !
Retrouvailles et émotions avec les fils de Maria, mais aussi un joli coup de blues en rentrant dans l’appart, auquel il va falloir donner d’urgence une nouvelle âme !
Heureusement, nous ne sommes pas loin d’un quartier un peu bobo, limite « cheto » (bourgeois en porteño, le parler de Buenos Aires) mais ça a son charme : les bars à bières artisanales permettent de se requinquer, et la pinte d’Indian Pale Ale était parfaite, avec un arrière-goût légèrement citronné. Apparemment, il y a des possibilités d’adaptation ici !!
Demain, un coup de ferry sur le Rio de La Plata à l’estuaire monstrueusement large nous emmènera à Montevideo pour retrouver la Honda dorée : les grands espaces, les paysages littéralement sauvages, les volcans à plus de 6000 m enneigés même en été me manquent, la bécane et l’équipage vont se régaler, les lignes droites interminables à travers la pampa et la Patagonie autorisant tranquillement en cadeau bonus quelques poignées en coin tant il y a peu de trafic !
Vendredi 12 janvier
L’aller-retour à Montevideo fut express : je ne sais pas ce qu’il nous a pris de vouloir faire, sans nous concerter auparavant, les choses aussi rapidement. L’envie de « libérer » bien sûr la moto (je crois qu’elle va s’appeler désormais « la gorda », en raison de son poids et de son train légèrement sénatorial sans rechigner pour autant à des vitesses que l’on qualifiera d’illégales , par opposition avec la « chichi » qui était plutôt frétillante). Nous sommes comme deux gamins, et à nos âges c’est putain de bon, qui retrouvent leur jouet de Noël. Nous allons donc mettre un terme à des « préoccupations » de transport et d’administration qui nous prennent gentiment la tête depuis plusieurs mois.
Retrouver l’Uruguay, et surtout Montevideo même pour une seule soirée, après cinq années, a été un réel plaisir.
Ce pays nous est un peu mystérieux, comme figé dans des temps révolus, coincé entre les deux géants économiques de l’Amérique du Sud, semblant vivre encore par bien des côtés dans les 50’s.
Mais les uruguayens sont pour la plupart aimables, souriants et calmes ! Ils donnent l’impression d’avoir un regard bienveillant sur le monde et les gens, mais bien sûr en si peu de temps nous n’avons acquis qu’une connaissance vraiment superficielle de l’endroit.
Un symbole tout de même : beaucoup de gens trimballent toute la journée une thermo d’eau chaude sous le bras et un « mate » à la main. Dans la version élaborée, on porte le tout dans une « matera » : imaginez un panier porte-bouteille, mais avec seulement deux emplacements, et en cuir épais. Ainsi vont à leurs affaires nombre de montevideanos, et cela laisse à penser qu’ils prennent le temps du plaisir de vivre.
Tampons et paperasses sont le lot de tout motard en vadrouille de par le monde, l’impatience et l’énervement ne servent strictement à rien, autant s’en faire une raison et prendre ça comme un jeu : il y a des couillons qui appellent ça le prix de la liberté !
Le seul moment un tout petit peu « pénible » a été l’attente à l’administration centrale de la douane : ça travaillait peu dans ce service, entre les « réunions », les pauses mate (permanentes !), les prétendues coupures de courant, et carrément l’absence de tout personnel bien que nous y étions durant les heures d’ouverture : ça a l’air cool d’être fonctionnaire d’état dans certains services. Et que personne ne vienne me dire que c’est pareil en France, non, en France ça bosse, et dur en plus !!!
Certes, ce sont les vacances d’été ici, donc certaines administrations tournent un peu moins vite.
Il y a aussi encore quelques décorations de Noël, et voir des sapins enguirlandés ou des Père Noël en traîneau me paraît totalement incongru par 36 ou 37 degrés à l’ombre : je me demande bien ce que les parents peuvent raconter comme légende à leurs enfants !
Bref, la gorda est devenue uruguayenne pour quelques heures.
La préparer ensuite pour cette première étape d’un j’espère long périple nous a fait nous poser quelques questions, mais nous avons survécu !
Un sprint de 200 bornes sur l’autoroute entre Montevideo et Colonia del Sacramento pour attraper à temps un ferry vers Buenos Aires a été un premier petit bonheur, malgré une chaleur lourde qui nous a fait oublier la sécurité à l’européenne. Basta des blousons et bottes, le casque c’est déjà beaucoup !
Et malgré aussi un petit désagrément mécanique, car la gorda s’essouffle et ratatouille un peu au-delà de 160 (oui je sais, inutile de me faire la morale…) : bougies ? Qualité du 95 ?
Ce n’est pas grave en fait, elle est désormais argentine d’adoption (pour neuf mois), ce qui était notre objectif premier, après un curieux passage en douane qui nous a détourné du flot principal des autos sortant du ferry vers un endroit improbable au fin fond du port, car nous étions les seuls à faire une importation provisoire à cette heure de la nuit, sous une brusque averse d’été, dans un hangar bancal aux loupiotes blafardes avec une jolie bande-son de ruissellement sur le toit de tôle, non loin de vieux cargos un peu rouillés, aux bons soins d’un fonctionnaire proche de la retraite, donc affable et débonnaire parce qu’il en a vu d’autres, mouillant presque son index avant de toucher chaque touche du clavier pour remplir le formulaire ad hoc, dans une ambiance très 60’s de polar en noir et blanc ou de carte postale sépia à la grande époque de l’émigration européenne vers l’Amérique du Sud. Un vrai régal de voyageurs !
Nous voici pour le week-end à Buenos Aires, pour diverses petites choses pratiques dans l’appart, et pour s’habituer à la valeur des choses : avec une inflation à 30 ou 40 %, même Maria est perdue !
Ah oui ! Une chose importante !
Nous sommes allés au bar « La Farmacia ». Et alors ?
Alors c’est une ancienne, très ancienne pharmacie, avec les flacons, fioles, bouteilles d’apothicaire et les étiquettes manuscrites qui vont bien. Et cette pharmacie a fermé, laissant place à un bar, qui a su garder avec élégance, et ironie, l’atmosphère du lieu. Plein d’objets anciens, des photos jaunies d’artistes, de personnalités, une clientèle semblant du quartier, des habitués manifestement, un endroit entre deux mondes comme on les aime…
Bon, vous allez me dire : « Bravo ! Vous êtes allés dans un bar ! ».
Mais en fait, La Farmacia est l’un des « cafés notables » de la ville, faisant partie du patrimoine culturel de Buenos Aires, si, si !
Et Maria a reçu en cadeau il y a quelques temps déjà un beau bouquin décrivant ces différents cafés de façon très sérieuse avec l’histoire de chacun d’entre eux et une belle iconographie. Le livre en question comprend 40 lieux de perdition et nous avons donc décidé de TOUS les visiter, même si cela augmente un chouïa le budget bière mensuel.
Et le top de l’histoire est que nous pourrons ensuite élaborer un nouveau projet de vie, car nous n’avons que le tome 2...
Lundi, plein sud vers la Patagonie !
PS : message privé pour Jo et Nath : les trois objets vraiment importants ont bien voyagé !!
PS : message privé pour Jo et Nath : les trois objets vraiment importants ont bien voyagé !!
















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RépondreSupprimerSalut Alain mon ami (je peux ??)
RépondreSupprimerSalut Maria, la femme de mon ami (je peux encore ??)
C'est avec une jalousie folle et un bonheur immense que je vais suivre avec intérêt votre blog.
Déjà la joie de retrouver ta verve, inchangée, qui nous installe dans nos fauteuils bien douillet (toujours ma bannette) et ouvre devant nos yeux l’écran ou défile les images colorées de vos aventures... j'en salive sur mon clavier.
J'ai un regret, un seul, c'est de n'avoir pas pris le temps de passer vous voir... dommage !
Au fait, dis-moi, pourquoi trois ans ? C’est buttoir ?
Et puis soyez prudents ( mdr )
Didier
Salut mon ami (Soyons fous et nous nous autorisons tout !)
SupprimerMerci merci pour ce soutien moral clairement affirme... (il faut vraiment que je me penche sur le probleme des accents).
Trois ans, c'est le temps necessaire a Maria pour valider sa retraite : elle va bosser, et je vais me la jouer tranquille. Cool, non ?
C'est vrai, on n'a pas pu se voir : mais rien ne t'empêche de venir nous voir ici, c'est un pays superbe !
A plus, chico !
Big up DJ'Rouelle!
RépondreSupprimerNous vous souhaitons pleins de fabuleuses aventures. Avec grand plaisir de les lire...
Nous espérons en tant que fervent admirateur de tes talents de braise, un jour posséder une merveilleux mug dédicacé pour penser à toi chaleureusement devant notre café!
bises à vous deux
Audrey de la Tonio's family
Merci la family pour ce message.
SupprimerSachez qu'a la prochaine teuf serieuse, DJ rouelle peut se deplacer !
La bise et plein de bonnes choses !
C'est un vrai bonheur de vous suivre dans vos périples sud américain. On a eu une grande pensée pour Maria la semaine dernière; on était en montagne, il y avait 2 m de neige. Merci Maria, j'ai récupéré ton super Damart que tu as oublié à Bolze. Je le garde pour dans 3 ans. Continuez à nous faire rêver . Bises cendrine
RépondreSupprimerNous sommes contents que ça vous plaise ! Et Maria est super contente d'avoir oublié son damart (elle a des solutions de secours). Bises
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