lundi 2 juillet 2018

Vous prendrez bien un peu de foot ?

Oui, je sais, vous en avez déjà marre du foot et d'assister à la sanctification médiatique en cours du scooter Mbappé flashé à 37 km/h, et pourtant, je vais en remettre une couche !




J'ai lu ce commentaire d'un argentin aux hasards de mes déambulations sur le net, la traduction n'est pas parfaite, mais ça donne à peu près ça :
"J'ai honte de ce pays, j'espère que nous avons touché le fond cette fois et que nous allons nous en sortir d'une manière ou d'une autre.
Cette année l'opium du mondial aura été court.
Désormais le dollar est à 30 pesos, le gouvernement vole et est corrompu, la bureaucratie est pleine d'inutiles, il y a l'inflation, le copinage au travail, les oligarques agro-industriels n'apportent presque rien au pays, les syndicats mafieux tel celui des chauffeurs routiers bloquent tout quand ça leur chante et obtiennent une augmentation de salaire de 25%, alors qu'un prof ou un médecin n'a que 15% en quatre étapes, les peuples autochtones sont persécutés, la province dévastée et fatiguée des porteños (remarque: ce sont les parigots du secteur, mal-aimés en province parce que les plus riches)...
.../...
Mais le pire est la "footballisation" des choses, pas le sport en lui-même, mais cette culture de masse de m... qui nous ôte toute empathie, nous aveugle et nous empêche de penser, ce pauvre "sentimentalisme" qui a tué le rock (remarque : ici, le rock est un pilier de la culture) et nous fait suivre un péroniste, un radical ou Macri, la gauche ne valant pas mieux.

Cela me plairait de crier "Vive l'Argentine" avec passion, mais ce que nous avons besoin c'est penser, agir et nous améliorer..."

Je ne sais pas pourquoi, ce genre d'écrits parait compréhensible dans plus d'un pays, non ?

C'est qu'en Argentine, deux choses sont fondamentales : la politique et le foot, ou le foot et la politique, c'est comme vous voulez.

J'ai rencontré le frère de Maria pour la première fois en janvier, il nous avait invité à un asado. Nous sommes salué avec chaleur, il m'a offert une bière, et sa première phrase a quasiment été : "Je suis kirchnerista" !

Quant au foot, c'est réellement une religion ici.
Dans les tribunes, ou les balcons, courantes sont les banderoles avec les portraits de Maradonna, le pape et Messi.
Un junkie sénile, un chef de ringards intégristes et un décérébré qui pense avec les pieds, triste sainte trinité !

Les argentins ne parlent que de foot en ce moment, ne vivent qu'à travers le foot, et même encore maintenant, alors que l'Argentine est éliminée, ils débattent sans fin sur ce qu'il aurait fallu faire et ce qu'il faudra faire.

Ce midi, alors que je sortais pour rendre visite à notre taïwanais préféré, notre concierge est venu me serrer la main en me félicitant de notre victoire ! J'ai eu beau dire que je n'y étais pour pas grand chose, il n'a pas eu l'air de comprendre...
(Remarque : oui, nous avons un concierge, non parce que nous sommes dans un immeuble de bourges, mais simplement parce qu'ici tous les immeubles ont un concierge !).

Tous ceux qui me connaissent plus ou moins, au kiosque, au supermarché, à la station-service me branchent sur ce match. Bon, peut-être aussi sont ils tout simplement contents d'avoir un français sous la main...

Chez le boucher, il y a quatre télés grand écran !

De mon côté, j'ai toujours apprécié un bon match de foot de temps à autre avec les amis ou à rigoler dans un bar. On gagne, on boit une tournée, on perd, c'est pareil.

Mais le fanatisme d'ici me fait peur.  Il était fortement recommandé sur les réseaux sociaux de ne pas aller dans les lieux publics au moment du match en se montrant comme supporter français, c'est dire !

Bon, dans les rues, zéro risque, il n'y avait personne. Les taxis sont à l'arrêt, beaucoup de bus ne roulent pas, c'est grave !

Une petite rue du centre à la mi-temps :
normalement c'est blindé de monde un samedi midi
Plus grave encore selon mon regard de franchute est que c'est la même folie au sein même des écoles et des collèges. France-Argentine était un samedi, mais pour les autres matchs, les enseignants (heureusement pas Maria, c'est pour ça que je l'aime !) emmènent leurs élèves devant la télé après ... les avoir maquillés aux couleurs nationales !!!
De même j'ai commis l'erreur d'aller à la douane à l'heure de je ne sais plus quelle match, personne ne m'a calculé, ils étaient tous scotchés devant la téloche. Quand je vous dis que c'est grave !

Je pourrais faire de l'humour très acide et dire que tout ça est financé par le FMI, mais je ne me l'autorise pas.

Ceci dit, être français en Argentine au moment d'un France-Argentine, ce n'est pas tous les jours que cela arrive. Nous sommes donc allés nous cacher avec Maria dans un bar français : il y avait tous de même deux vigiles dehors, ça fait drôle.
Mais dedans, ça s'est bien passé, il y avait quand même des argentins, et c'était plutôt ambiance à rigoler. Mais je ne suis pas sûr que cela aurait été aussi tranquille dans un bar argentin...

Sinon je dénonce directement et en public Maria : à 11h du matin, elle carburait au pastis. Cela lui a réussi d'ailleurs, elle criait pareil sur les buts argentins et français, et elle a crié, sept buts tout de même !

Quant à moi, je suis même passé à la télé !
Bon, OK, Maria se moque à mort de moi, parce que j'étais le "figureti" dans l'affaire, vous savez, l'imbécile de service qui se tape l'incruste sur la caméra lors d'un interview dans la rue !
Tant pis, j'assume (c'est vers 1mn38 de la vidéo)...



Sinon petite réflexion sur le foot et le nationalisme de base, deux domaines très proches, cela donne parfois au niveau mondial des trucs bizarres, ça c'était après le match Argentine-Nigéria :


Tentative d'explication : beaucoup de bangladais haïssent les anglais, cela peut se comprendre historiquement. Les argentins ont des "difficultés relationnelles" avec ces mêmes anglais depuis la guerre des Malouines, du coup nombre de bangladais se sentent potes avec les argentins, on vit dans un monde étrange, quand même.


Bien, toutes les bonnes choses ayant une fin, ce midi j'ai aussi essayé d'aller retirer du cash au distributeur : c'est le premier lundi du mois, c'était mission impossible, la queue était beaucoup trop longue.

Dur retour au quotidien pour nombre d'argentins, comme quoi le foot ne résout pas tous les problèmes !

Pourtant, pourtant, dimanche après-midi à l'entrée du parque Rivadavia, gros attroupement de gens très affairés. Change sauvage de pesos contre dollars ?
Que nenni ! Echanges d'images de footballeurs pour que chacun complète son album du Mondial 2018, il y a plus d'adultes que de gamins, des grands malades je vous dis !


PS : malgré tout ça, je vais retourner au bar Le Merval regarder le match contre l'Uruguay, et ce sera la même histoire. Uruguayens et argentins sont frères, ils ne comprennent pas pourquoi l'histoire a fait qu'ils vivent dans deux pays séparés.
Mais tout ça est bien compliqué, les chiliens par exemple sont des ennemis naturel, va savoir pourquoi...

PS bis : et dire que c'est comme ça quasiment toute l'année avec le championnat argentin !!!




Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Et en plus vous pouvez me répondre !