Il est vrai qu'il n'y a pas de voyage en cours ou à venir immédiatement, donc moins d'anecdotes touristiques à raconter.
Le projet qui traine en ce moment dans nos caboches est de partir seulement vers la fin décembre, à l'exception de quelques petites balades de week-end. Ce seront les grandes vacances d'été de Maria, six ou sept semaines pour tracer un peu sur la gorda, direction désirée : l'Equateur. Ce serait comme revenir dans mes tours de roue d'il y a cinq ans, avec le noroeste argentin, le Chili ou la Bolivie, traverser tout le Pérou et enfin l'Equateur.
Ce futur petit viron est motivé par une vieille promesse que j'avais faite à Maria quand je l'avais rencontrée il y a cinq ans à Lima.
Je revenais à l'époque d'Equateur, elle y allait ! Après maintes palabres, nous avons opté pour le sud à deux sur la chichi. Mais du coup, Maria ne connait pas ce joli pays...
| Souvenirs, souvenirs ! |
La crise économique est assez violente depuis deux ou trois mois. Certes, c'est la première que je vis, alors que cela fait sourire (jaune !) les argentins, car ils ont connu beaucoup plus grave, notamment en 2001 ou 2008.
Mais tout de même, la dépréciation du peso face au dollar ou l'euro est brutale, très brutale : 30 pesos pour un euro début juin, et 45 pour un euro trois mois plus tard (il y a même eu une pointe à 50 il y a une semaine).
Conséquence logique, l'inflation s'est mise à galoper : l'objectif du gouvernement était d'essayer de la contenir sous les 25 %, il aura de la chance si elle ne passe pas la barre des 45 % en fin d'année.
Un truc très important pour moi est le prix du kilo de café. A mon arrivée en janvier, je le trouvais déjà cher, par rapport à la France, à 400 pesos. Aujourd'hui, il est à 740.
Le litre d'essence est passé de 19 à 38 pesos, et tous les prix sont à l'avenant...
Maria et moi, enfin Maria surtout parce que pour le moment je n'y suis pour pas grand-chose, sommes relativement privilégiés. Quand nos factures de gaz, d'électricité ou d'eau connaissent des augmentations terribles de 2 à 300 %, cela ne changent pas vraiment notre budget : 500 pesos pour deux mois d'électricité par exemple ! Le salaire de Maria est confortable pour l'Argentine même si son augmentation annuelle de 15 % n'est pas vraiment excitante, et je continue de boire du café !
Par contre, pour beaucoup d'argentins, les choses deviennent très difficiles. Nombre de salaires tournent aux alentours de 15000 pesos, et trouver un job à 20000, c'est déjà bien pour énormément de gens. Proportionnellement, avec ce genre de salaire, faire ses courses ici revient un peu comme si tu payais ton café 50 euros le kilo en France, l'essence 3,50 euros le litre, la viande 45 euros le kilo : cela donne une petite idée des problèmes auxquels sont confrontés les gens !
Et c'est dans cette ambiance que débarque le FMI, et tous nous savons quels genres de mesures il préconise ! La pilule ne passe évidemment pas, d'autant plus beaucoup d'argentins pensent que c'est le FMI qui avait provoqué la ruine du pays en 2001...
Des rumeurs courent aussi sur le fait que cette dépréciation brutale du peso serait orchestrée par les péronistes, ceux qui étaient au pouvoir il y a quatre ans, dans le but de faire tomber l'actuel président Macri avant la fin de son mandat l'année prochaine. Le pire est que c'est crédible, tant ils ont détournés des milliards de dollars dans un incroyable système de corruption, sommes suffisantes pour avoir une influence sur les cours de change.
Il se dit aussi que les quelques "saqueos" (pillages de supermarchés) qui auraient eu lieu ici ou là ces derniers temps ne seraient pas du tout improvisés.
Bonjour la démocratie !
Bref l'ambiance générale n'est pas très rose, et la grande question est de savoir si tout ça fait juste partie des cycles "habituels" de crise en Argentine, ou si cela risque de dégénérer vers du pire hors de contrôle, beaucoup ayant dans un petit coin de la tête la situation vénézuélienne...
Bon, j'arrête de vous saouler avec l'économie, tout ça n'était que pour vous dire que décembre est encore loin, et ce n'est pas parce que le projet de voyage simplement nous motive qu'il se fera tranquillement !
Et alors, à quoi j'occupe mon temps, pendant que Maria gagne notre croûte à l'école ?
Ces derniers temps, je me suis un peu défoulé sur les murs de l'appartement, ça fait du bien au mental et aux muscles des bras, parce que j'ai œuvré à l'ancienne avec marteau et burin !
Le but est de refaire toute l'installation électrique. Je vous rassure de suite, un électricien va venir s'occuper de l'essentiel, car avec mes compétences il y aurait toutes les chances qu'en essayant d'allumer la lumière du séjour la cuisine prenne feu !
Etape suivante, on détruit la salle de bain, mais là aussi un plombier viendra pour éviter l'inondation du ... séjour.
Et enfin, le meilleur pour la fin, on casse tout dans la cuisine, avec une masse, rrrhhhaaahhh !
Sinon, j'ai vécu une grande aventure cette semaine, si si !
Je me suis consacré à passer mon permis moto.
C'est clairement curieux comme idée à mon âge, mais ces primesautiers de gouvernements français et argentins n'ont pas été foutus de signer une reconnaissance réciproque des permis de chaque pays, et mon permis français, maintenant que je suis résident, ne vaut plus rien du tout.
Après quelques démarches préliminaires dans les méandres administratifs locaux comme je les aime tant (non, non, cela se passe au guichet truc, oui, oui, c'est à l'autre bout de la ville !), j'ai fini par me présenter au bon centre d'examen ce mardi.
Comment ça je suis allé directement là bas sans formation préalable, un petit cours de ceci ou cela ?
Et on peut se présenter avec sa propre moto ?
Ben oui, cash direct !
Ah si, pour être honnête avec vous, j'ai assisté samedi dernier à une session obligatoire de conscientisation (!) à la circulation routière, quatre heures avec cinquante personnes à écouter une formatrice pour apprendre que le téléphone au volant c'est pas bien, l'alcool c'est très mal, les drogues on n'en parle même pas, et qu'un piéton n'est pas qu'une cible qui fait gagner des points dans le jeu. C'était plus ou moins soporifique, je n'ai pas tout compris car c'était en espagnol ... rapide, mais il faut reconnaitre que ça a le mérite d'exister, ce qui est déjà pas mal pour l'Amérique du Sud.
Et me voici donc au centre d'examen.
- Vous venez pour le permis moto A3 grosse cylindrée (plus de 300 cm3 !!) ?
- C'est cela...
- Vous savez que vous pouvez faire le même jour le permis voiture ?
- Non, mais comment c'est possible ?
- Ben nous vous louons une voiture, 500 pesos (12 euros !), et vous vous présentez sur la piste.
- OK ! Vamos !
Brusquement, tout devient très organisé, il y a énormément de monde, mais ça avance assez vite. Il faut savoir que le permis argentin n'est valable que trois ans, il faut le rénover à échéance après une série de tests, donc la file est impressionnante.
Test de vision : les petites lettres en bas j'ai du mal. Pas grave !
Test d'audition : mais j'entends rien, tout le monde fait du bruit. Pas grave !
Test psychologique : voici un dessin, vous devez le reproduire à l'identique. Ce triangle et ce cercle ? C'est cela même. OK, vous êtes normal ! (Maria m'a ensuite fait un discours sur Michel Foucaut, mais je n'ai pas bronché).
Entretien médical : Opérations antérieures ? Non. Maladies chroniques ? Non. Prises de médicaments au quotidien ? Non. OK, circulez !
A ce stade, ceux qui sont présents pour une rénovation quittent le circuit, les files d'attente deviennent plus calmes.
Me voici donc dans la salle des examens théoriques. Pour un permis moto, 30 questions avec pour chaque trois réponses proposées, 45 mn pour aller au bout sur un ordi, ça peut se faire à l'aise en un quart d'heure.
Bravo Alain ! 100% de bonnes réponses !
Savez-vous que si vous le souhaitez vous pouvez enchainer avec le théorique auto ?
Arfff ! Je n'ai rien préparé, mais je tente quand même.
Bravo Alain ! 100% de bonnes réponses !
Et hop, je pars chercher la moto pour me présenter à l'examen pratique. Un doute me prend en chemin : la gorda est vraiment lourde, très lourde, elle est longue, très longue, elle n'a pas un angle de braquage faramineux, et les cônes du slalom à petite vitesse sont vraiment très proches les uns des autres.
Mais ce centre est finalement super bien organisé : juste à côté, au sein d'un immense parc, se trouvent des pistes d'entrainement. Les gens qui ne peuvent s'offrir des cours en écoles de conduite viennent pratiquer dans la voiture d'une connaissance, c'est autorisé car le parc est fermé, ce ne sont pas des voies publiques.
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| Sympa pour s'entrainer, plutôt que dans le trafic ! |
Et me voici donc de nouveau au centre d'examen, seul, au volant d'une petite VW pour le permis voiture. On passe par paquets d'une dizaine de voitures, le premier exercice consiste en un créneau dans des espaces matérialisés par des barrières, hop, tout le monde se gare en même temps.
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| Tous ensemble pour le créneau ! |
Et enfin, un passage tranquille entre cinq cônes.
Voila, bravo Alain, tu as le permis auto !
Le lendemain sur la piste d'entrainement, mon nouveau prof préféré est bien là, et sympathiquement il me remet en mémoire les deux ou trois petits trucs pour slalomer à vitesse très lente que j'avais oublié depuis l'époque de mon permis français, exercice qui, soyons clair, ne sert pas à grand-chose pour balader à moto !
Conclusion de tout cette affaire, je me suis retrouvé hier matin à zigzaguer comme prévu entre des cônes de chantier, une épreuve pratique qui a duré facilement un quart d'heure, et encore je soupçonne l'inspectrice de m'avoir fait un peu du gringue (calme, Maria, calme, c'est déjà du passé !) et d'avoir légèrement fait trainer les événements, parce qu'un gringo ne doit pas passer pas ici tous les jours, avec un commentaire final du genre "Trochi ! Trochi !", dont même Maria ne connaissait pas le sens.
C'est à l'instant, en l'écrivant, que je viens de comprendre ce que voulait me dire cette accorte inspectrice : "Trop chic !", en parlant de moi ou de la gorda, va savoir !
Quelques files d'attente plus loin, je suis sorti de toute cette aventure nanti d'un nouveau bout de plastique qui me fait me sentir un tout petit peu plus ... argentin.
Quoi, qu'est-ce qu'elle a ma gueule sur la photo du permis ?
Consternante ? Oui, je suis d'accord : prise de vue à partir d'un ordi lors du premier entretien au centre d'examen à huit heures du mat', je ne m'attendais pas à ça si tôt, et ensuite trop tard pour la changer !
Quoique, celle de ma carte d'identité est pas mal non plus !
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| Celle-ci fait vraiment peur, un vrai collector !!! |
Pour finir, la grande nouvelle est que le printemps commence vraiment à faire des siennes, l'ambiance est aux 20 ou 25 degrés en milieu de journée : j'ai hâte de publier pour vous quelques photos d'arbres en fleurs dans Buenos Aires.
A nous les terrasses !
La bise.








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