Pourquoi tant de kilomètres, pourquoi se tanner le cul à moto, pourquoi mourir de chaud sous le casque ou se les cailler dans les nuages, manger de la poussière ou crever de soif ?
Souvent je pense que voyager est un truc pas forcément évident.
Bien sûr, nous sommes plutôt privilégiés, nous pouvons nous permettre de descendre parfois dans des hôtels un peu classes pour se refaire une santé, nous traçons sur une belle bécane, du moins selon les critères argentins.
Cependant voyager est parfois crevant : il faut s'adapter aux us et coutumes locaux, accepter de débarquer dans des bleds improbables et tristounets parce qu'on ne choisit pas toujours son étape du soir, accepter l'ennui (il y a des soirs où on s'emmerde carrément !), il faut faire avec la météo, les routes plus ou moins praticables, bref comme disent les bobos, il faut sortir de sa zone de confort.
Malgré tout ça, nous avons toujours envie de continuer, envie d'aller jeter un oeil derrière la sierra suivante, de manger encore et encore de l'asphalte ou du ripio, d'être toujours en mouvement, de se perdre dans les paysages.
Et pour cette passion, l'Argentine (à l'ouest !) est un vrai paradis.
Finalement, Cafayate a été plus agréable que je le pensais : je suis parfois induit en erreur par ma crainte des lieux trop touristiques, ce qui est un comble pour un touriste !
Cette petite ville, à l'architecture à peu près préservée, brasse un sympathique mélanges d'argentins en vacances et d'étrangers, d'habitants du coin, de jeunes fauchés qui trainent sur la place centrale en buvant du mate, de mamies assises sur le trottoir pour contempler l'agitation.
Des mauvais musicos aux terrasses des restaus, des petites ferias plus ou moins artisanales, des chiens errants, quelques motards de tous les pays qui se font la Ruta 40, des gens qui bossent, beaucoup de couleurs de peaux rappelant les peuples d'origine, bref il y a moyen de s'assoir sur un banc et de ne rien faire, sinon s'inventer des histoires en regardant les passants, ce qui est mon activité favorite.
Et puis dans les environs, au delà des vignes, de tous petits villages, égrenés le long du rio, rappellent la dureté de la vie dans une vallée où chacun connait la valeur réelle de l'eau.
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| Le rio Calchaqui plus qu'à sec ! |
Après Cafayate, notre volonté d'aller vers le nord se confronte à un problème basique pour des motards : la météo.
Nous avons envie de rejoindre la province de Salta, deux jours d'orages annoncés, grrr !
Nous décidons, pour une toute petite étape, de rejoindre Tafi del Valle, où le peu crédible service météo argentin n'annonce qu'une soirée de pluie, on verra bien !
Nous retournons donc un peu dans nos tours de roue précédents, au sud jusqu'à Amaicha,
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| En sortant d'Amaicha |
Sur ce versant de la sierra, c'est le royaume des grands cactus (ici on dit cardon)
dont on a même vu le grand-père, c'était écrit sur la pancarte !
Plus on monte, plus on approche des nuages
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| Il va falloir qu'on rentre là-dedans ! |
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| Déguisement complet ! |
Mais si tout est vert, c'est qu'il pleut régulièrement, et aujourd'hui, il pleut. Nous avions repéré un camping tenu par des français, nous pouvons oublier l'idée une fois de plus (nous n'avons campé qu'une fois depuis notre départ !), et toutes les excuses sont bonnes pour nous offrir finalement un hôtel un peu luxe, pas grave, nous sommes en vacances...
En fumant sur le trottoir avant d'aller dormir, j'ai vu passer une petite fille agrippée à sa maman sur une petite moto et ai vu son regard plein de curiosité, et sans doute d'émerveillement, vers l'intérieur de l'hôtel, et ce n'était pas la première fois qu'elle passait là. Famille pauvre sûrement. Psycho à deux balles : que produira cette image quand la petite fille grandira ?
(Réponse de Maria : ben c'est là qu'elle fera le ménage !)
Pluie pour pluie, autant quitter Tafi pour rejoindre Salta dès le lendemain.
Nous commençons par une petite balade bien sympa autour du lac à 10 km au sud de Tafi, au sein de terres appartenant à des communautés indigènes : moins de maisons, moins de clôtures, le bétail plus ou moins en liberté, nous sommes près des Andes, et certaines images rappellent le Pérou ou la Bolivie.
La suite est une grande plongée à travers un bout de yunga : en fait le coin de Belen et Londres en constituait un avant-goût.
Les yungas se rencontrent au sud du Pérou, en Bolivie et au nord-ouest de l'Argentine, ce sont des vallées forestières subtropicales de moyenne altitude sur le flanc Est des Andes, avec une faune et une flore très particulière, comptant nombre d'espèces endémiques. Il y pleut énormément la moitié de l'année.
La route qui descend de Tafi vers San Miguel de Tucuman est bien connue des motards, car les motards sont un peu cons, ils cherchent les endroits où il y a le plus de virages : mais aujourd'hui, il a fallu descendre calmement, sous une pluie fine et avec une chaussée pleine de gazole.
Mais que c'est étonnant de rouler dans ces montagnes après les régions quasi-désertiques !
Plus bas, nouveau changement d’environnement, la large vallée est quasi tropicale : tout peut y pousser, la province de Tucuman est connue comme le potager de l’Argentine, même si beaucoup de surfaces sont occupées par de la canne à sucre.
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| Canne à sucre... |
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| Plantation de citronniers |
Déjà, la vue depuis le comedor où nous nous sommes substantés n'était pas inoubliable !
Ensuite la route que nous devions suivre pour monter vers Salta était plus que pénible, avec un gros trafic, surtout de camions. Par certains côtés, elle m'a fait penser à l'axe Le Puy / Clermont-Ferrand, c'est dire !
Il y a donc eu un moment où j'en ai eu marre, plus la force de rouler jusqu'à Salta pour y arriver à la nuit tombante.
Nous nous sommes donc arrêtés dans un bled sans grande âme, Rosario de La Frontera, où même le dépliant touristique trouvé par hasard avait peine à proposer des lieux ou activités vraiment motivants.
Un hôtel quelconque, une pizza très moyenne, c'est ce que je vous disais auparavant : on ne choisit pas toujours ses étapes !
Nous avons fini par arriver à Salta, en traversant les petites montagnes verdoyantes de la sierra au au sud de la ville.
Décidément, l’Argentine ne cesse de me surprendre de nouveau, comme il y a six ans (putain, six ans déjà !), par la diversité de ses climats et écosystèmes.
Le pays est immense bien sûr, mais la conjonction des reliefs et latitudes crée de multiples "micro"-climats, et je pense qu’à peu près tous les types de paysages peuvent se rencontrer, à l’exception des vrais déserts, qui sont plutôt du côté chilien.
Maria et moi sommes déjà passés à Salta, et tous les deux gardions une image plutôt proprette de la ville avec ses nombreux édifices de l’époque coloniale, une prospérité certaine, des rue soignées.
Notre première impression pour ce retour a été toute autre, comme si la ville était en train de décliner : beaucoup de rues un peu délabrées, une pauvreté plus visible avec de nombreux mendiants, et l’anarchie architecturale, la préservation du patrimoine ne semblant pas intéresser grand-monde, plus criante.
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| SDF et petit métier... |
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| Fallait oser... |
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| Merci les câbles ! |
C’est dommage, car même si je ne suis pas un grand amateur de visites de monuments, églises ou autres bâtiments anciens, je reconnais que la ville a quelques trésors qui mériteraient un meilleur sort, sans pour autant aseptiser la ville (je pense à Marseille!) et en faire un musée en plein air pour touristes. Une ville vit, évolue par sa population, mais tenter de mettre en valeur quelques parties peut être aussi positif, tant pour les résidents que les visiteurs. Mais bon, je ne suis pas urbaniste…
La grande rue piétonne est aussi très surprenante : nous y sommes passés en début d’après-midi, alors que les commerces étaient fermés pour cause de sieste (oui, oui!), et la totalité de la rue était envahie de vendeurs ambulants. Une sorte de souk, où tout peut s’acheter, sur des étals à même le sol, entre lesquels il était difficile de circuler : fringues, chaussures, DVD, gadgets chinois bas de gamme, artisanat industriel et ce genre de camelote.
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L’entrée de la rue piétonne,
tout est encore calme |
Etait-ce parce que nous étions samedi, avec une fréquentation incroyable ?
Nous sommes allés
balader vers San Antonio de Los Cobres, un aller-retour d’environ
300 bornes, le long d’une vallée, la quebrada del toro, qui monte
progressivement vers 4000 m, un vrai bonheur. En moins de 15 km, nous
quittons les nuages de Salta pour un grand soleil qui nous aidera à
supporter la montée en altitude. Je ne sais pas trop quoi dire sur
les paysages, je pense que des photos suffiront à traduire notre
émerveillement :
La vie est plus que
dure dans ce coin des Andes.
Au début de la
quebrada, quelques zones sont cultivables,
mais bien sûr, avec
l’altitude, le fond de la vallée, à peine irrigué par de rares
rios la plupart du temps à sec, suffit à peine à nourrir quelques
petits troupeaux, donc quelques familles seulement.
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| Une marche de
protestation : quelques habitants de San Antonio rejoignent
Salta (130 km à pied !) pour réclamer l’eau potable |

Passé le col à 4000 m (pour les poumons, il faut commencer à rester calmes !),
commence la puna, qui correspond au socle continental soulevé par la poussée des Andes. Ne peut y survivre qu’une très faible population (tout au plus un village de vingt ou trente maisons tous les 200 km) , pratiquant essentiellement l’élevage très extensif de lamas ou autres camélidés.
Nous ne aventurerons
pas aujourd’hui dans cet immense désert, la moto a donné quelques
signes inquiétants de surchauffe, nous préférons redescendre.
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| Je m'exprime tellement bien en espagnol qu'un chauffeur de voiture à qui je demandais de l'eau pour le moteur m'a proposé du coca, même pas light ! |
La journée suivante
est un peu folle. De Salta à Humahuaca, nous allons de nouveau
rouler dans une incroyable diversité de paysages.
Nous commençons par
les yungas, jusqu’à San Salvador de Jujuy : fraicheur, luxuriance,
petite route très étroite et sinueuse que j’avais déjà
empruntée il y a six ans, un vrai bonheur de motards !
Au début, on peut
facilement se croire dans une large vallée bien verte des Alpes.
Mais peu à peu,
avec l’altitude, tout devient progressivement plus aride.
Etape obligatoire à
la palette du peintre, un "accident" géologique à
sept couleurs !
Nous terminons la
balade à Humahuaca, on pourrait se croire en Bolivie, dont nous ne
sommes distants que de moins de 200 km : d’ailleurs, malgré
la frontière, les gens sont du même peuple.
Tout est paisible, quelques touristes mais avec une vie locale bien présente : allez, on se pose pour deux jours.
Et cela fera du bien
à nos organismes de rester un moment à 3000 m d’altitude, on
envisage une petite virée vers un village perdu à plus de 4000, il
se dit qu’il faut toujours monter par palier, ce que ne pratiquent
pas souvent les motards ! Et Maria et moi avons souffert chacun
il y a six ans d’un épisode de sorroche, le mal des montagnes,
c’est assez violent et n’avons pas envie de revivre ça. Tiens,
nous allons acheter des feuilles de coca...
Aïe, aïe, la suite
de ce blog va ressembler à un retour progressif vers Buenos Aires. Mais avec tout de même quelques endroits extraordinaires à vous faire découvrir.
La bise à tous !




































































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