Comme ce petit village nous plaisait beaucoup, nous avons commencé par n’y rien faire !
C’est le luxe des voyageurs, pouvoir se permettre de glander, quand tout autour de vous les gens vaquent à leur travail : une journée d’oisiveté totale, à observer la vie, avec comme seul fait marquant la dégustation d’une glace.
Les organismes se reposent, le mental digère toutes les images accumulées les jours précédents, avec juste un petit soupçon de projet pour le lendemain.

Maria avait voyagé dans le coin il y a quelques années, et me vantait le village d’Iruya. Malheureusement, les 90 km pour le rejoindre sont pour moitié de ripio, et nous n’osons nous y aventurer avec la gorda : va pour un bus !
Après une quarantaine de kilomètres sur la nationale asphaltée vers la Bolivie, commence donc la partie « rustique » du voyage, une longue montée à travers la puna, sur un assez bon ripio finalement.
Brusquement, c’est une grande plongée vers un canyon assez profond, de l’ordre de 1000 m. Chemin vertigineux, épingles vraiment serrées où l’avant du bus reste trop, beaucoup trop longtemps au dessus du vide, il faut faire confiance à la mécanique et au chauffeur aux joues dilatées par les feuilles de coca.
Mais le trajet vaut vraiment la peine : au fond du canyon, Iruya vit un peu en dehors du monde, provoquant bien des questions sur la motivation des premiers arrivants à venir s’isoler ainsi, juste pour survivre.
Le village a vraiment grandi depuis la dernière visite de Maria. Il a gardé tout de même un parfum d’autres temps, et les montagnes environnantes sont vraiment sublimes.
Mais que la vie doit être difficile ici, avec la route coupée par les pluies ou la neige, et une agriculture minimale. Certes, l'été, tous les habitants proposent plus ou moins un service ou une chambre aux touristes de passage, tentant de gagner quelque argent pour le reste de l'année. Ce village sera t'il condamné à une exploitation touristique intense, comme certains que nous avons traversés, ou arrivera t'il à garder son âme tout en acceptant une ouverture aux visiteurs ?
Le lendemain, nouvelle journée un peu folle, pour les changements d’altitude et de température.
Pour commencer, nous sommes redescendus de Humahuaca vers Pumamarca, en prenant le temps cette fois-ci de profiter de cette belle quebrada : à l’aller, nous venions de retrouver sur la route, juste après la « palette du peintre » un couple de motards argentins rencontrés à Salta et nous avions ensemble fait d’une traite le trajet restant jusqu’à Humahuaca, sans prendre de photos !
Nous obliquons vers Pumamarca, que Maria et moi connaissons déjà : c’est toujours aussi touristique, à juste raison parce que les montagnes environnantes ont de la gueule,
nous ne nous y éternisons pas et nous offrons un pur plaisir de motards : la cuesta (côte) de Lipan, un simple aller-retour de tout de même 160 km pour le plaisir de virages et épingles sur un excellent goudron, dans des paysages, comment dire, magnifiques !
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| ça monte assez vite, les corps souffrent un peu nous nous sommes donc remis nous aussi à machouiller de la coca |
Après ces kilomètres à cramer les pneus, nous replongeons vers San Salvador de Jujuy, où nous retrouvons une lourde chaleur, pour venir nous réfugier dans un joli camping au bord de la sympathique petite route sinueuse à travers les yungas que nous avions tant appréciée à l’aller. Ouf !
Au programme le jour suivant : la folle montée vers Cachi par la cuesta del obispo (côte de l’évêque, va savoir pourquoi!).
Comme d'habitude, nous entrons dans une vallée bien verte, qui va devenir plus aride avec l'altitude.
Nous attaquons ensuite le plat de résistance : 35 km de ripio et de poussière dans une zone
d'andinages (😁 ?) :
Au sommet, en moins de cinq kilomètres de transition, nous débouchons sur la puna, au sein du parc national de Los Cardones, que traverse la "Ligne droite de Tin Tin" !
Cachi est blotti au pied du nevado de ... Cachi, un sommet à près de 6400 m : mais aujourd'hui, de violents orages encapuchonnent ces fortes montagnes, nous ne trainons pas pour nous réfugier au village.
Cachi, malgré là aussi un développement depuis le dernier passage de Maria, est resté à peu près intact, comme il y a un ou deux siècles. C'est à noter, tant l'Argentine n'a peur de rien pour détruire son propre patrimoine !
L'orage finalement n'éclatera pas, et le lendemain, nous repartons par le même chemin, cette fois-ci sous le soleil. Super, nous pouvons voir au loin les neiges sur le Cachi !
Nous trainons aussi un peu dans le parc national
Tout peut sembler quasi désertique, mais avec un petit peu d'attention et de chance, surgissent de jolies surprises :
Nous croisons aussi plusieurs groupes de guanacos, mais ils ne sont vraiment pas faciles à photographier, tant ils sont craintifs et tant le zoom de mon portable est déplorable. Mais, coup de bol à la sortie d'un virage...
Bon, c'est bien de profiter de la puna qui à chaque fois m'enchante, mais il nous reste le plat de résistance de la journée : la quebrada de las conchas, qui permet de rejoindre Cafayate par le nord. Nous l'avions volontairement laissée de côté à l'aller, sachant que nous serions obligés de repasser dans le secteur.
L'entrée dans la gorge est assez anodine dans ce sens, tout au plus la terre devient rouge, cela surprend un peu après une zone aride un peu tristounette.
La suite est difficile à décrire. La quebrada parait être un lieu d'expérimentation de la nature, qui y démontre tout son savoir-faire en terme de sculpture ou de peinture, à grand coup de tremblements de terre, de mélanges de couches géologiques, d'érosion par l'eau ou le vent.
Je suis sûr qu'on pourrait rester dans ces gorges un mois ou plus, car de part et d'autre de la route, existent de nombreuses possibilités de cheminer dans de petits canyons ou grimper sur des promontoires pour profiter de multiples points de vue.
Les lumières changent du matin au soir, avec les saisons, avec la météo, et un bon photographe doit pouvoir rencontrer une image exceptionnelle toutes les cinq minutes !
Plus modestement, je vous ai fait un petit montage vidéo, qui n'est qu'un petit aperçu d'un lieu qui semble parfois extra-terrestre. Pensez à agrandir l'écran de la vidéo !
Nous retrouvons finalement Cafayate
et un joli petit restau pour atterrir en douceur...
Il est temps de commencer à obliquer vers Buenos Aires : nous n'avons pas trop le choix, il nous faut repasser par Tafi del Valle. Vous connaissez l'histoire, je ne vais donc pas vous la refaire. Mais l'arrivée sur la vallée est toujours aussi belle :
La descente après Tafi, la fois précédente humide et pleine de gazole, est cette fois-ci bien sèche : nous nous offrons l'un de ces plaisirs idiots de motards, plein gaz dans les virages, avec parfois la béquille laissant une gerbe d'étincelle dans les épingles serrées. Promis je ne recommencerai pas !
La chaleur en bas est toujours aussi implacable, nous rejoignons vite une vallée verdoyante et rafraichissante le long de la sierra de Manchao
pour rejoindre San Fernando del Valle de Catamarca (on peut dire aussi Catamarca !). Cette ville donne un sentiment de désolation, d'abandon, alors qu'elle est regorge de bâtiments anciens, mais dont tout le monde se fout.
Mais nous avons choisi cette étape pour la cuesta de El Portezuelo : une vieille chanson populaire des années 30 en vante sa beauté, la côte est célèbre dans tout le pays.
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| Maria connait les paroles par coeur ! |
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| Quelques unes des épingles ! |
Pour descendre vers les salinas entre Catamarca et Cordoba, nous suivons une jolie petite route serpentant entre les collines, sur une centaine de kilomètres.
Des murs parfois délimitent les terres, Maria pense, et je n'ai aucune raison d'en douter, qu'ils datent de l'empire inca, vers 1300 ou 1400 : respect aux constructeurs, rien n'a bougé malgré les siècles.
La vie semble paisible ici : pas de richesse mais pas de misère non plus, une agriculture traditionnelle, un peu de maïs, quelques têtes de bétails suffisent à vivre tranquillement.
En mangeant quelques empanadas, j'ai trouvé que la vie était une aventure plus que curieuse : que faisions nous là précisément, pourquoi mes 60 ans d'histoire personnelle m'ont amené en ce point donné ce jour là pour contempler l'absence apparente d'activité en compagnie d'un chien de rencontre et profiter d'un moment de paix absolue, bref de bien drôles de questions philosophiques pour un motard qui a un peu mal au cul de tant de kilomètres !
Mais comme toujours les requins sont à l'affût, apparemment les terres contiennent du lithium, et la lutte ne fait que commencer.
Je souhaite le meilleur et plein d'énergie aux petits paysans de la sierra de Ancasti !
Arrivés en bas, c'est littéralement l'enfer !
La région est déjà réputée chaude en été, mais ces temps-ci, une grosse vague de chaleur frappe une partie de l'Argentine (tandis que certaines provinces sont affectées par un coup d'El Niño, avec des pluies intenses et de nombreuses inondations). De nombreux points du pays connaissent des températures à 40 ou 41 degrés, avec des sensations thermiques de 47 ou 48 !
Nous avons seulement 150 km à faire pour rejoindre la fraicheur relative de la sierra de Cordoba, mais dans quel milieu ambiant !
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| Cherchez l'ombre ! |
Après une première station, nous tentons un trajet de 40 km, c'est trop, nous nous arrêtons dans la station suivante !
Surprise ! Nous retrouvons nos potes motards argentins. Imaginez la probabilité d'un tel événement : nous les avons quittés à Humahuaca, pour la comparaison disons en Belgique et les retrouvons 8 jours après dans un comedor près de Rome, 1200 bornes plus au sud !
Nous traverserons finalement les salines ensemble, en toute fin de journée, pour nous réfugier dans un hôtel à Dean Funes : cela ne vous fait pas drôle un bled avec un nom pareil ? Moi si...
Hier chacun a repris sa route.
Maria et moi redoutons réellement la grande traversée de la pampa pour rejoindre nos pénates, avec une chaleur aussi intense. Nous ne savons toujours pas comment nous allons faire. D'une traite de nuit, par l'autoroute ? En deux étapes, en ne roulant que tôt le matin ou en fin de journée ?
Nous cherchons donc d'abord un coin tranquille dans la sierra de Cordoba, et hier nous n'avons roulé qu'à peine 100 km.
En chemin, nous n'avons pu résister à une petite incursion sur une piste en ripio, vers une autre quebrada de la luna (j'en connais déjà deux ou trois !).
De quoi ? Des maisons géode ? Un centre de cosmosophie ? Un refuge thérapeutique avec une yourte en bouteilles ?
Putain, c'est comme en Ardèche aux Vans, c'est plein de babas, pourquoi s'emmerder à faire tant de kilomètres ?
Nous trouvons finalement un hôtel un peu plan-plan à La Falda, pour nous préparer à la pampa et recharger les batteries.
C'est d'ici que je vous écris.
Projet pour la journée ? Rien !
Je vous embrasse tous.












































































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