Parmi la multitude de mes cinq lecteurs assidus, nombreux (zéro!) sont ceux qui se sont offusqués de la fin si abrupte de mon blog !
J’ai donc décidé, faisant fi de mes nombreuses autres occupations, de continuer à vous montrer cette facette de l’Argentine que j’aime tant, à savoir toute la région qui borde les Andes.
Avant de quitter Uspallata, nous avons exploré un peu les quelques chemins qui en sortent, notamment celui qui rejoint « el cerro de los siete colores ».
La poussée des Andes, depuis le fond des mers jusqu’à atteindre 7000 m, a malaxé, chiffonné, trituré la croûte terrestre, et en certains points affleurent désormais des couches minérales de différentes couleurs. Les zones avec trois ou quatre couleurs sont assez courantes, celles à sept couleurs sont devenues touristiques, et il existe même au nord de l’Argentine, tout près de la Bolivie, une montagne à treize couleurs !
Los siete colores de Uspallata sont assez modestes, mais le petit canyon vaut la peine de lutter un peu sur le ripio avec la gorda :
Après une ultime balade sur la route de Villavicencio…
nous sommes redescendus à Mendoza, par la même nationale qu’à l’aller, ce qui nous a permis de redécouvrir ce qui nous avait enchanté à l’aller :
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| Pub Honda ! |
La capitale provinciale de Mendoza (l'agglomération compte presque un million d'habitants) est une ville vraiment surprenante.
Alors que toute la région est sèche, aride, voire semi-désertique, la totalité des rues de la cité, oui, toutes les rues et avenues sans exception sont bordées d’arbres, de multiples espèces, bien verts et en pleine forme.
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| J’aimerais revenir au printemps, une avenue bordée de jacarandas ! |
Pour faire vivre cet oasis de fraîcheur, un immense et complexe réseau de petits canaux bordent tous les trottoirs, et régulièrement, une fois ou deux par semaine, on y fait couler l’eau qui descend directement des neiges et glaciers des sommets andins tous proches.
On sent que tous les arbres sont choyés, chacun d’entre eux est un trésor, et quelques spécimens comptent déjà plusieurs siècles.
Même un modeste pin d’Alep sur la place centrale est assisté pour qu’il ne meure pas trop vite :
et si par malheur un arbre vient à mourir, il est de suite remplacé.
L’autre point marquant de la ville est qu’elle ne compte que très peu d’immeubles de grande hauteur, et c’est un réel plaisir de balader dans ces rues ombragées bordées le plus souvent de maisons basses.
La raison de notre présence ici était un changement de pneumatique pour la roue avant de la gorda, problème qui nous a bien occupé la tête pendant quatre à cinq jours : les dimensions des roues de notre bécane sont peu courantes en Argentine, et trouver de plus la marque qui va bien est très compliqué. Finalement, un achat sur « le bon coin » local à Rosario (à 1000 km donc!) avec envoi en bus à Mendoza a solutionné le problème.
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| Martin, le roi du changement de pneu ! |
Nous avons donc pu continuer notre voyage vers le nord, à travers la province de la Rioja, en suivant plus ou moins le trajet de la RN40, plus connue désormais que la 66 aux Etats-Unis.
La majeure partie de la région est quasi désertique, et connue pour ces chaleurs suffocantes l’été :
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| Entre Mendoza et San Juan... |
nous avons donc tenté le plus possible de cheminer par de petites routes à travers les sierras préandines. Un vrai bonheur !
Nous avons ainsi rejoint Rodeo, à travers la sierra del Tigre, où nous nous sommes pelés grave en traversant les nuages, avant de retrouver le soleil à cause d'un violent coup de vent glacial du sud : nous n'avons plus bougé du premier hostel venu !
Nous avons ainsi rejoint Rodeo, à travers la sierra del Tigre, où nous nous sommes pelés grave en traversant les nuages, avant de retrouver le soleil à cause d'un violent coup de vent glacial du sud : nous n'avons plus bougé du premier hostel venu !
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| La laguna de Rodeo |
Désormais, dans les provinces que nous allons traverser jusqu'au nord du pays (San Juan, Rioja, Catamarca, Tucuman, Salta...) beaucoup de maisons seront en briques d’adobes, certes adaptées au climat, mais peu faciles à améliorer avec le « confort moderne ».
Pourtant, dans tous nos échanges avec les gens du coin, les mêmes arguments reviennent : certes, les revenus sont ici beaucoup plus bas qu’à Buenos Aires, certes la vie est souvent plus rude, mais tous disent vivre avec plus d’autonomie, avec moins de besoin, mais surtout la solidarité, l’entraide, une vie plus communautaire et un niveau de violence moins élevé ne leur ferait changer pour rien au monde leur lieu de vie. Et toujours comme une antienne, l’idée de profiter des bons côtés de la vie maintenant, et non demain.
L’endroit commence à me plaire !
Nous avons fini par rejoindre Villa Union, au bout d’une ligne droite d’une centaine de kilomètres, où nous n’avons rencontré qu’une seule « maison » !
Désormais, je retourne comme dans un pèlerinage dans mes tours de roue d’il y a six ans.
En quittant ce petit village où nous avons passer la nuit dans un l’hostal un peu rustique d’un « aventurier » voyageur en 4x4 ou à moto, la gorda nous a emmené dans une vallée magique entre les sierras de Famatina et de Sanogasta : la cuesta de Miranda.
Lors de mon premier passage, la RN40 était encore en ripio rouge, la route a été depuis asphaltée, les lieux « d’aventure » se restreignent de plus en plus, mais la vallée reste ensorcelante : un rio qui en verdit le fond, une terre rouge bordeaux très prégnante et des champs de cactus énormes !
Un crochet ensuite par Famatina et Campanas pour le plaisir des yeux,
quelques soucis pour nous loger du côté de San Blas, et nous voici plongeant vers Aimogasta pour une nuit.
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| En entrant à Aimogasta... |
Nous sommes depuis quelques kilomètres, ou plutôt centaines de kilomètres, dans la région d’immigration des turcos, un terme générique qu’utilisent les gens pour désigner les turques bien sûr, mais aussi les libanais, les syriens et les arabes en général. Déjà j’ai aperçu une mosquée à Chilecito, et Aimogasta est une grosse surprise dans le désert : les turcos y ont apporté leur savoir-faire, notamment dans le domaine des oliviers.
Aussi, aux abords de la ville, d’immenses surfaces totalement désertiques ont été transformées, au prix de forages que j’imagine profonds, en oliveraies que je qualifierai d’industrielles !
Puis, toujours en remontant vers le nord, le long de la sierra de Fiambala où quelques nuages se sont bloqués,
une belle surprise nous attend : en moins de 30 km, tout se verdit peu à peu, on trouve des arbres dignes de ce nom,
des fleurs ici et là, et même quelques cactus fleurissent !!
Pourquoi les nuages se bloquent ici et pas ailleurs, je n’en sais rien,
mais toujours est-il qu’en saison des pluies sur la haute cordillère, l’été donc, les montagnes du coin sont aussi régulièrement arrosées, et ce qui le reste de l’année est une région très aride se transforme en une bande semi-tropicale avec des allures de petit paradis pour trois ou quatre mois.
Nous finissons par découvrir Londres, un tout petit village niché dans la verdure et qui semble figé dans le temps.
Londres, édifié il y a plus de 450 ans, alors que la conquête espagnole n’était pas totalement terminée sur tout le continent, doit son nom à l’amour d’un quelconque conquistador pour une quelconque princesse anglaise du temps de Marie Tudor. L’Histoire est pleine de faits ironiques !
Toute chose ayant un prix, il s’est mis à pleuvoir, ce que n’aiment pas particulièrement les motards. Mais un ange de la route nous a fait rencontré un bonhomme étonnant, qui nous a loué une maison, certes pas d’un énorme confort, pour 400 pesos (9 euros) par jour !
Bon, sur le terrain il y a des chevaux, je ne leur porte aucun amour, mais rien n’est parfait.
Il y a toujours des jours de basse intensité quand on voyage, tout ne peut être merveilleux à tout instant.
C’est ce qui nous arrivé le deuxième jour à Londres : pas grand-chose à faire en raison d’une légère pluie incessante, un déjeuner à Belèn, la petite ville voisine qui m’avait enchantée il y a six ans et nous a fort déçu ce coup-ci, et puis ce début de soirée assis sur un trottoir en attendant l’ouverture du seul restau de Londres, à regarder un homme optimiste préparant la soirée d’un lundi banal dans son bolichito (bar dansant) un peu décrépi, la sono à fond sur le comptoir, cumbia et cumbia, en nous demandant ce que nous faisions là au fond du trou du cul de l’Argentine, jusqu’à ce que la musique finisse par nous emporter et nous faire oublier toute notion du temps. Moment précieux !
Finalement, pour la pluie, il suffisait de partir, idiots que nous sommes !
Passée la quebrada (gorge) de Belen, plus une goutte d’eau et retour des zones très arides.
Le petit coin de paradis humide d’où nous sortions n’était long que d’une quarantaine de kilomètres sur une quinzaine de large.
Au sud de Londres (ici avant d'arriver à San Blas), il n'y a pas vraiment d'eau,
et au nord, il y en a à peine plus :
Etonnants les circuits hydrologiques dans le secteur !
De Belèn à Cafayate, la route zigzague étend ses lignes droites entre les sierras de Quilmes, de Fiambala et de Gulampala : les sommets sont plus verts que les vallées, ce qui me perturbe un peu…
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| La terrible vallée pour rejoindre la sierra de Quilmes : pas une maison visible sur 100 km ! |
Les rares zones un peu vertes, au sud de Cafayate, le sont grâce à des rios qui ne s’assèchent pas totalement, et non à des précipitations directes.
Cela donne quelques oasis de verdure, donc des villages ou des petites villes, ce qui nous a permis une "pause-glaces" à Santa Maria.
Cela donne quelques oasis de verdure, donc des villages ou des petites villes, ce qui nous a permis une "pause-glaces" à Santa Maria.
Vous ai-je déjà parler du grand amour des argentins pour les glaces ?
Il provient probablement des très nombreux immigrés italiens : dans tous les petits villages, petites villes ou quartiers de grandes villes, il y a toujours un glacier, ou heladeria, ouvert, et tous les jours, toute l'année, nombre d'argentins mangent des glaces, à toutes heures du jour et de la nuit.
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| Ménage à trois sur la place de Santa Maria... |
Nous avons fini par rejoindre Cafayate, d'où je vous écrit : vieux bourg à peu près préservé, encerclé par les vignes grâce à un système d'irrigation mêlant pompages et canaux.
Inconvénient : il y a de très nombreux touristes attirés par les paysages environnants et le vin bien sûr, mais dans ces provinces, ce n'est pas comme en France, la pression touristique est supportable, d'autant plus que les excursions se font dans un rayon de 200 km !
Nous avons donc décidé de trainer deux jours dans le coin...
A bientôt les amis !
















































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